La réponse en un coup d’œil
La pénicilline est découverte par Alexander Fleming, le 3 septembre 1928, à Londres.
Un bactériologiste écossais observe qu’une moisissure a détruit ses cultures de staphylocoques. Mais un Français, Ernest Duchesne, l’avait devancé de trente et un ans.
La réponse attendue en quiz est Fleming, et elle est correcte. Mais la formule «Fleming inventa la pénicilline» est fausse sur deux points. Il ne l’a pas inventée, il l’a observée par accident. Et il n’a pas su en faire un médicament : dix ans passent avant qu’une équipe d’Oxford transforme sa trouvaille en traitement.
Plus troublant, un médecin militaire français, Ernest Duchesne, avait décrit le pouvoir antibactérien du Penicillium dès 1897, trente et un ans avant Fleming. Sa thèse fut ignorée. Ce décalage explique pourquoi la question «qui a découvert la pénicilline» a plusieurs réponses selon le critère retenu.
Ce fait et des centaines d’autres à retenir durablement sur l’app Kultra. Révision par répétition espacée, faits vérifiés, sources primaires.Alexander Fleming, l’homme de la découverte de 1928
Alexander Fleming
1881, Lochfield (Écosse) · 1955, Londres
Médecin et bactériologiste, arrivé tard à la médecine après un passage par le commerce. Toute sa carrière se déroule à l’hôpital St Mary’s de Londres, où il traque les agents antibactériens.
Formation
St Mary’s Hospital
Découverte clé
Pénicilline, 1928
Autre trouvaille
Lysozyme, 1922
Une boîte de Petri oubliée pendant les vacances d’été, et une moisissure qui tue les bactéries autour d’elle.
Le bactériologiste
Fleming publie ses observations en 1929, dans une revue spécialisée. L’article passe presque inaperçu. Lui-même juge la pénicilline trop instable et trop difficile à produire pour un usage médical. Pendant près de dix ans, elle reste une curiosité de laboratoire, faute de chimiste capable de la purifier.
La boîte de Petri oubliée
En juillet 1928, Fleming part en vacances. Il laisse des cultures de staphylocoques sur sa paillasse. À son retour, début septembre, une boîte présente un aspect inhabituel. Une moisissure verte s’y est développée, et autour d’elle, les colonies de staphylocoques ont disparu.
La moisissure appartient au genre Penicillium. Fleming comprend qu’elle sécrète une substance qui tue les bactéries. Il la nomme pénicilline. Le champignon provenait probablement du laboratoire voisin, où un collègue travaillait sur des moisissures allergènes.
Une publication qui n’intéresse personne
Fleming publie ses observations en 1929, dans le British Journal of Experimental Pathology. L’article passe presque inaperçu. Fleming lui-même doute de l’intérêt thérapeutique de sa découverte. Il juge la pénicilline trop instable, trop lente à agir, trop difficile à produire.
Il tente de purifier la substance, sans succès. Il envoie des souches à qui les demande, mais personne n’obtient de résultat exploitable. Pendant près de dix ans, la pénicilline reste une curiosité de laboratoire.
Ernest Duchesne, le Français qui découvrit avant Fleming
Deux découvreurs, trente et un ans d’écart
La même observation, séparée par une génération et par la reconnaissance scientifique.
Ernest Duchesne
Lyon, thèse de médecine
Démontre sur cobayes que le Penicillium glaucum détruit des bactéries pathogènes. La preuve thérapeutique est faite. L’Institut Pasteur ne répond même pas.
Alexander Fleming
Londres, St Mary’s Hospital
Observe, isole et nomme la substance, puis publie dans une revue internationale. La communauté scientifique finit par suivre, dix ans plus tard.
La différence n’est pas l’observation, identique chez les deux. C’est la publication qui déclenche une suite : celle de Duchesne resta sans écho, celle de Fleming trouva Oxford.
Une thèse visionnaire enterrée
Duchesne démontre que le Penicillium glaucum détruit des bactéries pathogènes. Il inocule à des cobayes une dose mortelle de bacilles typhiques, puis les traite avec la moisissure. Les animaux survivent. La preuve expérimentale du pouvoir thérapeutique est faite, en 1897.
Duchesne a 23 ans. L’Institut Pasteur, à qui il envoie son travail, ne réagit pas. Mobilisé comme médecin militaire, il ne peut poursuivre ses recherches. Il contracte la tuberculose et meurt en 1912, à 38 ans. Son mérite ne sera reconnu qu’en 1949 par l’Académie de médecine, quatre ans après le Nobel de Fleming.
