La réponse
Albert Camus a écrit L’Étranger, son premier roman publié, paru chez Gallimard le 19 mai 1942. Le livre ouvre son cycle de l’absurde et suit Meursault, un homme indifférent qui tue un Arabe sur une plage d’Alger.
1942
Parution chez Gallimard
1957
Prix Nobel de littérature
68
Langues de traduction
La réponse tombe vite, mais le piège des quiz est ailleurs. Beaucoup confondent l’auteur avec Jean-Paul Sartre, attiré dans la même orbite par l’étiquette « existentialiste » que Camus a pourtant toujours refusée. Sartre n’a pas écrit le roman : il en a signé une analyse célèbre en 1943.
Autre confusion fréquente, la date. L’Étranger n’est pas un livre d’après-guerre. Il sort en 1942, en pleine Occupation, à 4 400 exemplaires seulement, un tirage trop faible pour viser le succès commercial immédiat. Sa gloire viendra plus tard.
Ce fait et des centaines d’autres à retenir durablement sur l’app Kultra. Mémorisation par révisions espacées, sans bachotage.Albert Camus, auteur de L’Étranger
Albert Camus
Fiche d’identitéNaissance
7 novembre 1913, Mondovi (Algérie française)
Métiers
Écrivain, journaliste, dramaturge, essayiste
Œuvre clé
L’Étranger (1942), La Peste (1947)
Mort
4 janvier 1960, accident de voiture, Nationale 6
Le repère : neuvième écrivain français à recevoir le prix Nobel de littérature, en 1957, à 44 ans.
Albert Camus naît le 7 novembre 1913 à Mondovi, en Algérie française. Journaliste à Alger républicain puis à Paris-Soir, il publie déjà des essais quand il achève L’Étranger. Le roman le révèle au grand public.
L’écrivain
L’Étranger est le premier roman que Camus mène jusqu’à la publication. Il avait laissé inachevé un récit antérieur, La Mort heureuse, dont le héros se nomme Mersault, sans le « u » de Meursault. Ce manuscrit ne paraîtra qu’en 1971, à titre posthume.
Le premier roman publié de Camus
Avant 1942, Camus a publié des textes courts : L’Envers et l’Endroit en 1937, Noces en 1939. L’Étranger change d’échelle. Il impose une voix, un style et un nom.
Du journaliste au prix Nobel
Camus obtient le prix Nobel de littérature le 17 octobre 1957, à 44 ans. Il est le neuvième écrivain français récompensé. Le jury salue une œuvre qui éclaire les problèmes posés à la conscience humaine de son temps.
Il meurt le 4 janvier 1960 dans un accident de voiture sur la Nationale 6, près de Villeblevin, aux côtés de son éditeur Michel Gallimard. Camus avait alors 46 ans.
Quand L’Étranger a-t-il été écrit et publié ?
De l’esquisse à la librairie
1938
Premières esquisses du roman
1940
Première rédaction achevée le 1er mai
1941
Révisions, manuscrit transmis à Malraux
1942
Parution Gallimard, 19 mai
1957
Prix Nobel de littérature
À retenir : rédaction rapide, à peine quelques mois en 1940, mais une maturation longue. Le projet remonte à 1938, et Camus retouche le texte jusqu’en 1941.
La rédaction et la parution ne se confondent pas. Camus travaille le texte pendant des années avant qu’il atteigne les librairies.
Une longue gestation, de 1938 à 1941
Les premières esquisses remontent à 1938. Le roman prend forme au début de 1940 : Camus en achève une première rédaction le 1er mai 1940, alors qu’il vit à Paris. Il retravaille le texte jusqu’en 1941.
Camus note dans ses Carnets, à la date du 21 février 1941 : « Terminé Sisyphe. Les trois Absurdes sont achevés. » D’après les éditions Gallimard, l’écriture initiée durant l’été 1939 s’est étendue de janvier au 1er mai 1940, fruit d’une longue maturation plutôt que d’un jet rapide.
