Unité SI de température thermodynamique
Le kelvin, symbole K
Échelle absolue, sans degré, sans valeur négative. Son zéro coïncide avec le zéro absolu, à -273,15 °C. Une variation de 1 K égale une variation de 1 °C, seule l’origine change.
Le kelvin est l’une des sept unités de base du Système international. Depuis le 20 mai 2019, il ne repose plus sur une substance ni sur un artefact, mais sur une constante fondamentale de la physique, la constante de Boltzmann, fixée à une valeur exacte.
La confusion la plus fréquente porte sur le mot « degré ». On écrit 300 K et on lit « trois cents kelvins », jamais 300 °K. Cette règle date de 1967 et distingue le kelvin du degré Celsius comme du degré Fahrenheit.
Ce fait et des centaines d’autres à retenir durablement sur l’app Kultra.
Le kelvin, seule unité SI de température
Les sept unités de base du Système international
Une seule mesure la température : le kelvin
Le degré Celsius reste admis dans le SI, mais comme unité dérivée, jamais comme unité de base.
Sur les sept unités de base du Système international, une seule mesure la température : le kelvin. Il rejoint la seconde, le mètre, le kilogramme, l’ampère, la mole et la candela. Le degré Celsius reste admis dans le SI, mais comme unité dérivée, pas comme unité de base.
Symbole, orthographe et pluriel
Le symbole officiel est K, une capitale latine, sans point. Le nom d’unité s’écrit en minuscule : « kelvin », comme « mètre » ou « ampère », même s’il vient d’un nom propre. Au pluriel, il prend un s en toutes lettres : « deux cents kelvins ». Le symbole, lui, reste invariable : 200 K.
Aucun préfixe « degré » ni symbole « ° » ne précède jamais le kelvin. On croise des multiples et sous-multiples courants : le millikelvin (mK), le microkelvin (µK) et le picokelvin (pK) en physique des basses températures, le kilokelvin (kK) plus rarement pour les milieux stellaires.
Une échelle absolue, sans valeur négative
Le kelvin est une échelle absolue. Son origine, 0 K, est le zéro absolu, la température la plus basse permise par la thermodynamique. Aucune valeur négative n’existe : il n’y a pas de -5 K. C’est la différence de nature avec le Celsius, dont le zéro est arbitraire, calé sur la fusion de l’eau, et qui descend sans limite dans les négatifs.
Pourquoi le zéro absolu vaut -273,15 °C
Trois repères sur l’échelle thermodynamique
Le zéro absolu correspond à -273,15 °C exactement. À ce point, l’agitation thermique des particules atteint son minimum, l’énergie thermique ne peut plus être extraite. Le chiffre 273,15 n’est pas physique : il vient de la volonté de caler le kelvin sur le pas du degré Celsius préexistant.
Le lien exact entre kelvin et Celsius
La conversion tient en une soustraction. Pour passer des kelvins aux degrés Celsius : T(°C) = T(K) – 273,15. Dans l’autre sens : T(K) = T(°C) + 273,15. L’eau gèle à 273,15 K (0 °C) et bout à 373,15 K (100 °C) sous pression atmosphérique normale. Un écart de température, lui, s’exprime à l’identique : 10 K = 10 °C.
Le point triple de l’eau, ancien pilier de la définition
Le point triple de l’eau, seul état où l’eau coexiste sous forme solide, liquide et gazeuse, se situe à 273,16 K, soit 0,01 °C. Ce point a servi de référence exacte à la définition du kelvin de 1954 à 2019. Le kelvin était alors la fraction 1/273,16 de la température thermodynamique de ce point. La refonte de 2019 a rompu ce lien avec une substance particulière.
Kelvin, Celsius, Fahrenheit : trois échelles, une seule absolue
Échelle absolue
Calée sur le zéro absolu et une constante universelle. Valide partout, de 0 K aux millions de kelvins stellaires. Jamais de valeur négative.
0 K = -273,15 °C
Échelle relative
Calée sur le gel et l’ébullition de l’eau. Descend dans les négatifs.
Gel 0 °C · ébullition 100 °C
Échelle relative
Ni le même zéro ni le même pas. Conversion en deux étapes.
Gel 32 °F · ébullition 212 °F
Trois échelles dominent la mesure de la température. Le kelvin est absolu, calé sur le zéro absolu et une constante universelle. Le Celsius et le Fahrenheit sont relatifs, calés sur des repères physiques choisis. C’est ce qui rend le kelvin universel : il reste valide de 0 K aux millions de kelvins des cœurs stellaires.
Ce que le Celsius doit au kelvin
Contre l’intuition, la définition moderne du degré Celsius dérive de celle du kelvin, et non l’inverse. Historiquement, Celsius a précédé, calé sur la congélation (0) et l’ébullition (100) de l’eau. Mais aujourd’hui, le Celsius est officiellement défini comme le kelvin décalé de 273,15 : t(°C) = T(K) – 273,15. Le kelvin est l’unité mère.
