Qui a écrit « La Divine Comédie » ?

La réponse

La Divine Comédie est de Dante Alighieri, poète florentin né en 1265 et mort à Ravenne en 1321. Il la rédige pendant son exil, entre 1307 et 1321 environ. Le poème compte 100 chants et 14 233 vers, répartis en trois cantiques : Enfer, Purgatoire, Paradis. Dante l’avait simplement titrée Commedia.


1265
Naissance à Florence, mort à Ravenne en 1321
100
Chants, en trois cantiques de 33 plus un prologue
1472
Première impression, un siècle et demi après sa mort

L’épithète « divine » n’est pas de lui. Boccace la lance en 1373, mais elle ne s’impose qu’en 1555, dans une édition vénitienne parue plus de deux siècles après la mort du poète. Le titre que tout le monde connaît est donc posthume et tardif.

Autre décalage souvent ignoré : Dante n’a jamais vu son œuvre imprimée. La première édition sort en 1472, un siècle et demi après sa mort. De son vivant, la Comédie circulait à la main, copiée manuscrit après manuscrit.

Ce fait et des centaines d’autres à retenir durablement sur l’app Kultra.

Dante Alighieri, l’auteur unique d’un poème écrit en exil

De la charge à l’exil

1265
Naissance à Florence, dans une famille de petite noblesse liée au parti guelfe.
1300
Sommet politique : Dante devient prieur de Florence, au cœur de la vie communale.
1302
Les Guelfes noirs prennent le pouvoir. Condamné par contumace au bannissement, puis au bûcher en cas de retour.
1307
Début probable de la rédaction de la Comédie, privé de charge et de cité.
1321
Mort à Ravenne, sans jamais avoir revu Florence. Le Paradis est achevé peu avant.

La condamnation qui fait naître le poème

Le poète

En 1302, les Guelfes noirs, alliés du pape Boniface VIII, prennent le pouvoir. Dante, rangé chez les blancs, est condamné par contumace au bannissement, puis au bûcher s’il rentre. Il ne reverra jamais Florence et meurt à Ravenne en 1321. C’est cet exil de près de vingt ans qui rend la Comédie possible : privé de charge et de cité, Dante écrit.

Portrait de profil de Dante Alighieri coiffé du chaperon rouge, peint par Sandro Botticelli vers 1495
Portrait de Dante par Sandro Botticelli, vers 1495. Wikimedia Commons

Une œuvre entièrement composée hors de Florence

La critique situe la rédaction entre 1303 et 1321 selon les analyses philologiques, la BnF retient une composition vers 1307-1321. Les trois cantiques paraissent séparément et circulent avant l’achèvement. Le Paradis n’est diffusé qu’après la mort de Dante, ce qui explique une part des incertitudes de datation.

Pourquoi le titre exact est « Comédie », pas « Divine Comédie »

Quatre dates, un malentendu

Le titre définitif, l’objet imprimé et l’auteur appartiennent à trois moments distincts.

av. 1321
Commedia
Le seul titre voulu par Dante lui-même.
1373
« divina »
Boccace lance l’adjectif dans son éloge de Dante.
1472
1re impression
Édition imprimée à Foligno, sans l’épithète.
1555
Titre imposé
L’édition de Ludovico Dolce fixe « Divina Commedia ».
Deux siècles séparent le titre voulu par l’auteur du titre que la postérité a retenu. « Divine » est un ajout de lecteurs, pas de Dante.

« Divine » : un ajout de Boccace, imposé en 1555

L’adjectif vient de Giovanni Boccace, premier grand lecteur et biographe de Dante. Il l’emploie dans son Trattatello in laude di Dante vers 1373, en hommage à la hauteur du sujet. Le mot reste pourtant marginal pendant près de deux siècles.

La locution « Divina Commedia » ne devient courante qu’à partir de la seconde moitié du XVIe siècle. D’après l’Encyclopædia Universalis, c’est la postérité, et non Dante, qui a ajouté l’épithète « divine » à la Comédie. Le titre s’ancre définitivement avec l’édition vénitienne établie par Ludovico Dolce et imprimée par Gabriele Giolito de’ Ferrari en 1555.

