Art · Manifeste de 1924
Salvador Dalí est associé au surréalisme, le mouvement du rêve et de l’inconscient.
Le paradoxe tient en une phrase : Dalí n’a passé qu’une dizaine d’années dans le mouvement qui le rendit célèbre, et il en fut chassé. Né à Figueres en 1904, formé au dessin classique et fasciné par la précision de Vermeer, il arrive au surréalisme par un chemin inattendu, celui d’un peintre virtuose venu peindre des rêves avec une netteté photographique.
Sa marque personnelle, la méthode paranoïaque-critique, inventée en 1929, contredisait déjà le principe fondateur du groupe. Le conflit était inscrit dès son entrée. Comprendre pourquoi éclaire tout le reste.
Ce fait et des centaines d’autres à retenir durablement sur l’app Kultra.Le surréalisme, le mouvement de Dalí en une réponse
Le principe fondateur, décomposé
Le surréalisme puise directement dans Freud : le rêve cesse d’être un décor pour devenir une source d’images à capter telles quelles.
Le surréalisme naît officiellement à Paris le 15 octobre 1924, date de parution du Manifeste du surréalisme signé André Breton. Le poète y donne une définition restée célèbre : un automatisme psychique pur, destiné à exprimer le fonctionnement réel de la pensée, hors de tout contrôle de la raison. L’écriture automatique en est le premier outil, avant la peinture.
Un mouvement d’abord littéraire, pas pictural
Le surréalisme commence dans les cafés parisiens, autour de la poésie et de revues, pas dans les ateliers. Breton, Louis Aragon et Paul Éluard en posent les bases par les mots. La peinture arrive ensuite, avec Max Ernst, Joan Miró, André Masson, puis René Magritte et Yves Tanguy. Situer Dalí suppose de rappeler ce point : quand il rejoint le groupe, le mouvement a déjà cinq ans et une identité forte.
Freud, matière première du rêve peint
Le surréalisme puise directement dans les théories de Sigmund Freud sur l’inconscient et l’interprétation des rêves. Le rêve cesse d’être un décor pour devenir une source d’images à capter telles quelles. Dalí pousse cette logique plus loin que quiconque, au point de rencontrer Freud en personne à Londres en 1938, entrevue durant laquelle le vieux savant admire sa technique tout en s’étonnant de son fanatisme.
Comment Dalí est entré dans le surréalisme
Le groupe
Première expo personnelle à Paris. Breton signe la préface et annonce l’adhésion.
La muse
Rencontre de Gala, qui deviendra sa femme et le centre de son œuvre.
La méthode
Invention de la méthode paranoïaque-critique, sa signature théorique.
Le peintre catalan
Salvador Dalí, né à Figueres en Catalogne le 11 mai 1904, n’appartient pas au noyau fondateur. Sa formation est classique, tournée vers la maîtrise du dessin et l’héritage de la Renaissance. C’est sur les conseils de Joan Miró, déjà membre du groupe, qu’il gagne Paris à la fin des années 1920.
1929, l’année charnière
L’adhésion officielle date de 1929. Cette année-là, Dalí tient sa première exposition personnelle à Paris, à la galerie Goemans, et André Breton signe la préface du catalogue. C’est aussi l’année où il rencontre Gala, qui deviendra sa femme et sa muse, et où il forge sa méthode paranoïaque-critique. En quelques mois, le Catalan passe d’inconnu à figure centrale.
La méthode paranoïaque-critique, sa signature
Dalí apporte au groupe une invention strictement personnelle. La méthode paranoïaque-critique consiste à provoquer puis à fixer des visions délirantes, en exploitant les images doubles et les illusions d’optique, un même motif se lisant de deux façons. Cette approche suppose un contrôle lucide de l’artiste sur ses hallucinations. Elle s’oppose donc frontalement à l’automatisme pur défendu par Breton, où la main doit échapper à la raison. La rupture future est déjà là, en germe.
La méthode paranoïaque-critique reste la contribution théorique la plus durable de Dalí au surréalisme, formalisée dans ses écrits au début des années 1930. D’après l’Encyclopædia Universalis, cette activité vise à faire passer le monde du délire sur le plan de la réalité, par l’objectivation systématique des associations irrationnelles. C’est cette maîtrise de l’image double qui distingue sa peinture de celle des autres surréalistes.