La publication chez Gallimard en mai 1942
Le manuscrit passe par Pascal Pia, qui le transmet à André Malraux en mai 1941. Malraux, enthousiaste, pèse pour la publication. Gaston Gallimard édite le roman l’année suivante.
L’édition originale
La première édition française paraît le 19 mai 1942 et arrive en librairie dès le mois de juin. Le tirage initial est limité à 4 400 exemplaires, une rareté qui interdit tout statut de best-seller immédiat.
Que raconte L’Étranger ?
Un roman en deux temps
Partie I
Avant le meurtre
Mort de la mère à l’asile, enterrement sans larmes, liaison avec Marie le lendemain. Une vie plate, sans émotion affichée.
Partie II
Après le meurtre
Prison, instruction, procès. Meursault est jugé moins pour le crime que pour son indifférence aux codes sociaux.
Le pivot : le coup de feu sur la plage, sous un soleil écrasant, bascule le récit de la routine au tribunal.
L’intrigue tient en une phrase, mais sa force vient de ce qu’elle ne dit pas. Le roman se divise en deux parties, avant et après un meurtre.
Le décor
Meursault, modeste employé à Alger, apprend la mort de sa mère à l’asile. Il ne pleure pas. Le lendemain de l’enterrement, il noue une liaison avec Marie et reprend sa vie sans émotion apparente.
Meursault, l’indifférence comme moteur
Le récit s’ouvre sur l’un des incipits les plus célèbres de la littérature française : « Aujourd’hui, maman est morte. » Le ton est plat, factuel, détaché. Cette voix blanche porte tout le livre.
Le meurtre sur la plage et le procès
Entraîné dans un conflit par son voisin Raymond Sintès, Meursault tue un homme arabe sur une plage, sous un soleil écrasant. La seconde partie se déroule en prison et au tribunal.
Le procès ne juge pas vraiment le crime. Il condamne un homme qui n’a pas pleuré à l’enterrement de sa mère. Meursault est jugé pour son indifférence aux codes sociaux autant que pour le coup de feu.
Pourquoi le roman s’appelle-t-il L’Étranger ?
Trois sens d’un seul mot
« Étranger »
Étranger au jeu social
Il refuse les rôles attendus : ni chagrin affiché, ni ambition, ni mensonge utile.
Étranger aux autres
Il ne rejette personne, mais ne désire rien non plus. Présence sans attachement.
Étranger à lui-même
Sa conscience enregistre le monde sans l’interpréter. Il se voit de l’extérieur.
Le titre fonctionne à plusieurs niveaux, et c’est là que la fiche dépasse la simple attribution d’auteur. « Étranger » ne désigne pas une nationalité.
Étranger au jeu social
Meursault est d’abord étranger aux conventions. Il ne joue pas le rôle attendu : ni chagrin affiché, ni ambition, ni mensonge utile. Sa sincérité absolue le rend incompréhensible à la société qui le juge.
Étranger à lui-même et au sens
Le critique Maurice Blanchot notait en 1942 que Meursault se regarde « comme si un autre le voyait ». Sa conscience enregistre le monde sans l’interpréter. Il vit les événements de l’extérieur, y compris les siens.
Le cycle de l’absurde et la pensée de Camus
Le cycle de l’absurde
Quatre œuvres, une même réflexion. Années de publication chez Gallimard.
Roman
L’Étranger
1942
Essai
Le Mythe de Sisyphe
1942
Théâtre
Caligula
1944
Théâtre
Le Malentendu
1944
L’idée centrale : l’absurde n’est pas dans le monde, mais dans le choc entre son silence et le besoin humain de sens. Meursault l’incarne sans jamais le théoriser.
L’Étranger n’est pas un texte isolé. Camus le conçoit comme un volet d’un ensemble plus vaste, sa réflexion sur l’absurde.
Le mythe fondateur
Le cycle tire son socle théorique du Mythe de Sisyphe, où Camus fait du condamné à rouler éternellement son rocher la figure de l’homme absurde. Sisyphe, peint ici par Titien vers 1548, accomplit une tâche sans fin et l’accepte, comme Meursault accepte l’absence de sens.
