Qui a peint « La Jeune Fille à la perle » ?

Art
Âge d’or hollandais · vers 1665
Johannes Vermeer a fixé un regard suspendu, turban bleu et perle énigmatique

Une tronie peinte à Delft, oubliée deux siècles, redécouverte pour 2,30 florins à La Haye en 1881.

1632-1675
Vie de Vermeer
≈ 35
Œuvres attribuées
2,30 florins
Prix de rachat 1881
Mauritshuis
La Haye, salle 15
Réponse

Johannes Vermeer, peintre néerlandais né à Delft en 1632 et mort en 1675, a peint La Jeune Fille à la perle vers 1665. Cette huile sur toile de l’âge d’or hollandais est conservée au musée Mauritshuis de La Haye depuis 1902. Surnommée la Joconde du Nord, elle est devenue une icône mondiale.

44,5 cm
Hauteur
39 cm
Largeur
1881
Redécouverte aux enchères
1995
Titre actuel officialisé

L’essentiel à savoir sur Vermeer et La Jeune Fille à la perle

Johannes Vermeer peint La Jeune Fille à la perle vers 1665, à Delft, dans une période de pleine maturité artistique. L’œuvre n’est pas un portrait au sens strict mais une tronie, genre néerlandais désignant l’étude d’expression ou de costume, sans modèle identifié. Les vêtements exotiques, le turban bleu outremer noué d’un tissu jaune, l’absence totale de décor de fond, signent ce parti pris : Vermeer ne peint pas une personne, il peint un instant suspendu.

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Beaucoup sont captivés par la manière dont la fille se tourne vers le spectateur, par son regard, par les couleurs. Et par la lumière. Il est probable que l’artiste ait fait appel à un modèle pour réaliser ce tableau. Mais cela n’en fait pas un portrait pour autant.

Mauritshuis, fiche officielle de l’œuvre

La toile mesure 44,5 sur 39 centimètres, format presque carré, peinte à l’huile. Elle porte la signature ligaturée IVMeer en haut à gauche, dans des tons proches du fond pour ne pas distraire le regard. La pose, en buste de trois quarts dos avec le visage tourné de trois quarts face, reprend une formule du Titien employée par Vermeer cinq ans plus tôt dans La Jeune Fille au verre de vin. Cette torsion accentue la tension visuelle et fixe le moment où la jeune femme se retourne vers le spectateur.

Chronologie d’un destin paradoxal
v. 1665
Réalisation à Delft
1696
Vente Dissius, adjugée 17 florins
1881
Rachetée 2,30 florins par des Tombe
1902
Léguée au Mauritshuis
1994
Restauration en public
2003
Film avec Scarlett Johansson

Une vie obscure pour un peintre devenu mythique

Vermeer naît à Delft en octobre 1632, fils d’un aubergiste et marchand de tableaux. Il épouse Catharina Bolnes en 1653 et se convertit au catholicisme, fait notable dans une République des Provinces-Unies majoritairement protestante. Le couple aura quinze enfants, dont onze survivront. Vermeer travaille lentement, peint peu : on lui attribue aujourd’hui environ 35 œuvres, contre les 700 que l’on connaît de Rembrandt. Il meurt à 43 ans en décembre 1675, ruiné par la guerre franco-hollandaise et l’effondrement du marché de l’art. Sa veuve dépose le bilan dès 1676.

Le mystère de la perle qui n’en est peut-être pas une

L’angle le plus surprenant de ce tableau ne se trouve pas sur le visage mais dans le bijou. Selon Vincent Icke, professeur d’astronomie théorique à l’université de Leyde, la boucle d’oreille n’est pas une perle naturelle. Aucune perle d’une telle taille n’existait au XVIIe siècle. Les couches de calcite d’une vraie perle produisent un éclat nacré et mat. Or, les reflets de l’ornement peint sont trop lumineux et trop métalliques. La sphère renvoie le reflet du col blanc en bas et un éclat lumineux en haut à gauche, ce qu’une perle authentique ne ferait pas. Il s’agirait plutôt d’une boule de verre vernissée ou d’une sphère d’étain poli. Vermeer l’a peinte en deux coups de pinceau seulement, sans même tracer le crochet qui la fixerait à l’oreille. L’illusion fonctionne par pure virtuosité chromatique.