Pourquoi Dalí a été exclu du surréalisme
Une exclusion en deux temps
Les sources se contredisent parce que deux dates coexistent. Le motif est politique, jamais artistique.
Breton juge Dalí, exige un engagement contre Hitler. Mise au ban de fait.
Breton officialise l’exclusion dans la revue Minotaure. C’est consommé.
Le grief de Breton : l’indifférence de Dalí face au fascisme et sa fascination trouble pour la figure d’Hitler, à l’heure où Picasso et Miró s’engagent.
Le procès de 1934
La mise à l’écart commence dès 1934. À l’heure où Picasso et Miró dénoncent la montée du fascisme, Breton reproche à Dalí son indifférence politique et sa fascination trouble pour la figure d’Hitler. Le poète organise une sorte de procès interne et exige une déclaration d’engagement, dont le dernier point est le mot d’ordre « À bas Hitler, vive Lénine ». Dalí refuse de se plier.
La rupture officielle de 1939
La provocation de Dalí est célèbre : il peint Lénine doté d’une fesse molle démesurée dans L’Énigme de Guillaume Tell, puis lance sa formule « Le surréalisme, c’est moi ». L’exclusion n’est toutefois rendue publique qu’en mai 1939, quand Breton signe dans la revue Minotaure son texte « Des tendances les plus récentes de la peinture surréaliste ». Deux dates coexistent donc : 1934 pour la mise au ban de fait, 1939 pour l’exclusion officiellement communiquée. Cette dualité explique les divergences que l’on lit d’une source à l’autre.
Avida Dollars, l’insulte cachée dans son nom
Pour railler l’appât du gain de Dalí, Breton forge le surnom Avida Dollars. Loin d’être improvisée, l’expression est une anagramme exacte des lettres de Salvador Dalí, réagencées pour signifier « avide de dollars ». Dalí retournera plus tard le camouflet à son avantage, prétendant que ce surnom lui avait porté chance en déclenchant sa fortune.
Surréalisme et cubisme, deux révolutions à ne pas confondre
Surréalisme
Manifeste, 1924
Cubisme
Vers 1907
Placer le surréalisme face au cubisme, autre grand bouleversement du XXe siècle, aide à cerner sa singularité. Les deux renversent la peinture, mais ne visent pas la même cible, et les confondre est une erreur fréquente en quiz.
Deux cibles opposées
Le cubisme, né vers 1907 avec Pablo Picasso et Georges Braque, s’attaque à la forme et à l’espace. Il décompose l’objet en facettes géométriques, sous l’influence de Cézanne et des arts africains. Le surréalisme, lui, ne touche pas à la géométrie : il vise le rêve et l’inconscient, souvent dans un style figuratif, parfois hyperréaliste. Le cubisme démonte le visible ; le surréalisme peint l’invisible.
Le repère qui évite la confusion
Une image cubiste éclate en volumes anguleux et se lit comme un puzzle. Une image surréaliste reste souvent nette et reconnaissable, mais impossible dans le réel, telle une montre qui fond. Le premier abstrait la forme, le second dérègle le sens. Ce repère suffit pour ne jamais rattacher Dalí au cubisme, piège classique des tests. Pour le pendant côté cubisme, voir la fiche sur le mouvement de Picasso et Braque.
La Persistance de la mémoire, l’œuvre qui incarne le mouvement
La Persistance de la mémoire
Salvador Dalí, 1931
Peinte en 1931, La Persistance de la mémoire est l’œuvre la plus célèbre de Dalí et l’une des icônes absolues du surréalisme. Ses montres molles affaissées sur un paysage désertique de Catalogne condensent tout le programme du mouvement : un monde reconnaissable, rendu avec une précision méticuleuse, mais où les lois du réel se sont dissoutes.
Pourquoi des montres qui fondent
Les cadrans ramollis figurent l’effondrement du temps mesuré dans l’espace du rêve, où passé, présent et futur perdent toute rigidité. Le petit format de la toile, à peine 24 sur 33 centimètres, contraste avec sa notoriété planétaire. L’œuvre est conservée au Museum of Modern Art de New York depuis 1934.
Le motif entré dans la culture mondiale
La montre molle est devenue un raccourci visuel universel pour dire « rêve » ou « bizarre ». On la retrouve détournée dans la publicité, le dessin animé et le jeu vidéo, bien au-delà des musées. Peu d’images de l’art moderne ont atteint ce degré de diffusion populaire.