Une œuvre, un essai, deux pièces
Le cycle de l’absurde réunit quatre œuvres : le roman L’Étranger, l’essai Le Mythe de Sisyphe, et les pièces Caligula et Le Malentendu. Camus note l’achèvement des trois premières dès février 1941, mais les pièces ne paraissent qu’en 1944. L’Étranger et Le Mythe de Sisyphe sortent tous deux en 1942.
Pour Camus, l’absurde naît de la confrontation entre le silence du monde et le besoin humain de sens. Ce n’est pas le monde qui est absurde, c’est ce face-à-face. Meursault l’incarne sans le théoriser.
Camus contre l’étiquette existentialiste
On range souvent Camus parmi les existentialistes, aux côtés de Sartre. Il a refusé ce classement toute sa vie. Leur rupture éclate en 1951, après la parution de L’Homme révolté, et coupe une amitié intense. Camus se tient en marge des grands systèmes, méfiant envers toute idéologie.
Un succès devenu phénomène mondial
68 langues
Traductions recensées du roman à travers le monde
3e
Roman francophone le plus lu au monde, après Le Petit Prince et Vingt Mille Lieues sous les mers
N°1
Au classement des 100 livres du XXe siècle établi par Le Monde
4 400
Exemplaires au tirage initial de 1942, point de départ confidentiel
1943
L’étude de Sartre amplifie la notoriété du roman
Sources : éditions Gallimard, classement Le Monde des 100 livres du XXe siècle.
Parti d’un tirage confidentiel, le roman s’est imposé comme un classique lu sur tous les continents.
D’après la notice de Wikipédia consacrée au roman, L’Étranger a été traduit en soixante-huit langues et figure parmi les romans francophones les plus lus au monde, juste derrière Le Petit Prince et Vingt Mille Lieues sous les mers. Le Monde l’a classé premier de ses 100 livres du XXe siècle.
Une réception immédiate clivée
Dès 1942, la critique se divise. André Rousseaux, dans Le Figaro, éreinte le roman. Marcel Arland et Maurice Blanchot, eux, saluent une voix neuve. Jean-Paul Sartre publie en février 1943 une « Explication de L’Étranger » qui amplifie sa notoriété.
Le savoir-faire d’une langue blanche
La singularité du livre tient à son style : phrases courtes, vocabulaire dépouillé, passé composé qui aplatit le temps. Cette « écriture blanche » traduit l’intériorité de Meursault sans jamais la commenter. Elle a fait école.
L’angle méconnu : la lecture coloniale du roman
Idée reçue contre relecture
Lecture courante
Une parabole abstraite sur la condition humaine et l’absurde, détachée de tout contexte historique précis.
Relecture postcoloniale
Un récit ancré dans l’Algérie coloniale. Les personnages arabes ne sont jamais nommés et restent un arrière-plan passif, comme dans le système colonial lui-même.
Un aspect rarement traité dans les fiches scolaires éclaire pourtant le livre en profondeur. Il concerne le cadre algérien et ses silences.
Le critique Edward Saïd a souligné que les personnages arabes du roman ne sont jamais nommés. Ils forment un arrière-plan passif derrière des Européens dotés, eux, d’un nom et d’une identité. Cette asymétrie reflète la structure coloniale dans laquelle Camus a grandi.
L’adaptation cinématographique de François Ozon, sortie le 29 octobre 2025 et présentée à la Mostra de Venise, assume frontalement cette lecture. Le film s’ouvre non sur « Aujourd’hui, maman est morte » mais sur « J’ai tué un Arabe », et inscrit le meurtre dans un Alger colonial montré sans détour.
Astuce de mémorisation
Pour ne plus jamais confondre l’auteur avec Sartre : retenez que Camus commence par C comme Cycle de l’absurde, sa signature à lui. Sartre, lui, reste du côté de l’existentialisme.
Une autre clé tient en trois titres du même cycle, tous de Camus : L’Étranger, Le Mythe de Sisyphe, Caligula. Si le titre appartient à ce trio, l’auteur est Camus.
Camus, l’auteur d’un classique qui ne vieillit pas
Un homme jugé non pour son crime, mais pour son refus de jouer la comédie des sentiments. Voilà ce que Camus a inventé en 1942, et qui se lit encore partout.
