Nicolas Machiavel a écrit Le Prince en 1513, durant son exil forcé à San Casciano, près de Florence. L’ouvrage circule d’abord en manuscrit et n’est imprimé qu’en 1532, cinq ans après la mort de son auteur. Ce traité politique fonde la pensée politique moderne.
Astuce de mémorisation
Machiavel, c’est l’homme qui mâche à vélo. Image : un fonctionnaire déchu, banni de Florence, pédale jusqu’à sa métairie d’exil et mâche sa vengeance contre les Médicis qui l’ont chassé. De cette rumination naît Le Prince. Le geste de mâcher en pédalant fixe le nom et le contexte de l’œuvre.
Ce fait et des centaines d’autres à retenir durablement sur l’app Kultra.
L’essentiel à savoir
Nicolas Machiavel n’est pas philosophe de métier. Il dirige pendant quatorze ans la Seconde Chancellerie de la république de Florence, négociant avec César Borgia, Louis XII et le pape Jules II. En novembre 1512, le retour des Médicis met brutalement fin à sa carrière. Accusé de complot, il est emprisonné, torturé à l’estrapade, puis assigné à résidence dans sa métairie de Sant’Andrea in Percussina.
L’ouvrage naît de cet exil forcé. Machiavel rédige Le Prince entre juillet et décembre 1513, comme en témoigne sa lettre à Francesco Vettori du 10 décembre. Le traité est dédié à Laurent II de Médicis, petit-fils du Magnifique, dans l’espoir explicite de retrouver une charge politique. La dédicace est ajoutée entre 1515 et 1516. Le calcul échoue : Machiavel ne sera jamais réintégré dans le gouvernement florentin.
La rupture avec mille ans de « miroirs des princes »
Avant Machiavel, les traités politiques relevaient du genre médiéval du speculum principis. Ces « miroirs » enseignaient au souverain à gouverner selon la vertu chrétienne. Machiavel renverse la table. Sa question fondatrice n’est plus « comment gouverner avec justice » mais « comment prendre le pouvoir et le conserver ». Les chapitres XV à XXIII assument une politique dépouillée de morale, où la conservation de l’État prime sur les vertus religieuses. Cette dissociation entre éthique et action politique fait basculer la pensée occidentale dans la modernité.
Le 30 décembre 1559, l’Église catholique inscrit Le Prince à l’Index des livres interdits. Le Concile de Trente confirme la condamnation en 1564. L’ouvrage circule pourtant clandestinement dans toute l’Europe. Cinq siècles plus tard, Le Prince reste lu dans toutes les écoles de sciences politiques du monde, où l’adjectif machiavélique a survécu à toutes les condamnations.
Auteur du Prince : Nicolas Machiavel
Diplomate florentin, écrit en exil, publié à titre posthume.
Auteur
Nicolas Machiavel
1469-1527, Florence
Lieu de rédaction
San Casciano
Métairie d’exil, Toscane
Dédicataire
Laurent II
Petit-fils du Magnifique
Première édition
1532
Imprimeur Antonio Blado, Rome
Pourquoi cet ouvrage ?
Banni par les Médicis revenus au pouvoir, Machiavel rédige Le Prince pour rentrer en grâce. Le calcul échoue. L’ouvrage ne sera imprimé qu’après sa mort, en 1532, et lui survivra de cinq siècles.
Fait notable
Napoléon Bonaparte voyageait avec un exemplaire annoté du Prince. Après sa défaite à Waterloo en 1815, les troupes prussiennes pillèrent son carrosse et y trouvèrent l’ouvrage couvert de commentaires de la main de l’empereur. Ces annotations sont aujourd’hui consultables dans certaines éditions spécialisées.
Questions fréquentes
Pourquoi Le Prince a-t-il été publié après la mort de Machiavel ?
Machiavel meurt en juin 1527 à Florence sans avoir vu son ouvrage imprimé. Le manuscrit ne circulait que dans un cercle restreint d’amis et de lecteurs influents. La première édition imprimée paraît à Rome en 1532, chez Antonio Blado, sur autorisation du pape Clément VII, lui-même issu de la famille des Médicis.
L’adjectif machiavélique reflète-t-il vraiment la pensée de Machiavel ?
Pas vraiment. L’adjectif est forgé au XVIe siècle par les détracteurs de l’ouvrage, notamment les jésuites et le huguenot Innocent Gentillet dans son Anti-Machiavel de 1576. Rousseau, lui, voyait dans Le Prince le « livre des républicains » : un manuel destiné à dévoiler aux peuples les ruses des tyrans.
Quels autres ouvrages Machiavel a-t-il écrits ?
Machiavel a rédigé les Discours sur la première décade de Tite-Live, traité républicain plus volumineux que Le Prince. Il a aussi composé L’Art de la guerre, une Histoire de Florence commandée par le pape Clément VII, et la comédie La Mandragore, considérée comme un chef-d’œuvre du théâtre italien de la Renaissance.
Qui était Laurent II de Médicis, le dédicataire du Prince ?
Laurent II de Médicis (1492-1519) était le petit-fils de Laurent le Magnifique. Il devint duc d’Urbino en 1516 grâce à son oncle, le pape Léon X. Plus amateur de chasse et de plaisirs de cour que de stratégie politique, il ne lut probablement jamais l’ouvrage que Machiavel lui dédia. Il fut le père de Catherine de Médicis, future reine de France.
Quelle est la phrase la plus célèbre du Prince ?
La formule « la fin justifie les moyens » est universellement attribuée à Machiavel mais ne figure pas telle quelle dans Le Prince. Il s’agit d’un raccourci postérieur. Une phrase authentique du chapitre XVII résume mieux sa pensée : il vaut mieux pour un prince être craint qu’aimé, si l’on ne peut être les deux à la fois.
Pourquoi Machiavel évoque-t-il autant César Borgia dans Le Prince ?
Machiavel a rencontré César Borgia en 1502 lors d’une mission diplomatique. Il fut frappé par son audace, sa cruauté calculée et sa capacité à imposer un ordre dans la Romagne. Borgia devient l’archétype du « prince nouveau » qui fonde son pouvoir par la vertù et l’usage froid de la violence. Sa chute brutale après la mort du pape Alexandre VI illustre les limites de la fortune.
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