Qui a peint la Joconde ?

La réponse

La Joconde a été peinte par Léonard de Vinci

Portrait à l’huile de Lisa Gherardini, commencé à Florence vers 1503. L’artiste le garde jusqu’à sa mort en 1519 et le vend au roi François Ier en France.


1503
Début de la peinture, à Florence
79 × 53 cm
Huile sur panneau de peuplier
9 M
Visiteurs au Louvre en 2025

La confusion classique des quiz n’est pas sur l’auteur, mais sur le modèle et le titre. « Joconde » vient du nom du mari, Francesco del Giocondo. « Mona Lisa » est la contraction de « Monna Lisa », soit « Madame Lisa » en italien ancien. Deux noms, une seule femme, un seul peintre.

Autre point souvent ignoré : le tableau n’est pas resté immobile. Volé en 1911, baladé de Fontainebleau à Versailles, il s’apprête à changer de salle une nouvelle fois. Le Louvre prévoit de le déplacer sous la Cour carrée à l’horizon 2031.

Ce fait et des centaines d’autres à retenir durablement sur l’app KultraLa culture générale qui reste, par la répétition espacée

Léonard de Vinci, seul auteur reconnu de la Joconde

Léonard de VinciVinci 1452, Amboise 1519
Technique
Huile sur panneau, sfumato
Période d’exécution
1503 à 1519 environ
Statut d’attribution
Certaine, sans débat
Lieu de création
Florence, Rome, Amboise

La Joconde est l’un des très rares tableaux attribués avec certitude à Léonard. Aucune autre main n’est documentée sur l’œuvre.

L’homme derrière l’œuvre

Trois sources concordent pour confirmer l’auteur : la note du fonctionnaire Agostino Vespucci en 1503, le récit du biographe Giorgio Vasari, et le témoignage d’Antonio de Beatis, qui voit le tableau chez Léonard au Clos Lucé en 1517. Aucun contemporain n’attribue l’œuvre à un autre peintre.

Autoportrait présumé de Léonard de Vinci à la sanguine, conservé à la Biblioteca Reale de Turin
Autoportrait présumé de Léonard, vers 1513. Wikimedia Commons

Une commande florentine vers 1503

Vers 1503, Francesco del Giocondo, riche négociant en soie de Florence, commande à Léonard le portrait de son épouse. Lisa Gherardini, née à Florence en 1479, a alors une vingtaine d’années. La commande est un portrait privé, destiné à la maison, sans ambition publique.

Une note du fonctionnaire florentin Agostino Vespucci, retrouvée en 2005 dans une bibliothèque de Heidelberg, atteste que Léonard peignait bien un portrait de Lisa del Giocondo en octobre 1503. C’est la preuve documentaire la plus solide de l’identité du modèle.

Une datation étalée jusqu’en 1519

La date d’exécution reste discutée. Les historiens situent le gros du travail entre 1503 et 1506, mais Léonard a probablement retouché l’œuvre jusqu’à la fin de sa vie. Certaines analyses du paysage d’arrière-plan suggèrent un achèvement tardif, vers 1517 ou 1519.

D’après le musée du Louvre, qui conserve l’œuvre, la datation communément admise s’étend de 1503 à 1519, soit la quasi-totalité de la dernière période créative de Léonard. Cette durée exceptionnelle explique en partie le soin extrême porté au tableau.

Pourquoi l’attribution est si sûre

Trois sources concordent : la note de Vespucci de 1503, le récit du biographe Giorgio Vasari qui décrit la commande, et le témoignage d’Antonio de Beatis, qui voit le tableau chez Léonard au Clos Lucé en 1517. Aucun contemporain n’attribue l’œuvre à un autre peintre.

Lisa Gherardini, le modèle derrière le sourire

Idée reçue contre réalité

Le piège
Une inconnue mystérieuse, dont l’identité serait un secret jamais percé.
La réalité
Lisa Gherardini, bourgeoise florentine née en 1479, identifiée et datée par les archives.

L’image de la femme énigmatique relève surtout de la légende romantique forgée au XIXe siècle, pas des faits.