Astuce de mémorisation
Découpez le mot : sur + réalisme, soit ce qui se tient au-dessus du réel. Le surréalisme peint le monde du rêve, situé au-dessus de la réalité ordinaire.
Pour verrouiller le lien avec Dalí, retenez son objet signature : la montre molle. Une montre qui fond ne peut exister que dans un rêve, donc au-dessus du réel. Montre molle égale surréalisme, surréalisme égale Dalí. Testez-vous dans 48 heures : l’image de la montre qui fond doit à elle seule ramener le mot surréalisme.
Fait notable
Le surnom Avida Dollars, inventé par Breton pour railler l’appât du gain de Dalí, n’est pas une insulte improvisée. C’est une anagramme exacte des lettres de Salvador Dalí, réagencées pour signifier « avide de dollars ». Une attaque d’autant plus cinglante qu’elle se cachait dans le nom même du peintre.
Dalí après le surréalisme, une gloire intacte
Le musée-monde
Inauguré en 1974 dans son ancien théâtre municipal natal, ravagé pendant la guerre civile, le Théâtre-musée Dalí est présenté par l’artiste comme le plus grand objet surréaliste du monde. Ses œufs géants et son mur de pains cuits sur la façade en font une œuvre à part entière, autant qu’un lieu d’exposition.
Un touche-à-tout du spectacle et du commerce
Dalí conçoit décors et costumes pour le ballet, collabore avec Walt Disney sur le court-métrage Destino, participe à une séquence onirique pour Alfred Hitchcock dans La Maison du docteur Edwardes, et dessine en 1969 le logo de la marque de sucettes Chupa Chups, toujours en usage. Cette porosité entre art et commerce est précisément ce que Breton lui reprochait.
Le Théâtre-musée de Figueres
Inauguré en 1974 dans son ancien théâtre municipal natal, ravagé pendant la guerre civile, le Théâtre-musée Dalí est présenté par l’artiste comme le plus grand objet surréaliste du monde. Il figure parmi les musées les plus visités d’Espagne.
La fréquentation confirme ce statut d’icône populaire durable. D’après le Théâtre-musée Dalí (données de fréquentation), l’établissement a accueilli 1 207 149 visiteurs en 2017, ce qui en faisait le troisième musée le plus visité du pays. La barre du million de visiteurs annuels est franchie de façon récurrente.
Retenir Dalí et le surréalisme sans les oublier
La chaîne à retenir
Un peintre virtuose venu peindre des rêves, une méthode qui contredisait le groupe, une exclusion politique et une gloire que rien n’a entamée. Les dates et la rupture se raccrochent toutes à cette image unique.
Un peintre virtuose venu peindre des rêves, une méthode qui contredisait le groupe, une exclusion politique et une gloire que rien n’a entamée : l’histoire de Dalí dans le surréalisme tient dans cette tension. Le mot-clé à ancrer reste simple, montre molle égale surréalisme. Le reste, dates et rupture, se raccroche à cette image.
Retenir la culture artistique sans jamais l’oublier
15 min/jour sur l’app KultraQuestions fréquentes sur Dalí et le surréalisme
Qui a fondé le surréalisme ?
Quand Salvador Dalí a-t-il rejoint le surréalisme ?
Pourquoi Dalí a-t-il été exclu du surréalisme ?
Qu’est-ce que la méthode paranoïaque-critique ?
Dalí a-t-il vraiment inventé le surréalisme ?
Quelle est l’œuvre la plus célèbre de Dalí ?
Quels autres artistes appartiennent au surréalisme ?
Le surréalisme concerne-t-il seulement la peinture ?
Fiches associées
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Sources
- Ministère de la Culture, portail Histoire des arts, dossier sur le surréalisme
- Encyclopædia Universalis, Salvador Dalí, Dalí et le surréalisme
- Encyclopædia Universalis, la méthode paranoïaque-critique
- Fundació Gala-Salvador Dalí, catalogue raisonné, l’image double
- Museum of Modern Art, notice de La Persistance de la mémoire
- RTBF, l’exclusion de Salvador Dalí du mouvement surréaliste
- Théâtre-musée Dalí, fréquentation et collections