Fahrenheit, l’échelle qui ne se convertit pas d’une soustraction
Le Fahrenheit n’a ni le même zéro ni le même pas. Sa conversion vers le Celsius passe par une formule à deux étapes : t(°C) = (t(°F) – 32) × 5/9. L’eau y gèle à 32 °F et bout à 212 °F. Seuls les États-Unis et quelques territoires l’emploient encore au quotidien, ce qui explique la fréquence de la confusion dans les quiz internationaux.
La redéfinition de 2019, une rupture invisible au quotidien
Ce qui a changé le 20 mai 2019
Avant 2019
Le point triple de l’eau
Fraction 1/273,16 de la température de ce point. Dépend d’une substance dont la composition isotopique varie.
Depuis 2019
La constante de Boltzmann
Figée à 1,380649 × 10⁻²³ J/K. Une constante universelle, reproductible partout, sans échantillon.
Même réforme que le kilogramme, l’ampère et la mole, la même année.
Le 20 mai 2019, une refonte historique du SI est entrée en vigueur. Le kelvin ne dépend plus du point triple de l’eau, mais de la constante de Boltzmann, figée à une valeur exacte. La même réforme a redéfini le kilogramme, l’ampère et la mole. Objectif commun : ancrer chaque unité sur une constante de la nature, non sur un objet ou une substance.
La définition officielle par la constante de Boltzmann
Le texte officiel fixe la valeur numérique de la constante de Boltzmann.
D’après le Bureau international des poids et mesures (Brochure sur le SI, définition en vigueur depuis le 20 mai 2019), le kelvin est défini en fixant la constante de Boltzmann k à exactement 1,380649 × 10⁻²³ J/K. Un kelvin devient alors le changement de température associé à une variation d’énergie thermique kT de cette valeur.
Pourquoi abandonner l’eau comme référence
L’eau du point triple n’est jamais parfaitement pure. Sa composition isotopique varie selon l’origine, ce qui introduisait de minuscules écarts dans la référence mondiale. En liant le kelvin à une constante universelle, la métrologie gagne une reproductibilité parfaite, indépendante du laboratoire, du continent et de l’échantillon.
Ce qui ne change pas pour les mesures courantes
Dans la pratique quotidienne, rien ne bouge. L’eau gèle toujours à 273,15 K, les thermomètres domestiques restent identiques, aucune recalibration n’a été nécessaire. Le gain concerne la métrologie de pointe : les températures inférieures au millikelvin et celles de plusieurs milliers de kelvins, où les anciennes méthodes butaient sur leurs limites.
À quoi sert le kelvin en dehors de la physique
Trois métiers qui chiffrent en kelvins
Le kelvin ne vit pas qu’au laboratoire. Il structure plusieurs métiers, souvent sans que le grand public associe le chiffre à l’unité SI. Trois domaines l’emploient massivement au quotidien.
La température de couleur
Une ampoule à lumière chaude tourne autour de 2700 K, la lumière du jour vers 6500 K. Au-delà de 7500 K, la teinte vire au bleuté. Ce repère guide le choix d’un éclairage comme le réglage de la balance des blancs d’un appareil photo.
Température de couleur en éclairage et photographie
La température de couleur d’une source lumineuse se chiffre en kelvins. Une ampoule à lumière chaude tourne autour de 2700 K, la lumière du jour se situe vers 6500 K. Au-delà de 7500 K, la teinte vire au bleuté. Ce repère guide le choix d’un éclairage domestique comme le réglage de la balance des blancs d’un appareil photo.
Classement des étoiles en astronomie
Les astronomes classent les étoiles selon la température de surface, exprimée en kelvins. Une étoile rouge froide avoisine 3000 K, le Soleil rayonne à environ 5772 K, les étoiles bleues les plus chaudes dépassent 30 000 K. La couleur perçue d’un astre trahit directement sa température, du rouge sombre au bleu intense.
D’après la NASA (Sun Fact Sheet, NSSDCA), la température effective de la surface du Soleil vaut 5772 K, quand son cœur atteint environ 15 millions de kelvins. Un seul astre couvre ainsi près de quatre ordres de grandeur sur l’échelle kelvin.
Bruit thermique en électronique
Dans les circuits, le bruit thermique, ou bruit Johnson-Nyquist, dépend de la température absolue en kelvins. Plus un composant est froid, moins il génère de bruit. C’est pourquoi les récepteurs radio les plus sensibles et les capteurs d’astronomie sont refroidis à quelques kelvins, parfois moins.
William Thomson, le physicien devenu Lord Kelvin
Une vie, quatre jalons
William Thomson, 1824 → 1907
L’unité porte le nom de William Thomson, né à Belfast en 1824 et mort en 1907. Professeur de philosophie naturelle à l’université de Glasgow pendant 53 ans, il propose dès 1848 une échelle de température indépendante de toute substance. Anobli en 1892, il choisit le titre de baron Kelvin, du nom de la rivière Kelvin qui longeait son laboratoire.
