Vingt années de doutes, une lettre d’Alfred Russel Wallace, et 1 250 exemplaires épuisés en un jour à Londres.
Charles Darwin est l’auteur de On the Origin of Species, traduit en français par De l’origine des espèces. Le naturaliste anglais publie le livre le 24 novembre 1859 à Londres chez l’éditeur John Murray. Cet ouvrage fonde la théorie de l’évolution par la sélection naturelle.
L’essentiel à savoir sur Darwin et L’Origine des espèces
Charles Robert Darwin publie L’Origine des espèces le jeudi 24 novembre 1859 à Londres, chez l’éditeur John Murray, au prix de quinze shillings. Le titre complet est interminable : On the Origin of Species by Means of Natural Selection, or the Preservation of Favoured Races in the Struggle for Life. Le tirage initial de 1 250 exemplaires est intégralement réservé dès la veille au catalogue d’automne de l’éditeur. Mudie’s Library en prend 500, garantissant une diffusion massive auprès des abonnés de cette bibliothèque de prêt londonienne.
Le livre est l’aboutissement d’une maturation de vingt-deux ans. Darwin conçoit sa théorie dès 1837, au retour de son voyage de cinq ans à bord du HMS Beagle. Il rédige un premier croquis en 1842, un essai plus développé en 1844, mais refuse de publier. Crainte du scandale religieux, perfectionnisme scientifique, soucis de santé : les raisons du retard se cumulent. Il faudra une lettre d’Alfred Russel Wallace en juin 1858 pour précipiter la publication, deux naturalistes ayant indépendamment formulé la même hypothèse.
Tout ce volume est un long argument.
Cette autoréférence du dernier chapitre dit tout de la structure rhétorique du livre. Darwin ne propose pas une démonstration mathématique, il accumule les faits. Variations sous domestication des pigeons, distribution géographique des espèces dans les archipels isolés, archives fossiles, hybridations, embryologie : chaque chapitre apporte un faisceau de preuves convergentes. Cette méthode, appelée « consilience » par le philosophe William Whewell, sera reprise dans toute la science moderne. L’argument cumulatif remplace la déduction pure.
De la Beagle à Westminster, six dates clés
L’épisode Wallace mérite l’attention. Quand Darwin reçoit le 18 juin 1858 le manuscrit du jeune naturaliste depuis l’archipel malais, il croit voir vingt ans de travail s’écrouler. Charles Lyell et Joseph Hooker organisent in extremis la solution diplomatique : présenter conjointement les deux théories à la Linnean Society de Londres le 1er juillet 1858. Darwin n’assiste pas à la séance, son fils Charles Waring vient de mourir de la scarlatine. Wallace, en Indonésie, n’est même pas prévenu. Cette double paternité officielle pousse Darwin à accélérer.
Lamarck contre Darwin, deux mécanismes opposés
Lamarck, Philosophie zoologique (1809)
Darwin, Origin of Species (1859)
L’opposition est conceptuelle. Pour Lamarck, l’évolution suit une nécessité interne, comme si l’organisme s’efforçait de progresser. Pour Darwin, elle résulte d’un tri aveugle parmi des variations aléatoires. La synthèse moderne du XXe siècle, dite « néo-darwinisme » ou théorie synthétique de l’évolution, intègre la génétique mendélienne pour expliquer les mécanismes de variation : mutations, recombinaisons, dérive génétique. Darwin, qui ignorait les travaux contemporains de Mendel publiés en 1866, n’avait pas la pièce manquante du puzzle.
Le mot « évolution » absent du livre original
Détail surprenant : le mot « evolution » n’apparaît pas dans la première édition de 1859. Darwin parle de « descent with modification », descendance avec modification. Le terme évolution, qui prenait dans la science britannique un sens embryologique (développement de l’embryon), ne lui semblait pas approprié. Il faut attendre la sixième édition de 1872 pour qu’il l’utilise. Le dernier mot du livre, en revanche, est resté célèbre : « evolved », évoluées, dans la phrase finale célébrant la grandeur de la vie.
Cette pudeur lexicale s’accompagne d’une autre prudence remarquable. Le livre évite soigneusement la question humaine. Darwin ne traite pas explicitement de l’origine de l’homme dans l’Origin, malgré l’évidente conséquence de sa théorie. Il faudra attendre 1871 et The Descent of Man pour qu’il aborde frontalement le sujet, écrivant que « l’homme, avec toutes ses nobles qualités, porte encore dans sa structure corporelle l’empreinte indélébile de son humble origine ». La démarche progressive a permis d’amortir le choc.
De la jungle à la culture pop, l’empreinte darwinienne
Aucun livre scientifique n’a autant marqué la culture populaire. Le mot « darwinisme » entre dans toutes les langues. La caricature de Darwin en singe, popularisée dès 1871 par les magazines satiriques comme Punch et La Petite Lune, devient l’une des icônes visuelles du XIXe siècle. L’expression « survival of the fittest », « survie du plus apte », forgée en 1864 par Herbert Spencer mais que Darwin reprendra dans la cinquième édition, se diffuse bien au-delà de la biologie : économie, sociologie, justifications politiques discutables des inégalités sociales.
L’impact contemporain reste massif. Le livre est traduit en au moins 29 langues et compte plus de 250 éditions en anglais. Un exemplaire de la première édition s’est vendu 103 000 livres sterling chez Christie’s en 2009, année du bicentenaire de la naissance de Darwin et du cent-cinquantenaire de l’Origin. La Royal Society britannique a élevé Darwin au rang de membre quelques mois après la parution. Sa sépulture à Westminster Abbey, à côté de Newton, scelle son entrée définitive dans le panthéon scientifique.
