Une vision sur le pont d’Ekeberg, un ciel rouge sang, et une icône née d’une promenade fatigante.
Edvard Munch, peintre norvégien né en 1863 et mort en 1944, a peint Le Cri. La première version date de 1893, réalisée à la tempera sur carton. L’œuvre symbolise l’angoisse existentielle de l’homme moderne et compte parmi les images les plus reconnaissables de l’histoire de l’art.
L’essentiel à savoir sur Edvard Munch et Le Cri
Edvard Munch peint Le Cri en 1893 à Kristiania, ancien nom d’Oslo. Le tableau s’inscrit dans La Frise de la vie, un cycle d’une vingtaine d’œuvres explorant l’amour, l’angoisse et la mort. Munch a 30 ans quand il achève la première version, après plusieurs études et croquis préparatoires entamés dès 1891. La scène se déroule sur le sentier d’Ekebergveien, qui surplombe le fjord d’Oslo.
Je me promenais sur un sentier avec deux amis, le soleil se couchait, tout d’un coup le ciel devint rouge sang. Je m’arrêtai, fatigué, et m’appuyai sur une clôture. Je sentais un cri infini qui passait à travers l’univers et qui déchirait la nature.
La genèse du tableau remonte donc à un coucher de soleil vu probablement durant l’hiver 1883-1884, soit dix ans avant la peinture finale. Munch a longtemps porté ce souvenir avant de le transposer. Le personnage central, androgyne, au visage évoquant un crâne, n’est pas l’auteur du cri : il se bouche les oreilles pour échapper à un cri venu de la nature elle-même.
Une vie marquée par le deuil avant le pinceau
Munch perd sa mère à 5 ans, emportée par la tuberculose, puis sa sœur Sophie à 13 ans, de la même maladie. Une autre sœur, Laura Catherine, est internée pour dépression durant 60 années, de ses 20 ans à sa mort en 1926. Son frère Andreas meurt d’une pneumonie quelques mois après son mariage. Cette accumulation de drames structure la palette obsessionnelle de Munch : maladie, mort, angoisse. Le Cri n’est pas une exception isolée mais le sommet d’un cycle.
Le mystère du ciel rouge expliqué par l’astrophysique
L’angle le plus surprenant vient de la science. Donald Olson, professeur d’astrophysique à l’université d’État du Texas, soutient que le coucher de soleil rouge sang décrit par Munch correspond aux effets atmosphériques du Krakatoa. Le 27 août 1883, ce volcan indonésien entre dans l’une des éruptions les plus violentes de l’histoire. L’explosion atteint 172 décibels minimum et s’entend jusqu’à 4800 km. Les cendres projetées à 40 km d’altitude colorent les ciels du monde entier en rouge orangé pendant plusieurs années. Olson a retrouvé des articles de journaux norvégiens de l’hiver 1883-1884 décrivant ces couchers de soleil exceptionnels au-dessus d’Oslo. La scène mémorisée par Munch daterait donc de cet hiver, ce qui expliquerait l’écart de neuf ans avant la première version peinte.
Une postérité culturelle saturée
Le Cri a quitté le strict champ de l’histoire de l’art pour entrer dans la culture populaire. Le visage déformé, paumes plaquées sur les oreilles, est devenu un emoji standard Unicode. La saga cinématographique Scream de Wes Craven, sortie en 1996, doit son masque iconique à un détournement direct, même si la créatrice Brigitte Sleiertin cite plutôt les dessins animés de Max Fleischer comme inspiration première. L’affiche du film Maman, j’ai raté l’avion ! reprend la même posture. Squid Game y fait référence dans son épisode pilote. La figure squelettique de Jack dans L’Étrange Noël de monsieur Jack reprend la silhouette ondulante. Une théorie controversée a même rapproché le visage du personnage d’une momie chachapoyas exposée à l’exposition universelle de Paris en 1889, que Munch aurait pu voir.
Astuce de mémorisation
Munch sonne comme « munch munch », le bruit de mâchoires qui dévorent. Le personnage du Cri a justement la bouche grande ouverte, comme s’il allait avaler le monde. Munch = bouche ouverte = Cri. À retenir : un peintre dont le nom imite un bruit de bouche a peint la bouche la plus célèbre de l’art moderne.
Le 12 février 1994, jour d’ouverture des Jeux olympiques de Lillehammer, deux voleurs pénètrent dans la Galerie nationale d’Oslo en 50 secondes et emportent la version 1893 du Cri. Ils laissent une carte de visite : « Merci pour la faible sécurité ». Le tableau est retrouvé trois mois plus tard intact, après une opération secrète de Scotland Yard.
Questions fréquentes sur Le Cri
Combien existe-t-il de versions du Cri d’Edvard Munch ?