Pourquoi Fleming reste le découvreur officiel
L’histoire retient Fleming pour une raison précise. Il fut le premier à isoler la substance active, à la nommer et à la publier dans une revue lue par la communauté scientifique internationale. Duchesne avait observé l’antagonisme sans isoler ni nommer le principe actif.
La science récompense la publication qui déclenche une suite. Celle de Duchesne resta sans écho, celle de Fleming finit par en trouver un, à Oxford, dix ans plus tard.
Florey et Chain : de la moisissure au médicament
Reprise à Oxford
Howard Florey et Ernst Chain exhument les travaux oubliés de Fleming, avec le chimiste Norman Heatley.
Purification réussie
Le 25 mai, la pénicilline purifiée sauve des souris infectées. Le verrou chimique que Fleming n’avait pas su lever cède enfin.
Premier essai humain
Un policier d’Oxford s’améliore avant que les réserves ne s’épuisent. La preuve clinique est amorcée.
Production industrielle
Les laboratoires américains lancent la fermentation en cuve profonde. La pénicilline devient produite en masse.
La purification, verrou technique décisif
Le problème que Fleming n’avait pas résolu était chimique. Extraire la pénicilline pure du bouillon de culture, en quantité suffisante et sous forme stable, exigeait des compétences qu’il n’avait pas. Florey et Chain, avec le chimiste Norman Heatley, y parviennent en 1940.
Le 25 mai 1940, ils testent la pénicilline purifiée sur des souris infectées par des streptocoques. Les souris traitées survivent, les autres meurent. Le premier essai humain suit en 1941 sur Albert Alexander, un policier d’Oxford infecté après s’être griffé en taillant des rosiers. Son état s’améliore avant que les réserves de pénicilline ne s’épuisent.
La production industrielle américaine
L’Angleterre en guerre ne peut financer une production de masse. Florey se tourne vers les États-Unis en 1941. Les laboratoires américains, mobilisés par l’effort de guerre, développent la fermentation en cuve profonde. La production industrielle démarre en 1943.
Au Débarquement de Normandie, en juin 1944, la pénicilline est disponible en quantité pour soigner les blessés alliés. Elle sauve des dizaines de milliers de soldats de la septicémie, principale cause de mortalité des plaies de guerre jusque-là.
La montée en puissance est vertigineuse. D’après l’American Chemical Society, la production américaine passe de 21 milliards d’unités en 1943 à 1 663 milliards en 1944. Assez, dès le printemps 1944, pour préparer 2,3 millions de doses en vue du Débarquement de Normandie.
Le premier antibiotique de l’histoire
Ce que la pénicilline a rendu curable
Avant 1940, chacune de ces infections pouvait tuer un adulte en bonne santé.
Pneumonie bactérienne
Souvent fatale chez le sujet âgé ou affaibli
Syphilis
Maladie chronique incurable jusque-là
Scarlatine
Redoutée chez l’enfant
Septicémie, gangrène
Première cause de mort des plaies de guerre
La pénicilline bloque la construction de la paroi bactérienne. Sans elle, la bactérie éclate. Les cellules humaines, sans paroi de ce type, sont épargnées.
La moisissure
C’est le Penicillium qui produit naturellement la substance. La pénicilline n’agit que sur les bactéries : elle est inutile contre les virus, donc sans effet sur le rhume, la grippe ou le Covid-19. L’employer contre une infection virale ne soigne rien et favorise les résistances.
Les maladies rendues curables
La pénicilline rend traitables des infections jusque-là souvent mortelles : pneumonie bactérienne, syphilis, scarlatine, méningite, septicémie, gangrène gazeuse. Elle agit en bloquant la synthèse de la paroi des bactéries, qui éclatent sans elle.
Son efficacité fait chuter la mortalité infectieuse dans les décennies suivantes. On estime que les antibiotiques ont ajouté plusieurs années à l’espérance de vie moyenne au XXe siècle, en supprimant des causes de décès banales avant 1940.
Ses limites : virus et allergies
La pénicilline ne combat que les bactéries. Elle est inefficace contre les virus, donc inutile face au rhume, à la grippe ou au Covid-19. Utiliser un antibiotique contre une infection virale n’apporte aucun bénéfice et favorise l’apparition de résistances.
Environ 1 personne sur 10 se déclare allergique à la pénicilline, mais la grande majorité ne l’est pas après bilan allergologique. D’après Vidal, près de 90 % des personnes qui se disent allergiques tolèrent en réalité l’antibiotique. Cette surestimation pousse à prescrire des antibiotiques de second choix, souvent moins ciblés et plus favorables aux résistances.