L’Origine des espèces a été écrit par Charles Darwin
Publié à Londres le 24 novembre 1859, fondateur de la théorie de l’évolution par sélection naturelle.
Astuce de mémorisation
Penser à DARWIN = De Archipel des Galápagos Retourne World Inspiration Naturelle. Et 1859 = 18 ans entre la fin du Beagle (1836) et 1854, et 59 = âge presque atteint à la publication. Vingt-deux ans de prudence, une lettre de Wallace, et tout bascule en cinq mois.
Ce fait et des centaines d’autres à retenir durablement sur l’app Kultra.
L’unique illustration de la première édition est un arbre phylogénétique abstrait placé entre les pages 116 et 117. Ce diagramme représente la divergence des espèces au cours du temps géologique, sans nom, sans légende précise. Darwin l’a dessiné pour visualiser comment une forme ancestrale unique peut donner naissance à des espèces multiples par accumulation de petites différences. Cette image schématique est devenue l’un des dessins scientifiques les plus reproduits de l’histoire.
Questions fréquentes sur Darwin et L’Origine des espèces
Quel est le titre exact du livre de Darwin ?
Le titre complet de la première édition est On the Origin of Species by Means of Natural Selection, or the Preservation of Favoured Races in the Struggle for Life. La sixième édition de 1872 abandonne le « On » initial et devient simplement The Origin of Species. En français, on parle généralement de L’Origine des espèces, parfois précédé de l’article « De ».
Combien de temps Darwin a-t-il mis à écrire son livre ?
Darwin a conçu sa théorie dès 1837, après son retour du voyage du Beagle. Il a rédigé un premier croquis en 1842, un essai en 1844, mais a refusé de publier pendant vingt-deux ans. La rédaction finale, accélérée par la lettre de Wallace de 1858, n’a duré qu’un peu plus d’un an. Le livre lui-même est présenté comme un « abstract » d’une œuvre plus vaste jamais terminée.
Pourquoi Darwin a-t-il attendu 22 ans pour publier ?
Plusieurs raisons se cumulent. Darwin craignait le scandale religieux dans une Angleterre victorienne profondément chrétienne. Il voulait perfectionner sa démonstration et accumuler des preuves irréfutables. Sa santé fragile et la mort de plusieurs de ses enfants ont aussi joué. Sa femme Emma, profondément pieuse, l’inquiétait également. Seule la lettre de Wallace l’a forcé à agir.
Qui est Alfred Russel Wallace ?
Naturaliste anglais né en 1823, mort en 1913. Travaillant dans l’archipel malais, il a indépendamment conçu la théorie de la sélection naturelle et l’a envoyée à Darwin par courrier en juin 1858. Lyell et Hooker ont organisé une présentation conjointe à la Linnean Society de Londres le 1er juillet 1858. Wallace est ainsi le co-découvreur officiel de la théorie de l’évolution.
Combien d’exemplaires se sont vendus dès la sortie ?
Les 1 250 exemplaires du premier tirage ont été pris en une journée par les libraires londoniens dès le 22 novembre 1859, deux jours avant la sortie publique officielle. Mudie’s Library, la plus grande bibliothèque de prêt britannique, en a réservé 500. Une deuxième édition de 3 000 exemplaires a été lancée le 7 janvier 1860, à peine sept semaines après la première.
Comment l’Église a-t-elle réagi à L’Origine des espèces ?
La réaction la plus célèbre est le débat d’Oxford du 30 juin 1860, opposant l’évêque Samuel Wilberforce à Thomas Henry Huxley, surnommé « le bouledogue de Darwin ». Wilberforce demanda ironiquement à Huxley s’il descendait du singe par sa grand-mère ou son grand-père. Huxley répondit qu’il préférait descendre d’un singe que d’un évêque qui dénaturait la vérité scientifique.
Le mot évolution apparaît-il dans le livre ?
Pas dans la première édition de 1859. Darwin emploie l’expression « descent with modification », descendance avec modification. Le mot evolution n’apparaît qu’à partir de la sixième édition de 1872. En revanche, le tout dernier mot du livre est « evolved », évoluées, dans la phrase finale célèbre sur la grandeur de la vie sortant de formes simples.
Quel rôle ont joué les Galápagos dans la théorie ?
Lors de l’escale du Beagle aux Galápagos en septembre-octobre 1835, Darwin a observé que chaque île abritait des variétés différentes de pinsons et de tortues. Cette diversification dans un même archipel l’a frappé. Mais l’analyse approfondie n’a eu lieu qu’après son retour, avec l’aide de l’ornithologue John Gould qui a identifié treize espèces de pinsons distinctes là où Darwin pensait voir une seule espèce.
Combien d’éditions sont parues du vivant de Darwin ?
Six éditions anglaises se sont succédé entre 1859 et 1872. Chaque édition apportait des corrections, des ajouts, parfois des reculs face aux critiques. La sixième édition de 1872 est considérée comme le texte définitif. Le livre a été traduit dès 1860 en allemand par Heinrich Bronn et en 1862 en français par Clémence Royer, première traductrice qui ajouta des notes très polémiques.
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Sources
- InstitutionnelSmithsonian Libraries, On the origin of species published today in 1859, fonds patrimonial.
- InstitutionnelNational Library of Medicine, First editions of Origin of Species, étude bibliographique.
- AcadémiqueAustralian National University, 24 November 1859 First Publication, analyse historique.
- AcadémiqueInternet Archive, On the origin of species, première édition 1859, fac-similé numérisé.
- MédiaEBSCO Research, Origin of Species by Charles Darwin, contexte et impact.
- MédiaWikisource, On the Origin of Species 1859, texte intégral première édition.
- WikipédiaL’Origine des espèces, article général, contexte français de réception.