La réponse
La capitale du Pakistan est Islamabad
Dans le nord du pays, sur le plateau Pothohar au pied des collines de Margalla. Ville nouvelle bâtie de zéro à partir de 1961, elle a remplacé Karachi, jugée trop exposée au sud.
Le piège des quiz est ailleurs. Beaucoup répondent Karachi, la plus grande ville du pays avec près de 15 millions d’habitants. Karachi fut bien la première capitale, de 1947 à 1959. Elle a perdu ce statut il y a plus de soixante ans.
Islamabad ne compte qu’environ 1,1 million d’habitants selon le recensement de 2023. C’est la dixième ville pakistanaise seulement. Une capitale dessinée par un urbaniste grec, pensée pour le pouvoir, pas pour la démographie.
Islamabad, une capitale née d’une décision militaire
Pourquoi ce site, et pas un autre
SituationPosition
Nord du pays, plateau Pothohar, au pied des collines de Margalla
Logique militaire
Adossée à Rawalpindi, siège du QG de l’armée
Logique défensive
Difficile à atteindre depuis le sud, face à l’Inde
Logique politique
À la charnière du Pendjab et du Khyber Pakhtunkhwa, neutre
Un site choisi vide en 1959 par une commission fédérale, sous la présidence du général Muhammad Ayub Khan.
Islamabad n’existait pas avant 1960. Aucune vieille ville, aucun centre historique. Le site a été choisi vide, sur le plateau Pothohar, à une quinzaine de kilomètres au nord-ouest de Rawalpindi. La ville a été bâtie ex nihilo pour une seule fonction : gouverner.
Le choix de 1959 sous Ayub Khan
En 1959, le général Muhammad Ayub Khan dirige le Pakistan depuis un an. Il met en place une commission fédérale chargée de trouver un site pour une nouvelle capitale. Karachi, capitale depuis l’indépendance, est jugée inadéquate. Trop au sud, trop exposée, trop encombrée par l’afflux de réfugiés.
La commission recommande un terrain au nord, près de Rawalpindi. La décision est actée la même année. Le nom retenu, Islamabad, signifie littéralement « cité de l’islam ».
Trois logiques derrière l’emplacement
Le choix du site répond à trois raisons précises. Militaire d’abord : la ville est adossée à Rawalpindi, siège du quartier général de l’armée pakistanaise. Défensive ensuite : coincée entre les reliefs du nord et le Pendjab, elle est difficile à atteindre pour une armée venue du sud, dans un pays en conflit récurrent avec l’Inde.
Politique enfin. Le site se trouve à la charnière de deux provinces, le Pendjab et le Khyber Pakhtunkhwa. Neutre, il n’avantage aucun grand pôle régional. Ce statut de territoire fédéral distinct s’inspire du modèle de Washington, capitale sans État.
Le plan de Doxiadis, une ville en damier
La grille de Doxiadis
Le plan directeur d’Islamabad porte une signature : celle de l’architecte-urbaniste grec Constantinos Apostolou Doxiadis. Spécialiste de l’ekistique, la science des établissements humains, il conçoit la ville comme un système ordonné plutôt que comme une croissance spontanée.
Une grille de secteurs autonomes
Doxiadis découpe la ville en une grille de secteurs carrés d’environ deux kilomètres de côté. Chaque secteur fonctionne comme une unité quasi autonome, avec ses marchés, ses mosquées, ses écoles et ses parcs. Le centre commercial de chaque secteur porte un nom précis, le Markaz.
Les secteurs sont désignés par des lettres et des chiffres, un système d’adressage encore utilisé aujourd’hui. Cette organisation rigide explique pourquoi Islamabad passe pour l’une des villes les mieux planifiées d’Asie du Sud.
Le concept de dynapolis
Doxiadis applique aussi son idée de dynapolis, la « ville dynamique ». Le principe : une capitale conçue pour s’étendre dans une seule direction, le long d’un axe central, sans jamais désorganiser les quartiers déjà bâtis. La ville grandit par ajout, pas par saturation. C’est ce qui la distingue des métropoles pakistanaises denses et chaotiques comme Karachi ou Lahore.
De Karachi à Islamabad, la chronologie du transfert
Trois capitales en vingt ans
La séquence à retenir : Karachi 1947-1959, Rawalpindi comme relais, Islamabad depuis 1967.
L’ancienne capitale
Karachi reste aujourd’hui la plus grande ville du pays et sa capitale économique. Sa position côtière, atout commercial, fut précisément ce qui la disqualifia comme capitale politique.
La bascule de capitale ne s’est pas faite en un jour. Elle s’étale sur vingt ans, avec une étape transitoire souvent oubliée.
Karachi, la capitale d’origine
À l’indépendance, le 14 août 1947, Karachi devient la capitale du Pakistan. Le choix revient à Muhammad Ali Jinnah, fondateur du pays. La ville portuaire du Sindh reste le siège du gouvernement jusqu’en 1959. Elle demeure aujourd’hui la capitale économique et financière, ainsi que la plus grande ville du pays.
Rawalpindi, capitale de transition
Pendant la construction d’Islamabad, il faut bien gouverner quelque part. À partir de 1959, la capitale est transférée provisoirement à Rawalpindi, la ville voisine du futur site. Rawalpindi joue ce rôle intérimaire jusqu’à ce que les nouveaux bâtiments d’Islamabad soient prêts. Cette période transitoire est la raison pour laquelle certains la citent à tort comme ancienne capitale « officielle ».
