En quelle année a lieu la Révolution russe ?

La réponse en une seconde

La Révolution russe a eu lieu en 1917, en deux temps : février renverse le tsar, octobre porte les bolcheviks au pouvoir.

Février
Chute de Nicolas II, fin des Romanov
Octobre
Prise du pouvoir par les bolcheviks
+13 j
Décalage julien, « Octobre » tombe en novembre

Une seule année, mais deux révolutions distinctes. Celle de février renverse le tsar Nicolas II et met fin à trois siècles de dynastie Romanov. Celle d’octobre porte Lénine et les bolcheviks au pouvoir. Répondre « 1917 » est exact, mais incomplet sans cette double bascule.

Le piège des quiz tient à un détail de calendrier. La « Révolution d’Octobre » s’est en réalité déroulée en novembre selon notre calendrier actuel. La Russie de 1917 vivait encore à l’heure du calendrier julien, treize jours en retard sur le grégorien occidental.

Février et octobre 1917 ne sont pas deux épisodes d’un même soulèvement, mais deux ruptures aux acteurs et aux buts opposés. La première est libérale et spontanée, la seconde bolchevique et organisée. Confondre les deux est l’erreur la plus fréquente sur ce sujet.

Pourquoi la Révolution russe se date de 1917

1917
Une année, deux renversements de régime en huit mois
La même ville, Petrograd, sert d’épicentre aux deux révolutions. Elles ne partagent rien d’autre. Février abat la monarchie tsariste dans l’improvisation. Octobre installe le pouvoir bolchevique par une action préparée. Répondre « 1917 » suffit dans un quiz, mais comprendre le sujet exige de séparer les deux séquences.
Précédent
Une première secousse en 1905, écrasée sans que le tsar cède
Détonateur
La Première Guerre mondiale, 900 000 morts russes pour la seule année 1915
Bascule
De l’Empire russe au premier État communiste de l’histoire
L’épicentre

Tout se joue à Petrograd, l’actuelle Saint-Pétersbourg, rebaptisée en 1914 pour effacer la consonance allemande de son nom. Grande ville industrielle et capitale de l’Empire, elle concentre ouvriers, garnison militaire et institutions du pouvoir. C’est là que la rue fait tomber le régime en février, puis que les bolcheviks s’emparent des leviers de l’État en octobre.

Scène de la révolution russe dans les rues de Petrograd en 1917, foule et soldats
Wikimedia Commons, domaine public

La révolution de Février : la chute du tsar

Le déclencheur

Le mouvement démarre le 23 février 1917 (calendrier julien), soit le 8 mars grégorien, jour de la journée internationale des femmes. Des milliers d’ouvrières manifestent à Petrograd pour réclamer du pain et la fin de la guerre. Ouvriers et soldats rejoignent le mouvement dès le lendemain, et la garnison de la capitale bascule en quelques jours du côté des insurgés.

Manifestation de femmes à Petrograd le 8 mars 1917, début de la révolution de Février
Wikimedia Commons, domaine public
Cinq jours qui balayent trois siècles
De la première grève à la fin de la dynastie
23 fév. / 8 mars
La rue s’embrase
Grèves et manifestations de femmes pour le pain et la paix. Le mouvement est spontané, sans parti pour le diriger.
27 fév. / 12 mars
L’armée bascule
La garnison de Petrograd refuse de tirer et rejoint les insurgés. Le régime perd tout moyen de coercition.
2 mars / 15 mars
Le tsar abdique
Nicolas II renonce au trône dans son train. Son frère Michel décline le lendemain. Fin des Romanov.
La dynastie régnait depuis 1613. Elle s’éteint en deux jours, poussée à l’abdication par son propre état-major militaire, pas seulement par la rue.

Grèves, pain et journée des femmes

Le mouvement démarre le 23 février 1917 (calendrier julien), soit le 8 mars grégorien, jour de la journée internationale des femmes. Des milliers d’ouvrières manifestent à Petrograd pour réclamer du pain et la fin de la guerre. Ouvriers et soldats rejoignent le mouvement dès le lendemain.

En quelques jours, la garnison de la capitale bascule du côté des insurgés. Le gouvernement, incapable de faire tirer sur la foule, perd tout contrôle. L’insurrection est plus spontanée qu’organisée : aucun parti ne la dirige vraiment.

L’abdication de Nicolas II

Le 15 mars 1917 (2 mars julien), Nicolas II abdique dans son train, poussé par son propre état-major. Il renonce d’abord en faveur de son fils Alexis, puis de son frère le grand-duc Michel, qui décline le trône le lendemain. La dynastie des Romanov, au pouvoir depuis 1613, s’éteint en deux jours.

C’est la fin de l’Empire russe. Mais le vide du pouvoir ouvre aussitôt une rivalité qui pèsera sur toute l’année.

Le double pouvoir

Deux institutions naissent le même jour, au même endroit. D’un côté le gouvernement provisoire, dirigé par le prince Gueorgui Lvov, puis par Alexandre Kerenski après les journées de juillet. De l’autre le Soviet de Petrograd, conseil d’ouvriers et de soldats. Cette coexistence de deux autorités concurrentes porte un nom : le double pouvoir.