De l’imprimé de 1472 à l’édition de référence

Le poème est imprimé pour la première fois en 1472, à Foligno. La Divine Comédie fait ainsi partie des tout premiers grands textes littéraires diffusés par l’imprimerie en Italie. Le titre définitif, l’objet imprimé et l’auteur appartiennent donc à trois moments distincts : Dante écrit avant 1321, l’imprimé arrive en 1472, le titre s’impose en 1555.

La structure du poème : l’obsession du chiffre trois

Une architecture calculée

Symbole du chiffre trois dans la Divine Comédie Trois cercles concentriques et un triangle central, évocation de la structure ternaire du poème 3
3cantiques : Enfer, Purgatoire, Paradis, symétriques d’un bout à l’autre
33chants par cantique, plus un chant d’introduction rattaché à l’Enfer
100chants au total, nombre de perfection dans la symbolique médiévale
3vers par strophe : le tercet à rimes enchaînées, la terza rima

Chaque cantique se clôt sur le même mot : stelle, les étoiles. Un marqueur volontaire de la symétrie recherchée par Dante.

Trois cantiques, cent chants, 14 233 vers

Le poème se divise en trois cantiques : Enfer, Purgatoire, Paradis. Chacun compte 33 chants. Un chant d’introduction, rattaché à l’Enfer, porte le total à 100, nombre de perfection. L’ensemble réunit 14 233 vers. La régularité est presque parfaite d’un cantique à l’autre.

La terza rima, une forme inventée pour l’œuvre

Dante groupe ses vers en tercets d’hendécasyllabes, des strophes de trois vers de onze syllabes. Les rimes s’enchaînent selon le schéma ABA BCB CDC, la terza rima. Cette forme, créée pour la Comédie, tresse le texte en une chaîne continue où chaque tercet annonce le suivant. Chaque cantique se clôt sur le même mot : stelle, les étoiles.

Trois guides pour un seul voyageur

Le voyage dure une semaine, du Vendredi saint au mercredi de Pâques de l’an 1300. Virgile, poète latin, conduit Dante à travers l’Enfer et le Purgatoire. Béatrice prend le relais au seuil du Paradis. Saint Bernard de Clairvaux accompagne les derniers chants vers la vision de Dieu.

La Divine Comédie, acte de naissance de la langue italienne

Le choix qui a tout changé

La norme

Le latin

Langue obligée de toute œuvre savante au début du XIVe siècle. Le prestige littéraire passe par elle.

contre

Le pari de Dante

Le toscan

La langue parlée à Florence. Un geste fondateur, théorisé dans le traité De vulgari eloquentia.

Résultat : l’italien standard actuel descend directement du toscan fixé par la Comédie. Aucun autre écrivain européen n’a autant marqué sa langue nationale.

Le toscan contre le latin

Dante théorise ce choix dans son traité De vulgari eloquentia, rédigé en latin à partir de 1303 et resté inachevé. Écrire un poème d’une telle ambition en langue vulgaire relève du geste fondateur. Avec Pétrarque et Boccace, Dante forme les « trois couronnes » qui imposent le toscan comme langue littéraire.

Une matrice pour l’italien moderne

L’italien standard actuel descend directement du toscan fixé par la Comédie. Aucun autre écrivain européen n’a exercé une influence comparable sur sa langue nationale. C’est ce qui vaut à Dante son surnom : le père de la langue italienne. Au moment de l’unification politique de la péninsule, au XIXe siècle, c’est cette langue littéraire qui sert de socle à l’italien officiel.