1967, le transfert officiel
Islamabad devient officiellement la capitale du Pakistan le 14 août 1967, exactement vingt ans après l’indépendance. Le transfert des institutions depuis Rawalpindi est alors formalisé, une fois les principaux bâtiments gouvernementaux achevés. Dans les faits, le déménagement des administrations s’est étalé sur plusieurs années.
La séquence tient en trois dates simples. Karachi de 1947 à 1959, Rawalpindi comme relais transitoire, Islamabad depuis 1967.
Islamabad et Rawalpindi, les villes jumelles
Deux villes qui se touchent, deux fonctions
Voisines au point d’être surnommées les villes jumelles, mais administrativement séparées.
Islamabad
Rawalpindi
On ne peut pas comprendre Islamabad sans Rawalpindi. Les deux villes se touchent, au point d’être surnommées les « villes jumelles ». Elles restent pourtant administrativement séparées.
Deux statuts, deux fonctions
Rawalpindi appartient à la province du Pendjab. Elle abrite le quartier général des forces armées, ce qui en fait le centre du pouvoir militaire. Islamabad, elle, relève du Territoire fédéral d’Islamabad, directement administré par le gouvernement central. Le pouvoir politique et le pouvoir militaire cohabitent ainsi côte à côte, séparés de quelques kilomètres.
Un contraste démographique frappant
Le déséquilibre de population est net. La ville d’Islamabad compte environ 1,1 million d’habitants au recensement de 2023. Rawalpindi en compte 3,36 millions, quatrième ville du pays. La planifiée est bien plus petite que sa voisine spontanée. Rapportée à l’ensemble du Territoire fédéral, l’agglomération d’Islamabad approche 2,4 millions d’habitants.
Un territoire fédéral à part
Islamabad n’appartient à aucune des quatre provinces pakistanaises. C’est une singularité administrative voulue dès l’origine.
Une entité créée en 1960
Le Territoire fédéral d’Islamabad est créé en 1960, sur des terres prélevées au Pendjab et, marginalement, au Khyber Pakhtunkhwa. Il n’englobe qu’une seule ville, la capitale. Presque entièrement enclavé dans le district de Rawalpindi, ce territoire dépend directement du gouvernement fédéral, sans échelon provincial intermédiaire.
Pourquoi ce statut neutre
Le principe reprend celui de Washington. Une capitale hors des provinces ne favorise aucune d’elles. Dans un pays fédéral traversé de rivalités régionales et ethniques, cette neutralité territoriale donne à Islamabad une légitimité qu’une capitale rattachée à une province n’aurait pas eue.
Ce que la ville abrite aujourd’hui
Le cœur de l’État
Islamabad concentre l’appareil d’État : l’Aiwan-e-Sadr (résidence présidentielle), le siège du gouvernement, le Parlement national et la Cour suprême, répartis en zones fonctionnelles distinctes.
Islamabad concentre l’appareil d’État. La résidence présidentielle, l’Aiwan-e-Sadr, y côtoie le siège du gouvernement, le Parlement national et la Cour suprême. La ville est organisée en zones fonctionnelles distinctes : administrative, diplomatique, résidentielle et espaces verts protégés.
La mosquée Faisal, repère de la capitale
Le monument le plus identifiable d’Islamabad est la mosquée Faisal. Achevée en 1986 grâce à un financement du roi Fayçal d’Arabie saoudite, elle figure parmi les plus grandes mosquées du monde, avec une capacité de plus de 74 000 fidèles. Sa silhouette, inspirée d’une tente bédouine plutôt que du dôme classique, tranche avec l’architecture des mosquées traditionnelles.
Une capitale unique par son initiale
Détail rare, souvent utilisé comme piège de quiz avancé. Islamabad est la seule capitale nationale au monde dont le nom commence par la lettre I. Une singularité anecdotique, mais qui ancre le nom de la ville dans la mémoire dès qu’on la connaît.
Astuce de mémorisation
Décomposez le nom : « Islam-abad ». Le suffixe -abad signifie « ville » en persan, on le retrouve dans Hyderabad ou Ahmedabad. Islamabad, c’est donc mot pour mot « la ville de l’islam ». Le Pakistan étant l’État fondé pour les musulmans du sous-continent indien, sa capitale porte logiquement ce nom. Retenez « ville de l’islam » et le nom revient tout seul.
Le fait qui reste
La construction d’Islamabad a commencé en 1961, mais son emblème, la mosquée Faisal, n’a été achevée qu’en 1986. Vingt-cinq ans séparent le premier coup de pioche de la ville et l’inauguration de son monument le plus célèbre, financé par un roi étranger.
L’essentiel en une vue
La capitale du Pakistan est Islamabad, ville nouvelle bâtie pour gouverner, pas pour peupler. Le vrai piège, c’est Karachi, plus grande mais déchue depuis 1959.
Questions fréquentes sur la capitale du Pakistan
Karachi a-t-elle déjà été capitale ?
Pourquoi avoir déplacé la capitale ?
Islamabad appartient-elle à une province ?
Quelle différence entre Islamabad et Rawalpindi ?
Depuis quand Islamabad est-elle capitale ?
Qui a conçu le plan d’Islamabad ?
Combien d’habitants compte Islamabad ?
Que signifie le nom Islamabad ?
Fiches associées
Sources
- Encyclopædia Universalis, notice Islamabad
- Larousse, encyclopédie, Islamabad
- Encyclopædia Universalis, histoire du Pakistan et transfert des capitales
- Encyclopædia Universalis, Pakistan, population et activités
- The Friday Times, Doxiadis et le choix du site
- Liste des capitales du Pakistan, date du 14 août 1967
- Aire métropolitaine Islamabad-Rawalpindi, données de recensement 2023