La Joconde de Léonard de Vinci, portrait de Lisa Gherardini, huile sur panneau de peuplier conservée au Louvre
La Joconde, le visage de Lisa Gherardini. Wikimedia Commons

Une bourgeoise florentine, pas une aristocrate

Lisa Gherardini appartenait à la petite noblesse florentine désargentée. Son mariage avec Francesco del Giocondo, en 1495, était une union de raison entre une famille de bon nom et un marchand fortuné. Elle eut cinq enfants et mourut vers 1542.

Les hypothèses concurrentes

Quelques chercheurs ont avancé d’autres modèles : Isabelle d’Este, marquise de Mantoue, ou une favorite de Julien de Médicis. Le catalogue raisonné de Léonard ne retient sérieusement qu’Isabelle d’Este comme alternative, et encore à titre minoritaire. Le consensus reste Lisa Gherardini.

Le sfumato, la technique qui rend la Joconde unique

Sfumato

De l’italien fumo, la fumée. Les formes semblent émerger d’une brume, sans contour net.

01
Des dizaines de couches d’huile très fines, superposées
02
Les transitions ombre-lumière deviennent imperceptibles
03
Le sourire et le regard semblent vivre selon l’angle

Léonard s’appuyait sur ses recherches en optique pour produire ces effets volontairement, pas par hasard pictural.

Détail du visage de la Joconde montrant le sfumato, les contours estompés autour des yeux et de la bouche
Détail du visage : le flou calculé du sfumato. Wikimedia Commons

L’illusion de près

En s’approchant du visage, aucune ligne ne se détache : les paupières, les commissures des lèvres et les joues se fondent les unes dans les autres. C’est cette absence de contour qui donne au sourire sa qualité insaisissable, présente puis effacée selon le point où l’œil se pose.

Des dizaines de couches translucides

Le sfumato consiste à superposer de très fines couches de peinture à l’huile, parfois épaisses de quelques micromètres. Les transitions entre ombre et lumière deviennent imperceptibles. Le mot vient de l’italien fumo, la fumée : les formes semblent émerger d’une brume.

Le sourire et le regard, deux illusions calculées

Le sourire paraît apparaître puis s’effacer selon le point où l’œil se pose. Le regard, lui, semble suivre le spectateur dans toute la salle. Ces deux effets ne doivent rien au hasard pictural : Léonard s’appuyait sur ses recherches en optique pour les produire volontairement.

Une perspective atmosphérique

L’arrière-plan ajoute un troisième niveau d’illusion. Les montagnes bleutées du fond se fondent dans la couleur du ciel, créant une profondeur dite « atmosphérique ». Le visage net se détache d’autant mieux sur ce lointain estompé.

Un panneau de bois fragile et surveillé

Un objet vivant sous surveillance

Le bois réagit à l’humidité, ce qui conditionne toute la conservation.

PeuplierSupport, pas de la toile
79 × 53 cmFormat modeste, souvent surprenant
Une fissureApparue dans le haut du panneau
Vitrine blindéeTempérature et hygrométrie contrôlées

La fente et les craquelures expliquent pourquoi l’œuvre vit aujourd’hui derrière un verre climatisé, dans un microclimat stable.

79 × 53 cm sur peuplier

Le support est un panneau de peuplier de 79,4 centimètres de haut sur 53 de large, selon les mesures du musée du Louvre, soit une œuvre de taille modeste, souvent jugée plus petite que prévu par les visiteurs. Le bois, matériau vivant, a réagi à l’humidité au fil des siècles.

Une fissure et une vitrine climatisée

Une fente est apparue dans la partie haute du panneau, accompagnée de craquelures sur la couche picturale. Pour stabiliser le bois, l’œuvre est aujourd’hui protégée dans une vitrine blindée à température et hygrométrie contrôlées, derrière un verre antireflet.

Le vol de 1911 qui a fabriqué le mythe

Deux ans de disparition

1911
Peruggia décroche le tableau et sort, caché sous son manteau
1911
Picasso et Apollinaire soupçonnés, puis relâchés
1913
Arrestation à Florence lors d’une tentative de revente
Après
Le tableau devient une icône mondiale

Le mur vide

Au lendemain du vol, le Salon Carré n’offrait plus que quatre crochets nus à la place du tableau. La photographie de cet emplacement vide fit le tour de la presse mondiale. Paradoxalement, c’est cette absence, plus que la toile elle-même, qui transforma un portrait apprécié des connaisseurs en légende planétaire.