La Jeune Fille à la perle
La Joconde
Auteur
Johannes Vermeer, Delft
Auteur
Léonard de Vinci, Florence
Date
Vers 1665
Date
1503-1519
Format
44,5 × 39 cm sur toile
Format
77 × 53 cm sur peuplier
Lieu
Mauritshuis, La Haye
Lieu
Louvre, Paris
Genre
Tronie, étude de costume
Genre
Portrait commandé
Statut
Oubliée jusqu’en 1881
Statut
Célèbre dès le XVIe siècle

Une popularité construite par un roman et un film

La Jeune Fille à la perle a longtemps porté un autre titre : La Jeune Fille au turban. Ce n’est qu’en 1995 que le Mauritshuis officialise la dénomination actuelle, dans la foulée du roman éponyme de l’Américaine Tracy Chevalier publié en 1999, traduit en français en 2000. L’adaptation cinématographique de 2003 réalisée par Peter Webber, avec Scarlett Johansson dans le rôle-titre et Colin Firth dans celui de Vermeer, propulse l’œuvre dans la culture mondiale. Le film engrange plus de 31 millions de dollars au box-office mondial. Banksy s’empare du motif en 2014 sur un mur des docks de Bristol, où une alarme antivol fait office de boucle d’oreille. La toile orne aujourd’hui des tote-bags, des emojis, des couvertures de manuels et des génériques de séries.

Fiche synthèse
La Jeune Fille à la perle a été peinte par Vermeer
Une tronie de l’âge d’or hollandais, oubliée pendant deux siècles avant de devenir une icône mondiale.
Date
Vers 1665
Atelier de Vermeer à Delft
Technique
Huile sur toile
Format presque carré, 44,5 × 39 cm
Conservation
Mauritshuis
La Haye, salle 15, depuis 1902
Genre
Tronie
Étude de visage et de costume, pas un portrait
Léguée par Arnoldus Andries des Tombe, qui l’avait achetée 2,30 florins en 1881 à La Haye.

Astuce de mémorisation

Vermeer rime avec « ver » et « mer ». La jeune fille porte une perle, qui vient de la mer, et tient son éclat d’une nacre qui scintille comme un ver luisant. Vermeer = ver + mer = perle marine. À retenir : le peintre dont le nom contient la mer a peint la perle la plus mystérieuse de l’histoire de l’art.

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Fait notable

En 1881, le tableau est adjugé pour 2 florins et 30 cents à La Haye, soit l’équivalent d’un repas modeste à l’époque. L’acheteur, le collectionneur Arnoldus Andries des Tombe, le prête immédiatement au Mauritshuis. Vingt et un ans plus tard, il le lègue au musée. Aujourd’hui, l’œuvre est jugée invendable et son assurance dépasserait largement la centaine de millions d’euros.

Questions fréquentes sur La Jeune Fille à la perle

Pourquoi appelle-t-on La Jeune Fille à la perle la Joconde du Nord ?

Le surnom est dû au critique d’art français Théophile Thoré-Bürger, qui redécouvre Vermeer au XIXe siècle. Comme La Joconde, la toile présente une jeune femme dont le regard suit le spectateur, dans une composition épurée sans décor narratif. Les deux œuvres partagent un mystère sur l’identité du modèle et un statut d’icône absolue. La Jeune Fille à la perle rivalise désormais avec La Joconde sur les produits dérivés et les expositions.

Qui est la jeune fille du tableau ?

Aucune identité n’a été établie avec certitude. Plusieurs hypothèses existent : Maria Vermeer, fille aînée du peintre âgée de 12 à 14 ans à l’époque, ou Magdalena van Ruijven, fille du principal mécène. La théorie de la servante, popularisée par le roman de Tracy Chevalier, n’a aucun fondement historique. Pour les historiens d’art, la question est secondaire car il s’agit d’une tronie, étude de visage anonyme, pas d’un portrait commandé.

