Le mouvement littéraire associé à Émile Zola est le naturalisme. Chef de file de ce courant né dans la seconde moitié du XIXe siècle, Zola applique la méthode expérimentale du scientifique Claude Bernard au roman. Son objectif : montrer que l’homme est déterminé par son hérédité et son milieu social. Les Rougon-Macquart, fresque en vingt volumes, incarnent cette ambition.
Astuce de mémorisation
ZOLA = ZOO + LABO. Imaginez Zola en blouse blanche dans un laboratoire, observant des humains comme des animaux dans un zoo. Il note leurs comportements, mesure l’effet de l’alcool, de la misère, de l’hérédité. Le naturalisme, c’est exactement cela : traiter le roman comme une expérience scientifique menée sur des êtres humains pris dans leur milieu naturel.
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L’essentiel à savoir
Du réalisme au naturalisme
Le naturalisme prolonge le réalisme de Balzac et de Flaubert, mais va plus loin. Là où le réalisme cherche à décrire la réalité, le naturalisme prétend l’expliquer. L’écrivain ne se contente plus d’observer : il expérimente, comme un scientifique en laboratoire.
Zola emploie le terme « naturaliste » pour la première fois en 1866. Il le formalise dans la préface de la deuxième édition de Thérèse Raquin, en 1867, où il parle d’un « groupe d’écrivains naturalistes ». Le manifeste théorique du mouvement, Le Roman expérimental, paraît en 1880.
La méthode scientifique appliquée au roman
L’influence décisive vient de Claude Bernard et de son Introduction à l’étude de la médecine expérimentale (1865). Bernard pose que la méthode scientifique, fondée sur l’observation et l’expérimentation, s’applique au vivant. Zola transpose ce principe à la littérature.
Le romancier naturaliste formule une hypothèse sur le comportement humain, puis la vérifie en plaçant ses personnages dans un milieu donné. Dans L’Assommoir (1877), Zola montre que Gervaise, malgré sa volonté, ne peut échapper au poids de l’alcoolisme hérité de ses parents ni à la pression de son environnement ouvrier.
Darwin et Taine complètent l’édifice. La sélection naturelle, transposée au milieu social, et la grille d’analyse « race, milieu, moment » de Taine fournissent à Zola un cadre déterministe rigoureux.
Les Rougon-Macquart, laboratoire du naturalisme
De 1871 à 1893, Zola publie vingt romans sous le titre général Histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire. Chaque volume suit un membre de la famille Rougon-Macquart dans un milieu social différent : la mine (Germinal), les Halles de Paris (Le Ventre de Paris), le grand magasin (Au Bonheur des Dames), la terre (La Terre).
Avant chaque roman, Zola accumule une documentation considérable. Pour Germinal, il descend dans les mines du Nord. Pour La Bête humaine, il effectue un trajet en locomotive. Cette obsession du terrain distingue sa méthode de celle de Victor Hugo, qui travaillait davantage par l’imagination épique.
L’école de Médan et la fin du mouvement
Le naturalisme se structure autour de la maison de Zola à Médan, en bord de Seine. Maupassant, Huysmans, Céard, Hennique et Alexis s’y réunissent et publient en 1880 le recueil collectif Les Soirées de Médan, acte fondateur du groupe.
La cohésion ne dure pas. En 1887, cinq jeunes disciples publient dans Le Figaro le Manifeste des Cinq, où ils renient leur maître. Huysmans s’éloigne vers le symbolisme. Le naturalisme s’essouffle dans les années 1890, mais son influence sur le roman du XXe siècle reste considérable.
Émile Zola, chef de file du naturalisme
Le roman comme expérience scientifique sur l’être humain.
Manifeste
1880
Le Roman expérimental
Influence scientifique
Claude Bernard
Médecine expérimentale, 1865
Œuvre majeure
Rougon-Macquart
20 romans, 1871-1893
Groupe
École de Médan
Maupassant, Huysmans, Céard
Le principe fondateur
L’homme est déterminé par deux forces : l’hérédité (ce qu’il reçoit de ses parents) et le milieu social (l’environnement dans lequel il vit). Le romancier naturaliste place ses personnages dans un milieu réel et observe les effets de ces deux déterminismes.
Réalisme vs naturalisme
Le réalisme décrit la réalité telle qu’elle est. Le naturalisme prétend l’expliquer en appliquant la méthode scientifique. Balzac et Flaubert observent ; Zola expérimente.
Le savais-tu ?
Émile Zola a échoué deux fois au baccalauréat, notamment à cause de l’épreuve de français. Ce double échec l’a contraint à entrer sans diplôme sur le marché du travail, d’abord comme employé aux docks de la douane, puis chez l’éditeur Hachette. C’est chez Hachette, au service publicité, qu’il découvre les rouages de l’édition et noue ses premiers contacts avec le monde littéraire.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre réalisme et naturalisme ?
Le réalisme, porté par Balzac et Flaubert, cherche à reproduire fidèlement la réalité sociale. Le naturalisme va plus loin en prétendant appliquer la méthode scientifique au roman. Le romancier naturaliste ne se contente pas de décrire : il formule des hypothèses sur le comportement humain et les vérifie en soumettant ses personnages aux déterminismes de l’hérédité et du milieu.
Quels sont les principaux romans naturalistes de Zola ?
Les vingt volumes des Rougon-Macquart (1871-1893) constituent le cœur de l’œuvre naturaliste de Zola. Parmi les plus célèbres : L’Assommoir (1877) sur l’alcoolisme ouvrier, Nana (1880) sur la prostitution, Germinal (1885) sur la condition des mineurs, et La Bête humaine (1890) sur la violence héréditaire dans le monde du chemin de fer.
Quels auteurs appartiennent au mouvement naturaliste ?
Outre Zola, les principaux auteurs naturalistes sont Guy de Maupassant (Bel-Ami, Une vie), Joris-Karl Huysmans (Les Sœurs Vatard), Henry Céard, Léon Hennique et Paul Alexis. Ces écrivains se réunissaient à Médan, la propriété de Zola en bord de Seine, et ont publié ensemble le recueil Les Soirées de Médan en 1880.
Pourquoi le naturalisme a-t-il décliné ?
Dès 1887, le Manifeste des Cinq, publié dans Le Figaro, marque une rupture entre Zola et certains de ses disciples. Huysmans s’oriente vers le symbolisme avec À rebours (1884). Le mouvement souffre aussi de la répétition de ses procédés et de la critique d’un scientisme jugé excessif. Zola lui-même s’en éloigne dans ses dernières séries romanesques.
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