En quelle année la Magna Carta est-elle scellée ?

Histoire · 15 juin 1215

1215
La Magna Carta est scellée le 15 juin 1215 à Runnymede par Jean sans Terre, sous la pression des barons révoltés. Ce texte de 63 articles latins limite pour la première fois par écrit le pouvoir royal anglais.
15 juinDate du sceau
63Articles latins
25Barons du conseil
4Originaux conservés

La date de 1215 fait référence au scellement original. La charte est pourtant annulée par le pape neuf semaines plus tard, puis réémise quatre fois jusqu’en 1297. C’est cette dernière version, et non celle de 1215, qui garde force de loi au Royaume-Uni aujourd’hui.

Jean sans Terre n’a jamais signé le document au sens moderne. Les rois médiévaux authentifiaient un acte par un sceau de cire, pas par une signature. La confusion entre sceau et signature reste l’erreur la plus fréquente sur ce sujet dans les quiz.

Ce fait et des centaines d’autres à retenir durablement sur l’app Kultra.

1215, la date exacte du scellement de la Magna Carta

1215

La date de référence

Quatre années jalonnent l’histoire du texte. Une seule est retenue comme acte fondateur, celle du premier sceau à Runnymede.

1215

Scellement original, 15 juin, à Runnymede

Référence

1216

Réémission par Henri III, version expurgée

1225

Version la plus citée au Moyen Âge

1297

Confirmation d’Édouard Iᵉʳ, force de loi

Le manuscrit

Le 15 juin 1215 est la date retenue par les historiens et les institutions comme celle du scellement. Elle correspond au moment où Jean sans Terre accepte les Articles des Barons à Runnymede. La chancellerie royale rédige ensuite le texte définitif, dont plusieurs exemplaires sont expédiés dans les jours suivants.

Manuscrit original de la Magna Carta de 1215 sur parchemin, écrit en latin médiéval, conservé à la British Library
Manuscrit de 1215, exemplaire Cotton MS Augustus II 106. Crédit Wikimedia Commons

Pourquoi retenir 1215 et pas 1216, 1225 ou 1297

La charte connaît quatre rééditions majeures. Le texte de 1215 est annulé dès août de la même année. Henri III le réémet en 1216 puis en 1225, dans des versions expurgées. Édouard Iᵉʳ le confirme en 1297. La date de référence reste 1215 car c’est l’acte fondateur, celui qui pose pour la première fois la limitation écrite du pouvoir royal. Les autres années sont des confirmations ou des révisions.

Le 15 juin, jour du sceau à Runnymede

Le choix du 15 juin n’est pas symbolique. C’est la date à laquelle les négociations entre le roi et les barons aboutissent sur le pré de Runnymede, terrain neutre choisi à mi-chemin entre le château royal de Windsor et le camp baronnial de Staines. Le lieu, dégagé et bordé par la Tamise, permettait aux deux camps armés de se surveiller.

Sceau et non signature, la nuance qui piège les quiz

Jean sans Terre appose son grand sceau de cire, fixé par un cordon au bas du parchemin. Aucune plume, aucune signature autographe. La formule « signer la Magna Carta » est un abus de langage entretenu par des siècles d’illustrations. Sur les quatre originaux subsistants, un seul conserve encore son sceau, partiellement fondu lors de l’incendie de la collection Cotton en 1731.

La crise politique qui débouche sur la charte

Quinze ans de tensions

Défaites militaires, taxes de guerre et rupture avec la papauté conduisent à la révolte.

1199›1215

1199

Avènement de Jean après Richard Cœur de Lion

1204

Perte de la Normandie face à Philippe Auguste

1214

Défaite de Bouvines, le 27 juillet

17 mai 1215

Prise de Londres par les barons

15 juin 1215

Sceau royal à Runnymede

Gravure du XIXe siècle représentant le roi Jean sans Terre acceptant la Grande Charte à Runnymede en 1215
Le roi Jean cède à Runnymede, gravure de A Chronicle of England. Crédit Wikimedia Commons

La reddition royale

La Magna Carta est l’aboutissement d’une décennie de tensions entre Jean sans Terre et sa noblesse. Le roi cumule les défaites militaires, les taxes exceptionnelles et un conflit ouvert avec la papauté. En 1215, les barons passent de la contestation à la révolte armée.