Bien au-delà de la thermodynamique
Thomson a supervisé la pose du premier câble télégraphique transatlantique en 1866 et contribué aux deux premiers principes de la thermodynamique. Rares sont les savants dont le nom est devenu une unité de mesure du quotidien.
L’idée d’une échelle absolue en 1848
Thomson cherche une échelle qui ne dépende pas des propriétés d’un gaz ou d’un liquide particulier. Il s’appuie sur la théorie de Carnot et les mesures de Regnault, et fonde son échelle sur le point où plus aucune chaleur ne peut être extraite. L’idée reste théorique près d’un siècle avant son adoption formelle en 1954.
Un savant au-delà de la thermodynamique
Thomson a contribué aux deux premiers principes de la thermodynamique et supervisé la pose du premier câble télégraphique transatlantique, en 1866. Il est enterré à l’abbaye de Westminster, près d’Isaac Newton. Rares sont les scientifiques dont le nom est ainsi devenu une unité de mesure du quotidien.
Le zéro absolu peut-il être atteint
Le record de la température la plus basse jamais produite
Soit 0,000000000038 K au-dessus du zéro absolu. Atteint en 2021 par l’université de Brême sur un condensat de Bose-Einstein, le seuil n’a tenu que deux secondes.
Non. Le troisième principe de la thermodynamique interdit d’atteindre le zéro absolu : la matière s’en approche sans jamais le toucher. Chaque gain de fraction de degré coûte un effort exponentiel. Pourtant, les laboratoires en frôlent des seuils vertigineux.
Le condensat de Bose-Einstein
À l’approche du zéro absolu, un gaz d’atomes de rubidium fusionne en un seul objet quantique. C’est cet état, refroidi à l’extrême, qui a permis d’atteindre les 38 picokelvins du record de 2021.
Le record des 38 picokelvins
En 2021, une équipe allemande de l’université de Brême a atteint 38 picokelvins, soit 0,000000000038 K au-dessus du zéro absolu, sur un condensat de Bose-Einstein d’atomes de rubidium. Le seuil n’a tenu que deux secondes, mais reste le record de la température la plus basse jamais produite. Le précédent record valait 36 microkelvins.
D’après Physical Review Letters (résultats publiés en octobre 2021), le gaz quantique a été refroidi à une température effective de 38 picokelvins pendant environ deux secondes, grâce à une lentille à ondes de matière. C’est l’un des points les plus froids jamais créés dans l’univers connu.
Pourquoi l’univers ne descend jamais à 0 K
Même le vide intersidéral n’atteint pas le zéro absolu. Le fond diffus cosmologique baigne tout l’espace à environ 2,73 K, un rayonnement fossile hérité du Big Bang. Aucune région naturelle de l’univers ne peut descendre en dessous sans intervention artificielle, ce qui rend les records de laboratoire plus froids que l’espace lui-même.
Astuce de mémorisation
Visualiser la lettre K comme une colonne glacée plantée à -273,15 °C. Le trait vertical est le rail du thermomètre, les deux branches obliques sont des flèches qui repartent vers le haut. On monte tant qu’on veut vers le chaud, mais on ne descend jamais sous la base du K : en kelvin, aucune valeur négative n’existe. La forme de la lettre encode la règle.
Un symbole en double dans Unicode
Deux points Unicode pour un seul symbole
À utiliser
La lettre K latine ordinaire. Recommandée par Unicode pour tout usage, y compris l’unité kelvin.
À éviter
Le « KELVIN SIGN » dédié, hérité d’anciennes normes japonaises. Déclaré équivalent, mais déconseillé.
Le symbole K du kelvin existe en double dans la norme Unicode. Un caractère dédié occupe le point U+212A, nommé « KELVIN SIGN », hérité d’anciennes normes japonaises. Unicode recommande pourtant de l’éviter et d’utiliser la lettre K latine ordinaire (U+004B), les deux étant déclarés strictement équivalents. Un détail invisible à l’œil, mais qui piège les moteurs de recherche et les systèmes de tri.
Ce qu’il faut retenir
Le kelvin, l’unité absolue qui a troqué l’eau contre une constante universelle
Questions fréquentes sur le kelvin
Pourquoi ne dit-on pas « degré kelvin » ?
Quelle est la différence entre kelvin et Celsius ?
Comment convertir des kelvins en degrés Celsius ?
À quoi sert concrètement le kelvin ?
Peut-on atteindre le zéro absolu ?
Qui était Lord Kelvin ?
Existe-t-il une température maximale ?
Quelles sont les autres unités de base du SI ?
Fiches associées
Sources
- BIPM, unité de base : le kelvin (K), définition par la constante de Boltzmann 1,380649 × 10⁻²³ J/K
- BIPM, historique de la température thermodynamique et des résolutions CGPM successives
- LNE, le kelvin, de la définition de 1954 au point triple à la redéfinition par Boltzmann
- NIST, historique du kelvin et confirmation du zéro absolu à -273,15 °C
- Larousse, William Thomson (Lord Kelvin), échelle absolue de température proposée en 1848
- Phys.org, record de 38 picokelvins atteint en laboratoire par l’université de Brême en 2021