Emplacement vide laissé par la Joconde au Salon Carré du Louvre après le vol de 1911, quatre crochets sur le mur
L’emplacement vide après le vol de 1911. Wikimedia Commons

Vincenzo Peruggia, l’homme au manteau

Le 21 août 1911, Vincenzo Peruggia, vitrier italien ayant travaillé au Louvre, décroche la Joconde, la cache sous son manteau et sort tranquillement. Il s’était caché dans le musée la veille au soir. Le vol n’est constaté que le lendemain.

Picasso et Apollinaire suspectés

L’enquête piétine et soupçonne d’abord Pablo Picasso et le poète Guillaume Apollinaire, liés à un individu ayant déjà subtilisé des statuettes au Louvre. Les deux hommes sont interrogés puis relâchés. Le vrai voleur sera arrêté deux ans plus tard, en 1913, en tentant de revendre l’œuvre à Florence.

Cette disparition de deux ans transforme un tableau apprécié des connaisseurs en icône mondiale. La presse internationale s’empare de l’affaire et grave durablement le sourire dans l’imaginaire collectif.

De François Ier au Louvre, un long voyage

Cinq adresses avant la salle des États

Clos Lucé
Léonard emporte le tableau en France en 1516, à Amboise
Fontainebleau
Acquis par François Ier, attesté par un document de 1518
Versailles
Dans les collections royales sous Louis XIV
Tuileries
Un temps dans la chambre de Joséphine, sous Napoléon
Le Louvre
Bien national après la Révolution, fin du XVIIIe siècle

L’achat par François Ier

En 1516, François Ier invite Léonard en France et l’installe au Clos Lucé, près d’Amboise. Le peintre emporte le tableau. Un document de 1518 atteste que le roi en fait l’acquisition. La Joconde entre ainsi dans les collections royales françaises et n’en sortira plus.

Fontainebleau, Versailles, les Tuileries

L’œuvre passe par Fontainebleau, puis Versailles sous Louis XIV. Napoléon la fait un temps accrocher dans la chambre de Joséphine aux Tuileries. Elle rejoint le Louvre à la fin du XVIIIe siècle, après la Révolution, devenue bien national.

Où voir la Joconde aujourd’hui, et demain

Aujourd’hui contre demain

Depuis 2005
Salle des États
Aile Denon, seule sur un mur, derrière une vitre blindée. Une salle de près de 700 m² souvent saturée.
Horizon 2031
Sous la Cour carrée
Espace dédié plus vaste, projet « Louvre Nouvelle Renaissance ». Supplément de billet probable.
9 MVisiteurs en 2025
4 MCapacité de conception du musée
2031Horizon du déménagement
Foule de visiteurs photographiant la Joconde dans la salle des États du musée du Louvre
La salle des États aux heures d’affluence. Wikimedia Commons

La saturation

Une large part des visiteurs du Louvre vient d’abord pour ce seul tableau. La densité permanente devant la vitre, peu propice à la contemplation, est la raison directe invoquée pour le futur déménagement vers un espace conçu sur mesure.

La salle des États, saturée

Depuis 2005, la Joconde occupe seule un mur de la salle des États, dans l’aile Denon. Le Louvre a accueilli 9 millions de visiteurs en 2025, dont une large part vient d’abord pour ce tableau. La salle, vaste de près de 700 mètres carrés, est régulièrement saturée. Le cambriolage de bijoux d’octobre 2025 a encore accru la pression sur la sécurité du musée.

D’après le bilan de fréquentation 2025 du musée du Louvre, l’établissement a reçu 9 millions de visiteurs, alors que ses espaces ont été pensés pour environ 4 millions. Cette pression chronique sur la salle des États est l’une des raisons directes du projet de déménagement.

Le déménagement prévu pour 2031

Le 28 janvier 2025, dans le cadre du projet « Louvre Nouvelle Renaissance », un transfert de la Joconde a été annoncé. Le tableau doit rejoindre un espace dédié, plus vaste, aménagé sous la Cour carrée, à l’horizon 2031. La présidente du musée a précisé qu’un supplément de billet serait probablement demandé pour y accéder, sans titre totalement séparé du reste du musée.

