L’édit de Nantes est révoqué le 18 octobre 1685 par Louis XIV, qui signe à Fontainebleau l’édit portant son nom. Rédigé par le chancelier Michel Le Tellier, le texte interdit le culte protestant, ordonne la démolition des temples et impose la conversion forcée. Il est enregistré au parlement de Paris le 22 octobre 1685.
Astuce de mémorisation
Visualiser les deux dates en miroir inversé : 15-98 pour la promulgation, 16-85 pour la révocation. Les deux derniers chiffres s’échangent presque, comme un balancier de l’Histoire qui ouvre puis referme la parenthèse de tolérance. Pour l’ancrage, retenir aussi le nombre 87 : c’est le nombre d’années de vie de l’édit, comme l’âge d’un vieil homme qui s’éteint.
Ce fait et des centaines d’autres à retenir durablement sur l’app Kultra.
L’essentiel à savoir
Dès le début de son règne personnel en 1661, Louis XIV engage une politique de réduction progressive du protestantisme. Les huguenots avaient déjà perdu leurs privilèges politiques et militaires en 1629 avec la paix d’Alès, qui avait supprimé les places de sûreté après le siège de La Rochelle. Ne restait que la liberté de culte, que le roi attaque méthodiquement pendant deux décennies.
De 1661 à 1679, le pouvoir royal applique l’édit « à la rigueur » : tout ce qui n’est pas explicitement autorisé devient interdit. Les temples non conformes sont démolis, les écoles fermées, les professions interdites. À partir de 1681, les dragonnades terrorisent les populations protestantes du Poitou, du Béarn puis du Languedoc : des soldats sont logés chez les huguenots jusqu’à obtenir l’abjuration sous la contrainte.
Pourquoi Louis XIV a précipité la révocation en 1685
L’argument officiel est que les conversions massives rendent l’édit de Nantes obsolète. À l’été 1685, environ 400 000 signatures de confessions catholiques sont obtenues sous contrainte. Convaincu que « la plus grande partie des sujets protestants » a abjuré, Louis XIV décide le 8 octobre 1685 en Conseil. Le chancelier Michel Le Tellier, mourant, rédige le texte en neuf jours. La signature a lieu un mercredi ordinaire : le roi chasse le matin, signe l’édit en fin de journée, assiste le soir à une comédie. L’incertitude sur la date officielle (17 ou 18 octobre) vient du fait que le sceau n’a été apposé que le lendemain.
La révocation bannit le culte protestant en France, sauf en Alsace, intégrée au royaume en 1648 et jamais soumise à l’édit de Nantes. Environ 200 000 huguenots fuient vers les Provinces-Unies, l’Angleterre, le Brandebourg et la Suisse, malgré l’interdiction d’émigrer. Il faudra attendre la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen en 1789 pour que la liberté religieuse soit pleinement rétablie.
Édit de Fontainebleau, 18 octobre 1685
Un édit signé un mercredi ordinaire entre chasse matinale et comédie du soir.
Signataire
Louis XIV
Petit-fils d’Henri IV
Rédacteur
Michel Le Tellier
Chancelier, mourant lors de la rédaction
Enregistrement
22 oct. 1685
Parlement de Paris, porté par Louvois
Exception territoriale
Alsace
Intégrée en 1648, hors édit de Nantes
Pourquoi 17 ou 18 octobre ?
Louis XIV signe le texte en fin de journée du mercredi 17 octobre, trop tard pour le faire sceller. L’apposition du sceau intervient le lendemain, 18 octobre, date retenue par l’Histoire. Cette dissociation signature-scellement explique l’incertitude chronologique persistante.
Le savais-tu ?
Vauban, l’ingénieur militaire de Louis XIV, adressa deux mémoires secrets (1687 et 1689) pour obtenir le rappel des huguenots. Son argument principal n’était pas moral mais stratégique : la révocation avait privé la France de 8 à 9 000 marins, 10 à 12 000 soldats aguerris et plusieurs centaines d’officiers, désormais employés dans les armées ennemies. Louvois refusa même de transmettre le texte au roi.
Questions fréquentes
Où trouvent refuge les protestants qui fuient la France ?
Les Provinces-Unies accueillent le plus gros contingent avec environ 70 000 réfugiés, suivies de l’Angleterre (50 000), du Brandebourg (25 000) et de la Suisse (22 000). Certains rejoignent même Le Cap en Afrique du Sud. Les pays d’accueil profitent massivement de l’afflux de bourgeois, marchands et artisans qualifiés, ce qui appauvrit durablement l’économie française et alimente les ressentiments diplomatiques contre Louis XIV.
L’édit de Fontainebleau a-t-il été contesté à l’époque ?
Peu de voix publiques s’élèvent, l’opinion catholique étant largement favorable. Vauban rédige ses mémoires confidentiels. Saint-Simon dénonce plus tard « ce complot affreux, qui dépeupla un quart du royaume ». Le pape Innocent XI lui-même manifeste des réserves, agacé par l’instrumentalisation politique de la religion. Les puissances protestantes européennes utiliseront massivement l’événement dans leur propagande contre le Roi-Soleil.
Pourquoi l’édit interdit-il aux protestants d’émigrer ?
L’interdiction d’émigrer est un cas unique dans le droit européen du XVIIe siècle. Louis XIV veut éviter un affaiblissement économique massif et forcer les conversions en retirant toute porte de sortie. Les contrevenants risquent les galères pour les hommes et l’enfermement pour les femmes. Seuls les pasteurs sont contraints à l’exil s’ils refusent de se convertir. Malgré cette prohibition, entre 200 000 et 300 000 protestants parviennent à s’enfuir.
Que deviennent les protestants restés en France ?
Ils deviennent des « nouveaux convertis » (NC), officiellement catholiques mais souvent calvinistes de cœur. Cette clandestinité inaugure la période dite du Désert, où les assemblées se tiennent en secret dans les montagnes des Cévennes et du Languedoc. De 1702 à 1705, la révolte des camisards oppose 3 000 paysans protestants aux armées royales. Le protestantisme survit clandestinement jusqu’à l’édit de tolérance de 1787.
Quelles conséquences militaires a eu la révocation ?
Les relations avec l’Angleterre, jusqu’alors paisibles, deviennent ouvertement hostiles à partir de 1689. Certains historiens parlent d’une « deuxième guerre de Cent Ans » franco-anglaise amorcée par l’édit. L’Électeur de Brandebourg répond immédiatement par l’édit de Potsdam, qui accueille les huguenots et renforce la future Prusse. La coalition européenne anti-française se cimente autour de la question confessionnelle.
Qui a supprimé définitivement les interdits de la révocation ?
Louis XVI signe l’édit de tolérance à Versailles le 7 novembre 1787, qui rétablit l’état civil des protestants sans leur rendre la liberté de culte totale. Il faut attendre la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, puis la Constitution civile, pour que la liberté religieuse soit pleinement garantie. 102 ans séparent la révocation de ce premier rétablissement partiel.
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Sources
- Larousse – date de signature (18 octobre 1685), rédaction par Michel Le Tellier, exception alsacienne, nombre de réfugiés par pays d’accueil
- Musée virtuel du protestantisme – chronologie des dragonnades, interdiction d’émigration, unicité européenne de cette mesure
- Château de Fontainebleau (Musée national) – contexte de signature sur place, dispositions de l’édit
- Herodote.net – date du 18 octobre 1685, estimation de 300 000 exilés, destinations des réfugiés
- La Cliothèque (P. Joutard) – décision du 8 octobre 1685 en Conseil, signature tardive du mercredi 17, scellement du 18, enregistrement le 22 octobre par Louvois