Fresque de Domenico di Michelino montrant Dante tenant la Divine Comédie devant Florence, l'Enfer, le mont Purgatoire et les sphères célestes
Dante présente la Comédie à Florence, entre l’Enfer, le Purgatoire et le Paradis. Fresque de Domenico di Michelino, 1465, cathédrale Santa Maria del Fiore. Wikimedia Commons

L’Enfer, le Purgatoire et le Paradis : ce que traverse Dante

Trois royaumes, un seul voyage d’une semaine

I
Enfer
Guide : Virgile
Neuf cercles descendants, du péché le plus léger à la trahison. Lucifer au centre de la Terre.
II
Purgatoire
Guide : Virgile
Une montagne à sept terrasses où les âmes se purifient avant de gagner le ciel.
III
Paradis
Guide : Béatrice
Neuf sphères célestes menant à la vision de Dieu, où saint Bernard prend le relais.

Les neuf cercles de l’Enfer, du plus léger au plus grave

1
Limbes
2
Luxure
3
Gourmandise
4
Avarice
5
Colère
6
Hérésie
7
Violence
8
Fraude
9
Trahison

Les neuf cercles de l’Enfer

La Carte de l'Enfer de Botticelli, entonnoir des neuf cercles descendant vers le centre de la Terre où se tient Lucifer
La Carte de l’Enfer, Sandro Botticelli, l’entonnoir des neuf cercles. Wikimedia Commons

L’Enfer

L’Enfer s’ouvre en neuf cercles concentriques, du moins grave au plus grave. Les premiers accueillent les limbes et les pécheurs par faiblesse, luxurieux, gourmands, avares. Viennent ensuite la violence et la fraude. Au fond, la trahison. Lucifer, prisonnier de la glace au centre de la Terre, broie dans ses trois gueules Judas, Brutus et Cassius, les trois traîtres suprêmes selon Dante.

Une somme du savoir médiéval

La Comédie n’est pas qu’un récit d’outre-tombe. Elle rassemble la théologie, la philosophie, l’astronomie et l’histoire de son temps. Dante y croise des figures antiques comme Ulysse ou Virgile, des personnages historiques comme Charlemagne, et des contemporains florentins. Le poème vaut comme condensé de la vision médiévale du monde.

Une postérité artistique de sept siècles

Une œuvre qui n’a jamais cessé d’irriguer l’art

XVe s.
DessinBotticelli illustre l’intégralité du poème, dont la célèbre Carte de l’Enfer.
1822
PeintureDelacroix peint La Barque de Dante, manifeste du romantisme français.
1889
SculptureRodin achève une première version de La Porte de l’Enfer.
1950
IllustrationDalí reçoit commande d’une centaine d’aquarelles par l’État italien.

Des peintres aux sculpteurs

La peinture

Botticelli en dessine une série d’illustrations dès le XVe siècle. Delacroix peint La Barque de Dante en 1822. Auguste Rodin y puise sa Porte de l’Enfer, achevée dans une première version en 1889. Salvador Dalí réalise une centaine d’aquarelles pour le 700e anniversaire à venir, commandées en 1950 par l’État italien.

La Barque de Dante d'Eugène Delacroix, Dante et Virgile traversant en barque le lac entourant la cité infernale de Dité
La Barque de Dante, Eugène Delacroix, 1822, musée du Louvre. Wikimedia Commons

Un titre repris par Balzac

En littérature, l’écho le plus célèbre est celui d’Honoré de Balzac. Le titre de La Comédie humaine, qui coiffe l’ensemble de son œuvre romanesque, est un hommage direct à Dante. Le geste dit assez l’autorité du modèle florentin sur le roman européen du XIXe siècle.

Le fait notable : les treize chants retrouvés après la mort de Dante

Le fait notable

13 chants

du Paradis manquaient à la mort de Dante en 1321. Voici comment la tradition raconte leur réapparition.

1321
Dante meurt à Ravenne. Les treize derniers chants restent introuvables, la publication semble bloquée.
+8 mois
Selon Boccace, le fils Iacopo voit son père en rêve. Dante lui indique une cache derrière une cloison humide.
Ravenne
Iacopo y retrouve les feuillets manquants, détrempés mais lisibles. Le poème peut être achevé.