La résistance aux antibiotiques, une menace annoncée par Fleming
La prédiction de 1945 devenue crise
infection bactérienne confirmée sur six résistait déjà aux antibiotiques courants dans le monde en 2023, selon l’OMS.
décès par an directement liés à la résistance
décès annuels auxquels elle contribue
morts directes projetées d’ici 2050
Fleming avait décrit le scénario exact dès son discours Nobel : une dose trop faible, des bactéries qui s’adaptent, des souches résistantes qui se transmettent. Jugé théorique en 1945, il est aujourd’hui l’une des premières menaces sanitaires mondiales.
Le scénario exact décrit en 1945
Fleming décrit un cas précis : un patient prend une dose insuffisante de pénicilline, les bactéries survivantes s’adaptent, et des souches résistantes se transmettent. Ce mécanisme, jugé théorique à l’époque, est devenu une crise sanitaire mondiale.
La menace est aujourd’hui chiffrée. D’après le rapport de surveillance de l’OMS publié en octobre 2025, une infection bactérienne confirmée sur six dans le monde résistait déjà aux antibiotiques courants en 2023, faisant de la résistance antimicrobienne l’une des premières causes de mortalité infectieuse.
Un million de morts par an
La résistance aux antimicrobiens est directement responsable d’au moins un million de décès par an et contribue à près de cinq millions de morts. Une étude publiée dans The Lancet en septembre 2024 estime que 39 millions de décès pourraient lui être directement attribués d’ici 2050 si rien ne change.
Les gestes qui freinent le phénomène sont connus : ne prendre des antibiotiques que sur prescription, respecter la durée du traitement, ne jamais les utiliser contre une infection virale. La révolution ouverte en 1928 dépend de la façon dont on l’utilise.
Astuce de mémorisation
Retenir le nom
FLEMmard → FLEMing
Fleming laisse traîner ses boîtes en partant en vacances. Imagine un savant «flemmard» dont la paresse crée un accident heureux. La négligence devient la découverte.
Retenir l’année
1928 puis 1945
La découverte précède le Nobel de dix-sept ans. 1945, c’est aussi la fin de la Seconde Guerre mondiale, celle où la pénicilline a sauvé les soldats. La boucle relie découverte et gloire.
Un fait notable
La souche qui a lancé la production mondiale ne vient pas du laboratoire de Fleming. En 1943, une chercheuse américaine trouve sur un melon pourri d’un marché de Peoria, dans l’Illinois, une souche de Penicillium chrysogenum bien plus productive. La quasi-totalité de la pénicilline produite dans le monde descend de ce melon.
Questions fréquentes sur la découverte de la pénicilline
En quelle année la pénicilline a-t-elle été découverte ?
Fleming a-t-il vraiment découvert la pénicilline le premier ?
Pourquoi Fleming a-t-il partagé son prix Nobel ?
Quelle est la différence entre antibiotique et antiviral ?
La pénicilline est-elle encore utilisée aujourd’hui ?
Comment la pénicilline tue-t-elle les bactéries ?
D’où vient le nom «pénicilline» ?
Une découverte, trois hommes, un siècle de médecine
Fleming observe en 1928, Duchesne l’avait devancé en 1897, Florey et Chain en font un médicament en 1940. La pénicilline n’est le fait d’aucun génie solitaire, mais d’une chaîne d’observations que la reconnaissance scientifique a triées. Pour réviser les grandes découvertes et des centaines d’autres faits, l’app Kultra structure l’essentiel en fiches courtes.
Apprendre 15 min/jour sur KultraFiches associées
Sources
- Nobel Prize, biographie officielle d’Alexander Fleming
- Nobel Prize, discours de réception de Fleming sur le risque de résistance
- American Chemical Society, découverte et production de la pénicilline
- Organisation mondiale de la santé, résistance aux antimicrobiens
- The Lancet, projections GRAM sur la résistance antimicrobienne d’ici 2050
- Institut Pasteur, antibiotiques et résistance bactérienne
- Inserm, dossier sur la résistance aux antibiotiques
- Encyclopædia Universalis, Fleming et la découverte de la pénicilline
- Vidal, allergie à la pénicilline et surestimation
Fiche rédigée par Alan Chevereau, consultant SEO. Vérification des dates, des attributions et des données de santé publique par recoupement de sources institutionnelles et académiques.