Un roi affaibli par la perte de la Normandie

Jean monte sur le trône en 1199, après la mort de son frère Richard Cœur de Lion. Il perd la Normandie en 1204 face à Philippe Auguste, puis l’Anjou et la Touraine. La défaite de Bouvines, le 27 juillet 1214, ruine ses dernières chances de reconquête sur le continent. Ces échecs vident le trésor et poussent le roi à multiplier les prélèvements sur ses vassaux.

La révolte des barons et la prise de Londres

Excédés par les scutages, taxes militaires levées pour financer des guerres perdues, les barons se soulèvent au printemps 1215. Sous la conduite de Robert FitzWalter, ils s’emparent de Londres le 17 mai. La capitale prise, le roi n’a plus les moyens de résister. Il accepte de négocier, ce qui aboutit au scellement du 15 juin.

Le rôle décisif d’Étienne Langton

L’archevêque de Canterbury Étienne Langton sert d’intermédiaire entre le roi et les barons. Juriste formé à Paris, il aurait exhumé la Charte des libertés d’Henri Iᵉʳ de 1100 pour donner une base légale aux revendications baronniales. Son intervention transforme une révolte fiscale en revendication de droit, ce qui explique la portée durable du texte.

Ce que contient réellement la Magna Carta

Anatomie du texte

Sur 63 articles, une poignée survit. La postérité tient à trois clauses, pas à la masse féodale.

63 articles latins, numérotés en 1759 par William Blackstone
3 clauses actives
60 clauses féodales aujourd’hui abrogées
Encore en vigueur (version 1297) Abrogées entre 1828 et 1969

Article 39

Nul homme libre arrêté sans jugement de ses pairs. Socle de l’habeas corpus.

Article 61

Conseil de 25 barons surveillant le roi. Droit d’insurrection, supprimé dès 1216.

Article 40

Justice ni vendue, ni refusée, ni différée à quiconque. Principe encore invoqué.

Le grand sceau

La version de 1215 compte 63 articles rédigés en latin abrégé sur un parchemin compact de 50 par 32 centimètres. La numérotation, absente à l’origine, est introduite en 1759 par le juriste William Blackstone. La majorité des clauses traitent de questions féodales concrètes, aujourd’hui obsolètes.

Grand sceau de cire du roi Jean sans Terre pendant au bas des Articles des Barons de 1215
Grand sceau de Jean sans Terre, Articles des Barons, BL Add MS 4838. Crédit Wikimedia Commons

L’article 39 et le socle de l’habeas corpus

L’article 39 stipule qu’aucun homme libre ne sera arrêté, emprisonné ou dépossédé, sinon par le jugement légal de ses pairs ou par la loi du pays. À l’époque, liber homo ne vise que les barons et le clergé, moins de 10 % de la population. C’est l’Habeas Corpus Act de 1679, sous Charles II, qui étend ce principe à tous les sujets et lui donne sa forme procédurale moderne.

L’article 61 et le droit d’insurrection

L’article 61, dit clause de sécurité, installe un conseil de 25 barons chargé de surveiller le roi. Ces 25 ne sont pas le nombre de révoltés, bien plus élevé, mais un comité de surveillance élu parmi eux. Il autorise ces barons à recourir à la force si le souverain viole la charte. Cette clause radicale, véritable droit d’insurrection légal, est jugée intolérable par le roi comme par le pape. Elle disparaît dès la réémission de 1216.

Les trois clauses encore en vigueur

Sur les 63 articles, trois restent juridiquement actifs au Royaume-Uni, dans la version de 1297. Le premier garantit la liberté de l’Église d’Angleterre. Le neuvième protège les libertés de la Cité de Londres. Le vingt-neuvième, héritier de l’article 39 de 1215, consacre le droit à un procès équitable. Les autres clauses ont été abrogées entre 1828 et 1969.

De l’annulation papale à la version constitutionnelle

De 1215 à 1297

Un texte annulé en neuf semaines, ressuscité par étapes jusqu’à devenir un pilier du droit anglais.

15 juin 1215
Sceau à Runnymede, acte fondateur
24 août 1215
Bulle d’annulation du pape Innocent III
1216
Mort de Jean, réémission expurgée par Henri III
1225
Version de référence médiévale, contre un impôt
1297
Édouard Iᵉʳ, valeur constitutionnelle encore active
Gisant de pierre du roi Jean sans Terre sur son tombeau dans la cathédrale de Worcester
Tombeau de Jean sans Terre, cathédrale de Worcester. Crédit Wikimedia Commons

La mort du roi

La charte de 1215 ne survit pas à l’été. Son histoire réelle est celle d’un texte mort-né, ressuscité par étapes jusqu’à devenir un pilier du droit anglais trois siècles plus tard. Jean meurt le 19 octobre 1216, laissant le trône à un enfant de neuf ans.