La Joconde dans son musée, sa salle et sa vitrine actuelles fait l’objet d’une fiche dédiée sur le musée qui conserve la Joconde.

Astuce de mémorisation

Pour fixer l’auteur sans le confondre avec un autre génie italien : la Joconde et Léonard partagent une terminaison rare en « on ». JocONDE peinte par LéonARD. Deux noms en « on », un seul peintre. Et le « onde » de Joconde renvoie au mari, Giocondo, qui donne son nom au tableau.

Le fait notable

La Joconde n’a aucune valeur marchande officielle, car elle appartient à l’État français et ne peut être vendue. Lors d’un déplacement aux États-Unis en 1962, elle fut assurée pour 100 millions de dollars. Ajustée à l’inflation, cette estimation dépasserait aujourd’hui le milliard de dollars, ce qui en ferait de loin le tableau le plus précieux du monde.

Questions fréquentes sur la Joconde

Pourquoi la Joconde n’a-t-elle pas de sourcils ?

L’analyse multispectrale menée par Pascal Cotte en octobre 2004 a montré que Lisa Gherardini avait à l’origine sourcils et cils peints. L’hypothèse dominante est qu’ils ont disparu avec le temps, la peinture très fine du sfumato dans ces zones ayant pâli au fil des siècles. Un nettoyage ancien trop appuyé est avancé comme cause secondaire.

Pourquoi appelle-t-on le tableau Mona Lisa ?

« Mona Lisa » vient de « Monna Lisa », contraction de « ma donna Lisa », soit « Madame Lisa » en italien ancien. Le titre désigne donc directement le modèle, Lisa Gherardini. « La Joconde » renvoie quant à lui au nom du mari, del Giocondo, francisé. Les deux titres coexistent selon les langues.

La Joconde est-elle vraiment inachevée ?

Plusieurs spécialistes la considèrent comme un tableau jamais totalement terminé, Léonard l’ayant repris pendant plus de quinze ans sans s’en séparer. D’autres estiment qu’il l’avait achevée vers 1517. Le fait qu’il l’ait gardée jusqu’à sa mort nourrit l’idée d’une œuvre travaillée en continu plutôt que livrée.

Combien la Joconde attire-t-elle de visiteurs ?

Le Louvre a reçu 9 millions de visiteurs en 2025, et la Joconde concentre une part majeure de cette affluence. C’est l’œuvre la plus visitée et la plus photographiée au monde. La saturation de sa salle est la cause directe du projet de déménagement vers un espace dédié prévu pour 2031.

Existe-t-il d’autres versions de la Joconde par Léonard ?

Une copie ancienne conservée au musée du Prado, à Madrid, a été réalisée en parallèle dans l’atelier de Léonard, sans doute par un élève. Restaurée en 2012, elle reproduit les repentirs du maître. Elle n’est pas de la main de Léonard, mais éclaire la façon dont l’original a été peint.

Pourquoi le tableau est-il aussi petit ?

Avec ses 79 × 53 cm, la Joconde était un portrait domestique, destiné à un intérieur privé florentin, pas à un grand mur d’apparat. Sa taille modeste surprend les visiteurs habitués à sa réputation. C’est aussi cette intimité de format qui renforce l’effet de présence du visage.

Qui possède la Joconde aujourd’hui ?

Le tableau appartient à l’État français depuis son acquisition par François Ier au XVIe siècle, puis sa nationalisation à la Révolution. Il est inaliénable : il ne peut être ni vendu ni cédé. Le musée du Louvre en assure la conservation et la présentation pour le compte de la collection nationale.

Pour aller plus loin sur l’art de la Renaissance

L’erreur la plus fréquente n’est jamais sur l’auteur, mais sur ce qui l’entoure : modèle, titre, date, lieu. Le bon réflexe est de vérifier les quatre.

Auteur
Léonard de Vinci, attribution certaine
Modèle
Lisa Gherardini, identifiée par les archives
Lieu actuel
Louvre, salle des États, déménagement en 2031

L’auteur de la Joconde n’est pas un cas isolé dans les pièges de culture générale sur la peinture. Confondre auteur, modèle et titre est l’erreur la plus fréquente, ici comme ailleurs. Le même réflexe de vérification s’applique à l’auteur de Guernica ou à la Liberté guidant le peuple.

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