Il existe cinq versions connues du Cri : trois peintures sur carton (1893 en tempera, 1893 en pastel, 1910 en tempera), un pastel de 1895 vendu en collection privée, plus une lithographie de 1895 imprimée à Berlin. Munch a aussi laissé une esquisse au crayon préparatoire datée de 1893. Chaque version diffère légèrement par la palette et la composition.
Combien a coûté Le Cri lors de sa vente aux enchères ?
La version pastel de 1895, ayant appartenu au milliardaire norvégien Petter Olsen, a été adjugée 119 922 500 dollars chez Sotheby’s New York le 2 mai 2012. Cette vente a fait du Cri le tableau le plus cher jamais vendu aux enchères à cette date, record battu depuis. L’acheteur est resté anonyme, identifié plus tard comme le financier Leon Black.
Pourquoi le ciel du Cri est-il rouge ?
Deux explications coexistent. La première, scientifique, attribue cette couleur aux cendres du Krakatoa entré en éruption en août 1883, qui ont coloré les ciels mondiaux pendant des années. Donald Olson a confirmé en 2003 par des archives météorologiques d’Oslo. La seconde, psychologique, voit dans ce rouge la projection de l’angoisse personnelle de Munch, marqué par les deuils familiaux et la dépression.
Où peut-on voir Le Cri aujourd’hui ?
La version la plus célèbre, peinte en 1893 à la tempera et au pastel, est exposée au Musée national de Norvège à Oslo, qui a rouvert en 2022 dans un nouveau bâtiment. Une autre version 1893 et celle de 1910 sont conservées au Musée Munch d’Oslo, déménagé en 2021 dans un édifice de 13 étages au bord du fjord. La version 1895 reste en collection privée.
Le personnage du Cri est-il celui qui crie ?
Non, contrairement à l’idée reçue. Le journal de Munch précise qu’il a senti un cri infini traverser la nature elle-même. Le personnage central se bouche les oreilles avec ses mains pour atténuer ce cri venu de l’extérieur. La bouche grande ouverte exprime la terreur d’entendre, pas l’acte de crier. Cette inversion change radicalement la lecture du tableau.
À quel mouvement artistique appartient Le Cri ?
Le Cri est rattaché à l’expressionnisme, dont Munch est considéré comme un précurseur majeur aux côtés de Van Gogh. Le mouvement, formalisé en Allemagne dans les années 1900, privilégie l’expression de l’émotion intérieure sur la représentation fidèle du réel. Les couleurs vives, les lignes ondulantes et la déformation du visage marquent une rupture avec l’impressionnisme français.
Qui était Edvard Munch ?
Edvard Munch est un peintre norvégien né le 12 décembre 1863 à Løten et mort le 23 janvier 1944 à Ekely. Précurseur de l’expressionnisme, il laisse plus de 1700 peintures et 18 000 estampes. Son enfance marquée par la tuberculose familiale nourrit une œuvre obsédée par la mort et l’angoisse. Il a légué l’essentiel de son fonds à la ville d’Oslo en 1940.
Le masque de Scream est-il inspiré du Cri ?
Pas directement, malgré la croyance populaire. Le masque Ghostface de la saga Scream a été créé en 1991 par Brigitte Sleiertin pour la société Fun World, spécialisée dans les costumes d’Halloween. La créatrice cite les dessins animés de Max Fleischer comme source. Wes Craven et Marianne Maddalena ont découvert ce masque par hasard avant de l’intégrer au film Scream en 1996.
Quel est le rapport entre Le Cri et La Frise de la vie ?
La Frise de la vie est un cycle d’une vingtaine de tableaux conçu par Munch entre 1893 et 1903, resté inachevé. Il regroupe les œuvres autour de quatre thèmes : l’amour naissant, l’amour fleurissant, l’angoisse, la mort. Le Cri appartient au volet « angoisse », aux côtés de Désespoir et Anxiété. Munch a longtemps souhaité présenter ces œuvres ensemble dans un dispositif scénique global.
Quelles autres œuvres célèbres a peint Munch ?
Munch a peint Madone, Le Baiser, Vampire, Puberté, Mélancolie, La Danse de la vie ou L’Enfant malade, considéré comme son premier chef-d’œuvre. Il a également produit de nombreux autoportraits, dont Autoportrait à la bouteille de vin et Autoportrait avec une cigarette. Comme Léonard de Vinci avec La Joconde, Munch est définitivement associé à une œuvre unique dans l’imaginaire collectif.
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Découvrir l’app Kultra- Musée national de Norvège, fiche officielle de Skrik (1893)
- Musée Munch d’Oslo, collection permanente
- Sotheby’s New York, lot 20, vente du 2 mai 2012
- Donald Olson, étude sur le ciel du Cri et le Krakatoa, AMS Journals
- Encyclopædia Britannica, notice The Scream
- Metropolitan Museum of Art, lithographie de 1895