La bulle d’annulation d’Innocent III

Le pape Innocent III annule la charte par une bulle du 24 août 1215, moins de dix semaines après le sceau. Jean sans Terre était devenu vassal du Saint-Siège en 1213 pour lever son excommunication. Le pape juge la charte extorquée par la contrainte et contraire à la souveraineté royale sacrée. L’annulation déclenche aussitôt la première guerre des barons.

Les rééditions de 1216, 1217 et 1225

Jean meurt le 19 octobre 1216. Son fils Henri III, âgé de 9 ans, réémet une version allégée dès novembre 1216 sous la régence de Guillaume le Maréchal, pour rallier les barons. Une nouvelle version paraît en 1217, accompagnée d’une Carta de Foresta distincte. La réédition de 1225, obtenue contre un impôt, devient la base juridique la plus citée au Moyen Âge.

1297, la version qui fait force de loi

Édouard Iᵉʳ confirme la charte le 10 novembre 1297 en l’intégrant au recueil des statuts du royaume. C’est cette version, et non celle de 1215, qui possède valeur constitutionnelle au Royaume-Uni. Le statut est confirmé par le Parlement en 1369. Comprendre cette distinction évite l’erreur courante qui attribue au texte de 1215 une continuité juridique directe.

L’angle oublié, comment 1215 est devenu un mythe fondateur

Idée reçue contre réalité

Le mythe

Dès 1215, la Magna Carta aurait fondé les libertés anglaises, célébrée sans interruption pendant huit siècles.

VS

La réalité

Oubliée près de quatre siècles. Sa gloire date du XVIIᵉ siècle, quand Edward Coke l’oppose aux Stuart.

Le nom même de Magna Carta Libertatum, Grande Charte des libertés, est une emphase tardive du XVIIᵉ siècle, absente du document de 1215.

Le mémorial

Voici l’angle que la recherche francophone néglige. La Magna Carta a été oubliée pendant près de quatre siècles avant de devenir un symbole. Sa gloire actuelle date du XVIIᵉ siècle, pas du Moyen Âge. Le mémorial de Runnymede, lui, ne date que de 1957.

Rotonde du mémorial de la Magna Carta à Runnymede, érigée par l'American Bar Association en 1957
Mémorial de Runnymede, érigé en 1957. Crédit Wikimedia Commons

Le silence médiéval sur la charte

Après 1225, la Magna Carta tombe dans une relative indifférence. Les clauses féodales perdent leur sens à mesure que la société change. Le texte n’est ni enseigné, ni invoqué comme fondement de liberté. Pendant des générations, il reste un règlement technique parmi d’autres statuts du royaume.

Edward Coke et la résurrection du XVIIᵉ siècle

Le juriste Edward Coke exhume la charte au début du XVIIᵉ siècle pour l’opposer à l’absolutisme des Stuart. Il en fait la preuve d’une « constitution ancienne » plaçant le roi sous la loi. Sa lecture nourrit la Petition of Right de 1628, puis le Bill of Rights de 1689. Le nom même de Magna Carta Libertatum, Grande Charte des libertés, est une emphase tardive de cette époque, absente de 1215.

Un symbole exporté aux États-Unis

La lecture de Coke traverse l’Atlantique. Les pères fondateurs américains citent la charte pour justifier la Déclaration d’indépendance de 1776 et la Constitution de 1787. La Déclaration d’indépendance des États-Unis reprend l’idée d’un pouvoir borné par le droit. En 1941, Winston Churchill invoque encore la Magna Carta dans son appel à Franklin Roosevelt.

Astuce de mémorisation

1215 se lit 12-15, soit douze et quinze. Or la charte est scellée le 15 juin, le 15 du mois. Le nombre contient déjà le jour. La phrase à graver : « Le 15 de 12-15, Jean cède son sceau. » À ranger mentalement à côté de 1066 pour Hastings et 1789 pour la Révolution, la trilogie des dates qui rabaissent un pouvoir.

2015

Fait notable

En février 2015, la British Library a réuni les quatre originaux de 1215 dans une même salle pour la première fois en huit siècles, pour le 800ᵉ anniversaire. 1 215 personnes tirées au sort parmi 43 000 candidats ont pu les voir ensemble, un chiffre choisi en écho à l’année du scellement.

