Littérature & Philosophie
Le Cid a été écrit par Pierre Corneille, dramaturge français né à Rouen en 1606. Cette tragi-comédie en cinq actes et en alexandrins est créée le 7 janvier 1637 au théâtre du Marais, à Paris.
1637
Première représentation
5 actes
En alexandrins
1647
Corneille à l’Académie
Corneille a trente ans quand la pièce le rend célèbre en une soirée. Avant elle, six comédies au succès modéré. Après elle, un statut de maître du théâtre français et un adjectif entré dans la langue.
Le sujet n’est pas de lui. Corneille l’emprunte à une pièce espagnole de Guillén de Castro, ce qui lui vaudra des accusations de plagiat retentissantes. La suite raconte comment un texte pillé chez un autre est devenu un monument national.
Ce fait et des centaines d’autres à retenir durablement sur l’app Kultra.
Pierre Corneille, l’auteur derrière la pièce
Le dramaturge
Pierre Corneille naît à Rouen le 6 juin 1606, dans une famille de magistrats. Formé au droit, il devient avocat du roi dès 1628. La robe l’ennuie. Il bascule vers le théâtre avec une comédie, Mélite, jouée en 1629.
Un débutant sans coup d’éclat avant 1637
Entre 1629 et 1636, Corneille signe une série de pièces à l’accueil poli : Clitandre, La Veuve, La Galerie du Palais, La Suivante, La Place royale, puis L’Illusion comique. Aucune ne le distingue vraiment de ses contemporains. Le Cid est sa neuvième pièce et son premier séisme.
Rouen contre Paris, une carrière à distance
Corneille écrit depuis Rouen, loin des salons parisiens où se joue la reconnaissance. Cet éloignement lui coûte deux échecs à l’Académie française avant son élection au fauteuil 14, le 22 janvier 1647. Il finira doyen de l’institution, mais gardera toute sa vie une réputation d’homme de province jalousé par la capitale.
Quand Le Cid a-t-il été écrit et créé ?
1636
année de composition, souvent confondue avec la création
La pièce est composée en 1636 et créée sur scène début janvier 1637 au théâtre du Marais, par la troupe de Montdory, qui tient lui-même le rôle de Rodrigue. La première édition imprimée paraît la même année. Corneille en publiera deux versions remaniées, en 1648 puis en 1660.
Une confusion fréquente sur la date
Le jour exact de la première reste discuté : les sources oscillent entre le 5 et le 7 janvier 1637, cette dernière date étant la plus couramment retenue en France. Beaucoup situent aussi Le Cid en 1636, année de composition. L’écart tient au décalage habituel entre écriture, création et publication, et à l’absence de registre théâtral précis pour cette soirée.
Une source espagnole assumée
L’emprunt fondateur
Corneille ne prétend pas avoir inventé son intrigue. Il la reprend des Mocedades del Cid, comedia du dramaturge valencien Guillén de Castro, publiée en 1618. Corneille lit l’espagnol et transpose le canevas : Rodrigue, jeune noble castillan, doit venger l’honneur de son père en tuant en duel le père de Chimène, sa fiancée.
Le vrai Cid derrière le personnage
Le héros n’est pas une invention non plus. Rodrigo Díaz de Vivar, né vers 1043 et mort en 1099, fut un chevalier castillan devenu seigneur de Valence. Sa figure est mythifiée dès le XIIe siècle par le Cantar de mio Cid, la plus ancienne épopée castillane conservée. Corneille hérite donc d’un matériau déjà légendaire, filtré par Castro.
Ce que Corneille change vraiment
La transposition n’est pas une copie. Corneille resserre l’action, concentre le conflit sur le dilemme amour-honneur et donne à Chimène une épaisseur morale absente de sa source. C’est cette réécriture qui fera dire à ses défenseurs qu’il a fait mieux que l’original, et à ses adversaires qu’il a volé un texte étranger.
La Querelle du Cid, un triomphe qui vire au scandale
Près d’un an de guerre de plumes
Triomphe public. Louis XIII fait jouer la pièce cinq fois à la cour. Le 27 janvier, le roi anoblit le père de Corneille.
L’étincelle. Corneille publie l’Excuse à Ariste et se couronne lui-même, ce qui heurte la république des lettres.
Accusation de plagiat. Jean Mairet signe une épître anonyme et somme Corneille de rendre son Cid espagnol.
Le réquisitoire. Georges de Scudéry publie ses Observations sur le Cid : quatre griefs, des règles au plagiat.
L’arbitrage. L’Académie française rend ses Sentiments sur le Cid, rédigés par Jean Chapelain.
Verdict nuancé : l’accusation de plagiat est écartée, mais l’Académie donne raison à Scudéry sur les règles, tout en reconnaissant à la pièce « un agrément inexplicable ».
Le succès est immédiat et démesuré. Le public se presse, Louis XIII fait jouer la pièce trois fois au Louvre et deux fois chez Richelieu. Le 27 janvier 1637, le roi anoblit le père de Corneille. Cette gloire soudaine déclenche une guerre de plumes qui durera près d’un an.
L’étincelle : l’orgueil de Corneille
Le 20 février 1637, Corneille publie l’Excuse à Ariste, une épître en vers où il célèbre son propre génie. Cette arrogance affichée met le feu aux poudres. Se couronner soi-même heurte frontalement la république des lettres, seule habilitée, selon l’usage, à sacrer un poète.
L’accusation de plagiat de Jean Mairet
En mars 1637, Jean Mairet riposte par une épître anonyme signée « l’Auteur du vrai Cid espagnol ». Il accuse Corneille d’avoir pillé Castro. Corneille répond par un rondeau cinglant, refusant tout débat.