Le gouvernement provisoire commet une erreur fatale : poursuivre la guerre. Ce choix nourrit le mécontentement et offre aux bolcheviks leur meilleur argument, la paix immédiate.

La révolution d’Octobre : la prise du pouvoir bolchevique

Le palais d’Hiver

Dans la nuit du 24 au 25 octobre julien, les bolcheviks prennent d’assaut le palais d’Hiver, siège du gouvernement provisoire. L’assaut rencontre peu de résistance et fait très peu de victimes. L’image héroïque que l’on en garde vient surtout des reconstitutions ultérieures, comme cette mise en scène de 1920 rejouée devant des milliers de figurants.

Reconstitution de la prise du palais d'Hiver à Petrograd, révolution d'Octobre 1917
Wikimedia Commons, domaine public
Deux révolutions, tout les oppose
Même année, même ville, logiques inverses
Février
Nature : soulèvement spontané
Meneurs : aucun, la rue et les soldats
Cible : le tsar Nicolas II
Résultat : gouvernement provisoire libéral
Octobre
Nature : insurrection préparée
Meneurs : Lénine et Trotski
Cible : le gouvernement provisoire
Résultat : pouvoir bolchevique, future URSS

Lénine, Trotski et l’insurrection de Petrograd

À l’automne, Lénine convainc le Comité central bolchevique de passer à l’action. Le Comité militaire révolutionnaire de Petrograd, présidé par Trotski, prépare le coup. Dans la nuit du 24 au 25 octobre julien, les bolcheviks prennent d’assaut le palais d’Hiver, siège du gouvernement provisoire.

La prise du pouvoir rencontre peu de résistance. Contrairement à l’imagerie héroïque, l’assaut fait couler très peu de sang. L’historien Nicolas Werth décrit un télescopage momentané entre coup d’État politique et révolution sociale.

De la Russie soviétique à l’URSS

La prise du pouvoir débouche sur la République socialiste fédérative soviétique de Russie. Suivent la dissolution de l’Assemblée constituante par Lénine, alors que les bolcheviks n’y étaient que minoritaires, puis une guerre civile entre Armée rouge et Armées blanches qui dure jusqu’en 1923. De cet affrontement naîtra l’Union soviétique.

Pourquoi la Révolution d’Octobre est célébrée en novembre

Le décalage de treize jours, expliqué
Une même date, deux calendriers, deux mois différents
CALENDRIER JULIEN, EN RUSSIE 25 octobre 1917 la date russe de l’époque +13 j 7 novembre 1917 notre calendrier actuel CALENDRIER GRÉGORIEN, EN OCCIDENT LA MÊME RÈGLE POUR FÉVRIER « Février » : 23 fév. julien = 8 mars « Octobre » : 25 oct. julien = 7 nov.
Les noms « Février » et « Octobre » renvoient toujours au calendrier russe d’alors, jamais au nôtre. La Russie n’adopte le grégorien qu’en février 1918, en supprimant treize jours d’un coup : le 31 janvier fut suivi du 14 février.

Le décalage de treize jours

En 1917, la Russie utilise le calendrier julien, en retard de treize jours sur le calendrier grégorien du reste de l’Europe. La révolution dite « d’Octobre » a lieu le 25 octobre julien, soit le 7 novembre grégorien. Le nom vient de la date russe de l’époque, mais l’événement tombe en novembre dans notre calendrier moderne.

Ce décalage n’a rien d’anecdotique pour la datation historique. D’après Wikipédia (Passage du calendrier julien au calendrier grégorien), le 24 janvier 1918 le Conseil des commissaires du peuple décrète que le mercredi 31 janvier 1918 sera suivi du jeudi 14 février 1918, supprimant treize jours d’un coup pour aligner la Russie sur l’Occident.

La même règle appliquée à Février

Le principe vaut aussi pour l’autre révolution. La révolution de « Février » se déroule du 23 février au 3 mars julien, soit du 8 au 16 mars grégorien. Les deux appellations, Février et Octobre, renvoient au calendrier russe d’alors, jamais au nôtre. C’est la source de confusion la plus tenace du sujet.

Astuce de mémorisation

Février renverse le tsar, Octobre installe Lénine : retenez « FT / OL », comme deux paires. Pour le décalage, gardez le repère « +13 » : la Russie de 1917 avait treize jours de retard, donc Octobre bascule en novembre. Treize, comme un chiffre porte-malheur pour un tsar.

Ce que la Révolution russe change dans le monde

Le pouvoir des soviets

Les soviets, conseils d’ouvriers et de soldats, deviennent l’organe emblématique du nouveau régime. De cette base surgit le premier État communiste de l’histoire, sur un empire de plus de cent millions d’habitants. L’événement sert de modèle et de repoussoir à tout le XXe siècle, des partis communistes européens à la guerre froide.