À la mort de Dante en 1321, les treize derniers chants du Paradis restent introuvables. Selon une tradition rapportée par Boccace, le fils du poète, Iacopo, aurait vu son père en rêve huit mois plus tard. Dante lui aurait indiqué une cache derrière une cloison de la maison de Ravenne. Iacopo y aurait retrouvé les feuillets manquants, humides mais lisibles, permettant d’achever la diffusion du poème.

Astuce de mémorisation

Tout se ramène au chiffre trois. Trois cantiques, trois guides, trois vers par strophe, trois fois 33 chants plus un prologue. Un repère visuel simple pour l’ancrer : le D de Dante est un 3 retourné. Dès que le nom Dante apparaît, le 3 se déclenche, et toute la structure du poème se reconstruit à partir de lui.

Questions fréquentes sur La Divine Comédie

Qui a réellement ajouté le mot « divine » ?

Boccace, dans son Petit Traité à la louange de Dante vers 1373, environ soixante-dix ans après le début de la composition. Mais l’adjectif reste rare jusqu’au XVIe siècle. C’est l’édition vénitienne de Ludovico Dolce, imprimée par Giolito en 1555, qui l’installe définitivement dans le titre. Dante lui-même n’avait écrit que Commedia.

En quelle année la Divine Comédie a-t-elle été écrite ?

Dante la rédige pendant son exil, sur près de vingt ans. La BnF retient une composition vers 1307-1321, la critique philologique élargit parfois à 1303-1321. Le Paradis n’est achevé qu’à la toute fin, peu avant la mort du poète en 1321. Aucune date unique ne fait consensus, car l’œuvre s’écrit et circule par cantiques successifs.

Combien de vers compte le poème ?

La Divine Comédie réunit 14 233 vers, en tercets d’hendécasyllabes : 4 720 pour l’Enfer, 4 755 pour le Purgatoire, 4 758 pour le Paradis. Ils se répartissent sur 100 chants, 34 pour l’Enfer et 33 pour chacun des deux autres cantiques. Chaque cantique s’achève sur le mot stelle, les étoiles, marqueur volontaire de la symétrie voulue par Dante.

Pourquoi Virgile guide-t-il Dante et pas un autre ?

Dante voyait en Virgile, auteur de l’Énéide, le plus grand poète antique et son maître. Virgile incarne aussi la raison humaine, capable de traverser l’Enfer et le Purgatoire, mais non le Paradis, domaine de la foi. Païen mort avant le Christ, il reste aux limbes et cède sa place à Béatrice au seuil du ciel.

Qui était Béatrice dans la Divine Comédie ?

Béatrice Portinari, une Florentine que Dante aima à distance selon les codes de l’amour courtois. Elle mourut en 1290, à 24 ans. Déjà célébrée dans la Vita Nuova, elle devient dans la Comédie le guide spirituel qui mène Dante vers Dieu. Elle y incarne la grâce divine et la voie du salut.

La Divine Comédie a-t-elle été imprimée du vivant de Dante ?

Non. Dante meurt en 1321, plus d’un siècle avant l’imprimerie européenne. La première édition imprimée paraît à Foligno en 1472. De son vivant et pendant 150 ans, le poème ne circule que sous forme de manuscrits copiés à la main, ce qui a multiplié les variantes et compliqué l’établissement du texte.

Pourquoi Dante a-t-il été condamné à l’exil ?

Florence se déchirait entre Guelfes blancs, partisans de l’autonomie communale, et Guelfes noirs, alliés du pape Boniface VIII. Dante, prieur en 1300, était un blanc. En 1302, en ambassade à Rome, il apprend que les noirs ont pris la ville et l’ont condamné au bannissement, puis au bûcher en cas de retour. Il mourut en exil.

Quelle place la Divine Comédie occupe-t-elle dans la culture italienne ?

Elle est considérée comme le premier grand texte en italien et le socle de la langue nationale. Étudiée dans les écoles de la péninsule, elle a fixé un modèle stylistique repris pendant des siècles. Son influence dépasse la littérature : peinture, sculpture, cinéma et musique y ont puisé sans interruption depuis le XIVe siècle.

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