Le réquisitoire de Scudéry et l’arbitrage de l’Académie
Le 1er avril 1637, Georges de Scudéry publie ses Observations sur le Cid. Quatre griefs : sujet sans valeur, mépris des règles dramatiques, vers médiocres, beautés dérobées à l’Espagnol. Faute d’accord, Scudéry saisit en juin la toute jeune Académie française, fondée deux ans plus tôt par Richelieu. En décembre 1637, l’institution rend ses Sentiments sur la tragi-comédie du Cid, rédigés par Jean Chapelain : l’accusation de plagiat est écartée, mais elle donne raison à Scudéry sur les règles.
De la tragi-comédie à la tragédie
1637
Tragi-comédie
Étiquette d’origine, justifiée par le dénouement heureux : les amants ne meurent pas, le mariage est promis.
1648
Tragédie
Reclassement sans refonte de l’intrigue. Corneille allège l’humour et rapproche le texte des règles classiques.
À sa création en 1637, Corneille qualifie Le Cid de tragi-comédie, en raison de son dénouement heureux. Dans l’édition de 1648, il reclasse la pièce en tragédie, sans en modifier l’intrigue centrale.
Un même texte, deux étiquettes
Ce glissement révèle une bascule des goûts plus qu’une refonte. Ce n’est pas la pièce qui change, c’est la perception des genres qui évolue vers le classicisme. Corneille remanie certains vers et allège l’humour du premier acte, mais le cœur de l’œuvre reste intact. Retenir « tragi-comédie » pour 1637 et « tragédie » à partir de 1648 évite l’erreur la plus répandue sur le sujet.
Ce que Le Cid a changé pour Corneille et la langue
Le mot légué à la langue
cornélien, ienne
Le devoir
Venger l’honneur de son père en tuant le père de Chimène
L’amour
Épouser Chimène et renoncer à la vengeance familiale
Le dilemme cornélien : un choix déchirant entre deux devoirs également légitimes, dont aucune issue n’est indolore. Le seul nom d’auteur français devenu un adjectif d’usage courant.
Le triomphe ouvre la grande période cornélienne. Suivent Horace en 1640, Cinna en 1641, Polyeucte en 1643, Rodogune en 1644, Nicomède en 1651. Corneille domine la scène tragique avant l’arrivée de Racine.
La naissance de l’adjectif « cornélien »
Aucune autre pièce française n’a donné un mot d’usage courant à ce point. Un dilemme cornélien désigne un choix déchirant entre deux devoirs également légitimes, typiquement l’amour et l’honneur. L’expression naît directement de la situation de Rodrigue, sommé de choisir entre venger son père et épouser Chimène. Elle entre dans la langue au XVIIIe siècle et s’emploie toujours aujourd’hui.
Une œuvre longue de plus de quarante ans
Corneille signe une trentaine de pièces entre Mélite en 1629 et Suréna en 1674 : comédies de jeunesse, tragi-comédies, tragédies romaines et chrétiennes, une tragédie-ballet, Psyché, co-écrite en 1671 avec Molière et Quinault. Il meurt à Paris le 1er octobre 1684, doyen de l’Académie. Son frère Thomas lui succède au fauteuil.
Astuce de mémorisation
CORNEille écrit le CID : les deux mots claquent sur un C dur. Visualisez une corneille noire perchée sur une épée espagnole, qui croasse « Cid ! Cid ! ». L’oiseau donne l’auteur, l’épée donne le décor castillan.
Pour la date, 1637 : le père humilié reçoit un soufflet (16), puis le duel tranche l’affaire trois-sept ans plus tôt dans la carrière de Rodrigue.
Le savais-tu ?
Le mot « Cid » vient de l’arabe sayyid, « seigneur ». Ce sont les Maures d’Espagne qui l’attribuèrent par respect à Rodrigo Díaz de Vivar. Le personnage historique combattit d’ailleurs aussi bien pour des rois chrétiens que pour des émirs musulmans, loin de l’image du héros purement castillan que la pièce impose.
Un texte emprunté à l’Espagne, accusé de plagiat, censuré par l’Académie, devenu le sommet du théâtre français et la source d’un adjectif.
Corneille
Auteur du Cid, 1606-1684
7 janv. 1637
Création au théâtre du Marais
Cornélien
Le mot légué à la langue
Retenir les classiques sans les relire
Les dates, les œuvres, les auteurs : l’essentiel de la littérature française en 15 min/jour sur l’app Kultra.
Questions fréquentes sur l’auteur du Cid
En quelle année Le Cid a-t-il été écrit ?
Pourquoi Le Cid est-il devenu une tragédie ?
Corneille a-t-il vraiment plagié Le Cid ?
Qui était le vrai Cid historique ?
Que signifie l’adjectif cornélien ?
Quel fut le grand rival de Corneille ?
Combien de pièces Corneille a-t-il écrites ?
Fiches associées
← Voir toutes les fiches Littérature & PhilosophieSources
- Académie française, notice officielle de Pierre Corneille, élection au fauteuil 14 le 22 janvier 1647
- Encyclopédie Larousse, datation de la création du Cid en 1637 et source des Mocedades del Cid
- Bibliothèque nationale de France, notice d’autorité liant Corneille à l’œuvre Le Cid
- Banque de données AGON, Sorbonne Université, chronologie détaillée de la Querelle du Cid
- Lelivrescolaire.fr, textes de la Querelle du Cid : Scudéry, Chapelain, Avertissement de Corneille
- Wikipédia, Sentiments de l’Académie sur le Cid et remaniements successifs de la pièce
À propos de l’auteur
Fiche rédigée par Alan Chevereau, consultant SEO. Vérification des dates, des attributions et des sources institutionnelles avant publication, dans la logique de rigueur factuelle de Kultra.