Assemblée du Soviet de Petrograd en 1917, salle remplie de délégués ouvriers et soldats
Wikimedia Commons, domaine public
100 M+
habitants basculent vers le premier régime communiste
1922
création officielle de l’URSS, issue de la révolution
69 ans
durée de l’URSS, de 1922 à sa dissolution en 1991
Fait notable

L’image que l’on garde de la prise du palais d’Hiver doit beaucoup à la fiction. En 1927, pour le dixième anniversaire, Sergueï Eisenstein tourne Octobre et fait appel à l’Armée rouge pour les scènes de foule. Ces reconstitutions ont ensuite été prises, y compris en Occident, pour des images réelles de 1917.

La naissance du premier État communiste

1917 fait basculer un empire de plus de cent millions d’habitants vers le premier régime communiste de l’histoire. L’événement sert de modèle et de repoussoir à tout le XXe siècle : partis communistes en Europe, guerre froide, décolonisations. Peu d’années pèsent autant sur la suite.

Le mythe façonné par le cinéma

L’image que l’on garde de la prise du palais d’Hiver doit beaucoup à la fiction. En 1927, pour le dixième anniversaire, Sergueï Eisenstein tourne Octobre et fait appel à l’Armée rouge pour les scènes de foule. Ces reconstitutions ont ensuite été prises, y compris en Occident, pour des images réelles de 1917. Le souvenir populaire de la révolution est en partie une mise en scène de studio.

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Aller plus loin sur 1917 et son siècle

La Révolution russe se comprend mieux replacée dans son époque, du choc de la guerre à l’effondrement final de l’URSS.
En amont
L’usure de la Première Guerre mondiale explique l’effondrement du régime tsariste.
En aval
Son onde de choc se prolonge jusqu’à la dissolution de l’URSS en 1991.
Pour réviser
Le quiz Première Guerre mondiale prolonge utilement la lecture.
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Questions fréquentes sur la Révolution russe

Combien de révolutions en 1917 ?

Deux, distinctes et souvent confondues. La révolution de Février renverse le tsar Nicolas II et instaure un gouvernement provisoire libéral. La révolution d’Octobre, huit mois plus tard, écarte ce gouvernement et porte les bolcheviks au pouvoir. Elles s’opposent par leurs acteurs, leurs soutiens et leurs buts, malgré la même année et la même ville, Petrograd.

Qui dirige la révolution d’Octobre ?

Lénine en est l’instigateur politique, Trotski l’organisateur militaire à la tête du Comité militaire révolutionnaire de Petrograd. Février, à l’inverse, n’a pas de chef : elle éclate spontanément, portée par les grévistes et les soldats, sans qu’aucun parti la pilote réellement. Cette différence de méthode sépare nettement les deux révolutions.

Pourquoi parle-t-on d’Octobre alors que c’est novembre ?

Parce que la Russie de 1917 suit le calendrier julien, en retard de treize jours sur le grégorien. Le 25 octobre julien correspond au 7 novembre grégorien. Le nom vient de la date russe d’origine. La Russie n’adopte le calendrier grégorien qu’en février 1918, en supprimant treize jours d’un coup.

Qu’est-ce que le double pouvoir ?

C’est la coexistence, après Février, de deux autorités rivales à Petrograd. Le gouvernement provisoire, issu de la Douma et dirigé par le prince Lvov puis Kerenski, gouverne officiellement. Le Soviet de Petrograd, conseil d’ouvriers et de soldats, détient le pouvoir réel dans la rue. Cette rivalité paralyse le pays jusqu’à octobre.

Quel rôle joue la Première Guerre mondiale ?

Un rôle de détonateur. Les pertes massives, dont 900 000 hommes en 1915, la famine et l’effondrement économique rendent le régime intenable. Le maintien de la Russie dans la guerre par le gouvernement provisoire prolonge la crise après Février et offre aux bolcheviks leur mot d’ordre décisif : la paix immédiate.

Quand la dynastie Romanov prend-elle fin ?

Le 15 mars 1917, quand Nicolas II abdique, puis le 16 mars, quand son frère Michel refuse le trône. La dynastie régnait depuis 1613. Elle disparaît en deux jours, mettant fin à plus de trois siècles de règne et à l’Empire russe lui-même.

La révolution d’Octobre a-t-elle été violente ?

Étonnamment peu, lors de la prise du pouvoir. L’assaut du palais d’Hiver rencontre presque aucune résistance et fait très peu de victimes. La violence vient après : la guerre civile entre Armée rouge et Armées blanches, de 1918 à 1923, cause des millions de morts. Le coup d’État initial fut bien plus rapide que sanglant.

Quelle différence entre bolcheviks et mencheviks ?

Deux courants du marxisme russe. Les mencheviks jugent qu’une phase capitaliste est nécessaire avant le socialisme. Les bolcheviks, menés par Lénine, veulent instaurer directement la dictature du prolétariat. En octobre 1917, ce sont les bolcheviks qui prennent le pouvoir et deviennent ensuite le Parti communiste.
Rédaction

Alan Chevereau, consultant SEO, rédige les fiches Kultra avec une exigence de vérification factuelle et de sourçage institutionnel. Chaque date de cette fiche a été recoupée entre calendrier julien et grégorien pour éviter la confusion la plus courante sur le sujet.