Combien de tableaux a peint Vermeer dans toute sa vie ?

Environ 35 œuvres lui sont attribuées avec certitude, ce qui en fait l’un des peintres majeurs au catalogue le plus restreint. La rareté tient à sa technique extrêmement lente, à ses charges familiales avec onze enfants survivants, et à son statut de marchand qui occupait une partie de son temps. À titre de comparaison, on connaît plus de 700 peintures de Rembrandt et 2100 dessins.

Quelles sont les autres œuvres célèbres de Vermeer ?

La Laitière, conservée au Rijksmuseum d’Amsterdam, est presque aussi célèbre. La Vue de Delft, au Mauritshuis, montre la ville natale du peintre dans une lumière exceptionnelle. La Dentellière, au Louvre, est admirée par Salvador Dalí. La Femme à la balance, au National Gallery of Art de Washington, illustre la maîtrise vermeerienne de la lumière intérieure. Comme Léonard de Vinci avec La Joconde, Vermeer est rattaché à un nombre limité de chefs-d’œuvre.

Le tableau a-t-il été restauré ?

Oui, en 1994, sous les yeux du public au Mauritshuis. Le vieux vernis jauni a été retiré et remplacé, redonnant aux couleurs leur éclat originel. La restauration a révélé un détail invisible auparavant : un point rose double sous la lèvre, signe d’humidité. Une retouche tardive en blanc sur la perle, postérieure à Vermeer, a été supprimée. En 2018, le projet Girl in the Spotlight a permis une étude scientifique poussée des pigments et des couches.

Combien vaut La Jeune Fille à la perle ?

L’œuvre fait partie des collections publiques néerlandaises et n’est pas à vendre. Aucune estimation officielle n’a été publiée, mais des spécialistes évoquent une valeur supérieure à plusieurs centaines de millions d’euros, comparable aux records des ventes d’œuvres de Léonard de Vinci. Le Mauritshuis refuse systématiquement les prêts longs hors de La Haye, ce qui en renforce le caractère unique.

Pourquoi le tableau a-t-il été oublié pendant deux siècles ?

Vermeer a connu un succès local modeste de son vivant, sans renommée internationale. Sa veuve étant ruinée, ses œuvres ont été dispersées rapidement dès 1676. Pendant le XVIIIe et le début du XIXe siècle, son nom a quasiment disparu des dictionnaires d’art. C’est Théophile Thoré-Bürger qui le réintroduit en 1866 par une série d’articles, transformant un peintre oublié en icône de l’âge d’or hollandais.

De quelle couleur est exactement le turban ?

Le turban combine deux pigments précieux. Le bleu profond est obtenu par le lapis-lazuli, importé d’Afghanistan et plus cher que l’or à l’époque. Vermeer en consomme avec une générosité rare pour un peintre de Delft. Le tissu jaune qui pend dans le dos est rendu avec du jaune de plomb-étain. La combinaison bleu froid et jaune chaud crée le contraste lumineux qui structure toute la composition.

Le pendant d’oreille est-il vraiment une perle ?

Probablement pas. Aucune perle naturelle de cette taille n’a existé au XVIIe siècle. Le professeur Vincent Icke, à l’université de Leyde, démontre que les reflets sont trop lumineux et métalliques pour de la calcite. Il s’agirait d’une boule de verre vernissée ou d’étain poli, peinte par Vermeer en deux coups de pinceau, sans même tracer le crochet d’attache. La perle est une illusion picturale pure.

Où peut-on voir La Jeune Fille à la perle aujourd’hui ?

L’œuvre est exposée dans la salle 15 du Mauritshuis, à La Haye, aux Pays-Bas. Le musée a fermé en 2012 pour rénovation et a rouvert en 2014 avec une nouvelle muséographie centrée sur Vermeer et Rembrandt. La toile y est rarement déplacée. Comme La Joconde au Louvre, elle reste un point d’ancrage muséal et touristique majeur.

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