1942
Année de parution, en pleine Occupation
68
Langues, 3e roman francophone le plus lu
2025
Nouvelle adaptation au cinéma par Ozon
Retenir que Albert Camus a écrit L’Étranger en 1942 ne suffit pas à comprendre pourquoi ce roman reste lu dans soixante-huit langues. Sa réponse est simple, son énigme l’est moins. Pour situer Camus dans son époque littéraire, la fiche sur l’auteur de Madame Bovary éclaire un autre sommet du roman français.
Réviser 15 min/jour suffit à tout retenir L’app Kultra transforme chaque fiche en savoir qui tient. Commencer maintenant.Fiches associées
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Questions fréquentes sur l’auteur de L’Étranger
Albert Camus est-il français ou algérien ?
Camus est un écrivain français né en Algérie française, à Mondovi, en 1913. On parle parfois d’auteur franco-algérien pour souligner ce double ancrage. Sa nationalité est française, mais l’Algérie irrigue toute son œuvre : lumière, mer, soleil et le décor même de L’Étranger viennent de là.
Quelle est la première phrase de L’Étranger ?
Le roman s’ouvre sur « Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. » Cet incipit compte parmi les plus connus de la littérature française. Sa platitude volontaire installe d’emblée le détachement de Meursault, qui ne sait même plus situer dans le temps un événement aussi grave.
Sartre a-t-il écrit L’Étranger ?
Non. Jean-Paul Sartre n’a pas écrit le roman, contrairement à une confusion répandue. Il a rédigé en février 1943 une étude intitulée « Explication de L’Étranger », parue dans Les Cahiers du Sud. Les deux hommes se rencontrent peu après, deviennent proches, puis rompent en 1951.
Pourquoi Meursault tue-t-il l’Arabe ?
Meursault ne tue pas par haine ni par calcul. Sur la plage, écrasé par le soleil et aveuglé par la réverbération, il tire presque par hasard, puis ajoute quatre coups. Le roman refuse tout mobile clair. C’est précisément cette absence de raison qui rend le geste, et le personnage, incompréhensibles à la justice.
Que signifie l’absurde chez Camus ?
L’absurde ne désigne pas un monde dénué de sens en soi, mais le choc entre ce monde silencieux et le désir humain de clarté. Camus le formule dans Le Mythe de Sisyphe. L’Étranger en donne la version romanesque : Meursault accepte cette absence de sens au lieu de la combler par des illusions.
L’Étranger a-t-il été adapté au cinéma ?
Oui, deux fois pour le grand écran. Luchino Visconti en a tiré un film en 1967, avec Marcello Mastroianni en Meursault. François Ozon a réalisé une seconde adaptation, sortie le 29 octobre 2025, avec Benjamin Voisin, tournée en noir et blanc et assumant une lecture postcoloniale du récit.
Combien de temps Camus a-t-il mis pour l’écrire ?
La rédaction proprement dite a été rapide : la première version est achevée en mai 1940, soit quelques mois de travail intensif. Mais le projet mûrissait depuis 1938, et Camus a retouché le texte jusqu’en 1941. Le roman est donc le produit d’une longue maturation autant que d’une écriture concentrée.
Quel autre roman célèbre Camus a-t-il écrit ?
Son autre grand roman est La Peste, paru en 1947. Il appartient cette fois au cycle de la révolte, et non à celui de l’absurde. L’Étranger et La Peste forment les deux versants les plus lus de l’œuvre de Camus, le premier centré sur l’individu, le second sur la solidarité face au fléau.
Sources
- Gallimard, dossier éditorial sur L’Étranger d’Albert Camus
- Notice encyclopédique du roman L’Étranger
- L’Internaute, biographie d’Albert Camus, prix Nobel
- Gaumont, sortie de l’adaptation de L’Étranger par François Ozon
- Notice de l’adaptation cinématographique de 2025
- LeMagduCiné, critique de la lecture postcoloniale d’Ozon
- Babelio, fiche auteur d’Albert Camus