Qui a écrit L’Étranger ?

Littérature & Philosophie

L’Étranger a été écrit par Albert Camus. Publié en juin 1942 chez Gallimard, ce premier roman met en scène Meursault, un homme condamné à mort moins pour avoir tué un Arabe sur une plage d’Alger que pour n’avoir pas pleuré à l’enterrement de sa mère. Classé premier des 100 meilleurs livres du XXe siècle, il ouvre le « cycle de l’absurde » de Camus.

1942Date de publication
68Langues de traduction
1957Nobel de littérature

Astuce de mémorisation

CAMUS = « ça m’est égal ». Meursault, le héros de L’Étranger, répond « ça m’est égal » à tout : le mariage, la mort de sa mère, son propre procès. Le nom de l’auteur contient phonétiquement l’essence de son personnage. Camus, « ça m’use », « ça m’est égal » : l’indifférence absolue en trois syllabes. L’auteur et le personnage fusionnent dans le son du nom.

Ce fait et des centaines d’autres à retenir durablement sur l’app Kultra.

L’essentiel à savoir

Un roman écrit en quatre mois

Albert Camus commence la rédaction de L’Étranger en janvier 1940, à Oran. Les premières esquisses remontent à 1938, mais le texte ne prend sa forme définitive qu’au printemps 1940. Le 1er mai, la première version est achevée. Camus a 26 ans.

Le manuscrit circule ensuite parmi ses proches. Son ancien professeur de philosophie, Jean Grenier, émet des réserves sur le style trop sec. Pascal Pia, ami et ancien rédacteur en chef de Camus à Alger républicain, transmet le texte à André Malraux en mai 1941.

Malraux repère un défaut de rythme : l’abus de phrases construites sur le modèle « sujet, verbe, complément, point ». Camus corrige pour éviter ce qu’il appelle lui-même « la caricature ». Gallimard publie le roman en juin 1942, en pleine Occupation.

Le cycle de l’absurde

L’Étranger n’est pas un roman isolé. Camus l’inscrit dans une tétralogie qu’il nomme « cycle de l’absurde », aux côtés de l’essai Le Mythe de Sisyphe (1942) et des pièces Caligula et Le Malentendu. Les quatre œuvres explorent la même question : comment vivre dans un monde dépourvu de sens.

Meursault incarne cette confrontation. Il ne joue pas le jeu social, ne feint ni le chagrin ni le remords. Au procès, c’est son absence de larmes lors de l’enterrement de sa mère qui pèse plus lourd que le meurtre lui-même. Camus résumera plus tard son personnage comme « le seul christ que nous méritions ».

Réception et postérité

La publication en 1942 reçoit un accueil contrasté. Marcel Arland et Jean-Paul Sartre saluent un roman majeur. Sartre y voit « une œuvre classique, composée à propos de l’absurde et contre l’absurde ». André Rousseaux, dans Le Figaro, dénonce au contraire un « déchet moral ».

Le public tranche en faveur de Camus. L’Étranger devient le deuxième plus grand succès de Gallimard, juste derrière Le Petit Prince de Saint-Exupéry. En 1999, un classement établi par Le Monde et la Fnac le place au premier rang des 100 meilleurs livres du XXe siècle.

En 1957, le comité Nobel attribue à Camus le prix de littérature. Il a 44 ans, ce qui en fait le plus jeune lauréat français. Trois ans plus tard, le 4 janvier 1960, il meurt dans un accident de voiture à Villeblevin, dans l’Yonne.

Fiche synthèse

L’Étranger, écrit par Albert Camus

Condamné pour n’avoir pas pleuré, pas pour avoir tué.

Publication

Juin 1942

Gallimard, en pleine Occupation

Cycle

L’absurde

Avec Le Mythe de Sisyphe, Caligula

Rédaction

Janv.-mai 1940

Esquisses dès 1938

Classement

N°1 du XXe s.

Le Monde / Fnac, 1999

L’incipit le plus célèbre

« Aujourd’hui, maman est morte. » Ces six mots ouvrent le roman et installent immédiatement le ton : un constat nu, sans émotion apparente, qui définit tout le personnage de Meursault.

Le savais-tu ?

La lecture du manuscrit de L’Étranger a provoqué la rencontre entre Camus et Sartre. Jean-Paul Sartre découvre le roman sur recommandation de Jean Paulhan et Raymond Queneau, puis publie une étude enthousiaste dans Les Cahiers du Sud en février 1943. Les deux hommes se rencontrent peu après, à la première des Mouches. Leur amitié durera huit ans avant une rupture définitive en 1951.

Questions fréquentes

Pourquoi Meursault est-il condamné à mort ?

Meursault tue un Arabe sur une plage d’Alger, mais son procès se concentre sur un autre sujet : son comportement lors de l’enterrement de sa mère. Il n’a pas pleuré, il a fumé, il est allé au cinéma le lendemain. Le tribunal juge son insensibilité plus que son crime. Camus montre ainsi qu’une société condamne d’abord celui qui refuse de jouer le jeu des conventions.

Qu’est-ce que le cycle de l’absurde ?

Le cycle de l’absurde regroupe quatre œuvres de Camus publiées entre 1942 et 1944 : le roman L’Étranger, l’essai Le Mythe de Sisyphe, et les pièces Caligula et Le Malentendu. Ensemble, elles explorent l’absurdité de l’existence humaine, c’est-à-dire le décalage entre le désir de sens de l’homme et le silence du monde.

L’Étranger est-il un roman existentialiste ?

Camus a toujours refusé l’étiquette existentialiste, qu’il associait à Sartre. L’Étranger relève davantage de la philosophie de l’absurde, distincte de l’existentialisme. Là où Sartre affirme que l’existence précède l’essence, Camus s’interroge sur la possibilité de vivre sans espoir métaphysique, sans pour autant renoncer à la lucidité ni au bonheur terrestre.

L’Étranger se déroule-t-il en France ?

L’action se situe en Algérie française, principalement à Alger et dans ses environs. Camus, né à Mondovi (aujourd’hui Dréan) en 1913, a grandi à Alger dans un quartier populaire. Le soleil, la mer et la chaleur écrasante de la plage jouent un rôle central dans le roman, le meurtre étant déclenché par l’éblouissement du soleil sur la lame d’un couteau.

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