Fiche synthèse

La Magna Carta est scellée en 1215

Une prairie, un sceau, 63 articles. Le jour où la loi anglaise s’est placée au-dessus du roi. Huit siècles plus tard, l’article 39 vit toujours.

Date du sceau

15 juin 1215

Un lundi, à Runnymede

Auteur

Jean sans Terre

Roi d’Angleterre 1199-1216

Lieu

Runnymede

Surrey, bord de Tamise

Postérité

Habeas corpus

Article 39 encore actif

Annulée par le pape neuf semaines après le sceau, réémise quatre fois, seule la version de 1297 acquiert force constitutionnelle. Quatre originaux de 1215 subsistent, deux à la British Library, un à Lincoln, un à Salisbury, inscrits au registre Mémoire du monde de l’UNESCO en 2009.

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Questions fréquentes sur la Magna Carta

En quelle année la Magna Carta est-elle signée ?

La date de référence est 1215, précisément le 15 juin. Le terme « signée » est toutefois impropre. Jean sans Terre n’a pas signé le texte mais y a apposé son grand sceau de cire, seul mode d’authentification royale au XIIIᵉ siècle. Les rééditions de 1216, 1217, 1225 et 1297 portent d’autres dates, mais l’acte fondateur reste celui de 1215.

Qui a scellé la Magna Carta ?

Le roi Jean d’Angleterre, surnommé Jean sans Terre, a scellé le texte le 15 juin 1215. Plus jeune fils d’Aliénor d’Aquitaine et d’Henri II Plantagenêt, il régna de 1199 à 1216. Son surnom vient de l’absence de fief reçu à sa naissance, contrairement à ses frères aînés. Ses défaites militaires en France ont rendu la révolte des barons inévitable.

Combien d’articles compte la Magna Carta ?

La version de 1215 compte 63 articles, selon la numérotation établie en 1759 par William Blackstone. Le parchemin original ne comportait ni titre ni numéros. La version définitive de 1297 n’en conserve que 37, d’après le découpage de George Ferrers en 1534. Les plus célèbres sont les articles 39 et 40, socle de l’habeas corpus, et l’article 61 sur le droit d’insurrection.

Où la Magna Carta a-t-elle été scellée ?

À Runnymede, une prairie de la rive sud de la Tamise, entre Windsor et Staines, dans le comté de Surrey. Le site est géré par le National Trust depuis 1929. Un mémorial y a été érigé par l’American Bar Association en 1957. La reine Élisabeth II y a inauguré un monument pour le 800ᵉ anniversaire en 2015. Le lieu reste un espace naturel ouvert.

Combien d’exemplaires originaux subsistent ?

Quatre originaux de 1215 subsistent, sur au moins treize copies produites par la chancellerie royale. Deux sont conservés à la British Library de Londres, un à la cathédrale de Lincoln, un à celle de Salisbury. L’exemplaire de Lincoln a été exposé à l’Exposition universelle de New York en 1939, puis conservé au fort Knox pendant la guerre avant de rentrer en Angleterre en 1946.

La Magna Carta est-elle encore en vigueur ?

Partiellement, oui. La version de 1297 appartient toujours au droit constitutionnel britannique non codifié. Trois clauses restent actives : la liberté de l’Église d’Angleterre, les libertés de la Cité de Londres et le droit à un procès équitable. Les autres dispositions, essentiellement féodales, ont été abrogées entre 1828 et 1969 par des lois de révision successives.

Pourquoi le pape a-t-il annulé la charte ?

Innocent III annule la Magna Carta par une bulle du 24 août 1215. Jean sans Terre était devenu son vassal en 1213, en échange de la levée de son excommunication. Le pape considère la charte extorquée par la force et juge le droit d’insurrection des barons contraire à la souveraineté royale sacrée. Cette annulation ouvre la première guerre des barons, qui dure de 1215 à 1217.

Quelle différence avec la Déclaration des droits de l’homme ?

La Magna Carta de 1215 protège des privilèges féodaux au bénéfice des hommes libres, une minorité. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 proclame des droits universels applicables à tous. La première borne le pouvoir royal par la coutume, la seconde le fonde sur des principes abstraits. La tradition anglaise a toutefois nourri, via les Lumières, la pensée révolutionnaire française.
AC

Fiche rédigée par Alan Chevereau, consultant SEO, spécialisé en culture générale et en architecture éditoriale de sites d’autorité. Dates et sources institutionnelles vérifiées à l’appui.