Qui a écrit « Ainsi parlait Zarathoustra » ?

La réponse

Friedrich Nietzsche

« Ainsi parlait Zarathoustra » a été écrit par le philosophe allemand Friedrich Nietzsche, publié en quatre parties entre 1883 et 1885. Il tenait ce poème philosophique pour son œuvre majeure.

1883-1885

Publication en 4 parties

40

Exemplaires de la 4e partie

1892

1re édition complète réunie

Derrière ce titre biblique se cache un philosophe qui n’a rien d’un prophète religieux. Nietzsche y condense ses idées les plus radicales, le surhomme et l’éternel retour, dans une forme qui ne ressemble à aucun autre livre de philosophie.

Le titre trompe. Zarathoustra n’est pas Nietzsche, mais un porte-parole emprunté à Zoroastre, prophète perse fondateur du zoroastrisme. Ce choix est une provocation calculée : le premier penseur à avoir séparé le Bien et le Mal revient, sous la plume de Nietzsche, pour renverser cette morale même.

Autre confusion fréquente : l’œuvre n’est ni un traité ni un essai. C’est un poème philosophique, écrit dans un style biblique qui imite le phrasé des Écritures. Cette forme narrative explique pourquoi tant de lecteurs la citent sans jamais l’avoir finie.

Ce fait et des centaines d’autres à retenir durablement sur l’app Kultra.

Friedrich Nietzsche, l’auteur derrière Zarathoustra

Portrait photographique de Friedrich Nietzsche en 1882, auteur d'Ainsi parlait Zarathoustra
Friedrich Nietzsche en 1882. Gustav Schultze, Wikimedia Commons

L’auteur

Formé à la philologie classique, professeur à Bâle à seulement 24 ans, Nietzsche quitte l’université pour penser librement. Zarathoustra naît de cette rupture, au sommet de sa puissance intellectuelle, quelques mois avant « Par-delà le bien et le mal ».

Un philosophe allemand du XIXe siècle

Friedrich Nietzsche naît en 1844 à Röcken, en Saxe. Ancien professeur de philologie classique à l’université de Bâle, il abandonne la chaire pour se consacrer à la philosophie. « Ainsi parlait Zarathoustra » s’inscrit dans sa période de pleine maturité intellectuelle, juste avant « Par-delà le bien et le mal » (1886).

L’œuvre qu’il considérait comme la sienne

Nietzsche plaçait ce livre au-dessus de tout le reste de sa production. Dans son autobiographie « Ecce Homo », il le décrit comme un texte à part, presque dicté. Il le présente même comme un « cinquième évangile », voulant l’égaler aux poèmes de Goethe, à Dante et aux textes de Luther.

Un livre écrit par accès de dix jours

Chacune des trois premières parties aurait été composée en une dizaine de jours, lors de longues marches en montagne et au bord de la Méditerranée. Nietzsche évoque un état d’inspiration extrême, presque involontaire. Cette rédaction fulgurante nourrit la légende du texte comme révélation plus que comme construction.

Que signifie le titre « Ainsi parlait Zarathoustra » ?

« Also sprach Zarathustra »

Ainsi parlait Zarathoustra
1

Une formule biblique

Le titre clôt presque chaque discours du personnage, calquant la solennité des livres sacrés.

2

Zoroastre détourné

Zarathoustra est le nom perse de Zoroastre, inventeur du dualisme Bien/Mal, ici retourné contre lui-même.

3

« Pour tous et pour personne »

Le sous-titre dit l’ambition universelle et l’échec attendu auprès des contemporains.

Zoroastre tenant un globe céleste, détail de L'École d'Athènes peinte par Raphaël
Zoroastre, détail de L’École d’Athènes de Raphaël. Wikimedia Commons

Le prophète perse

Le vrai Zoroastre aurait vécu en Iran vers le premier millénaire avant notre ère. Raphaël le représente ici, globe céleste en main, dans « L’École d’Athènes ». Cette figure de sage réformateur, plus que sa doctrine, est ce que Nietzsche retient et retourne contre elle-même.

Une formule à valeur biblique

Le titre allemand, « Also sprach Zarathustra », clôt presque chaque discours du personnage. Il calque volontairement la solennité des livres sacrés, où un prophète délivre sa parole. Nietzsche adopte ce ton prophétique pour mieux le détourner : son prophète annonce la mort de Dieu, pas son règne.

Zarathoustra, un prophète perse détourné

Zarathoustra est le nom perse de Zoroastre, fondateur d’une religion dualiste opposant un principe du bien à un principe du mal. Nietzsche choisit précisément celui qui a inventé cette opposition morale pour lui faire dire l’inverse. Le geste est ironique et central dans le projet du livre.

Le sous-titre, clé de lecture

« Un livre pour tous et pour personne » : la formule dit l’ambition et l’échec attendu. Universel dans sa portée, le texte s’adresse à chacun tout en supposant qu’aucun contemporain ne le comprendra vraiment. Nietzsche assume cette destination paradoxale.

Les grandes idées du livre

Les trois piliers de la pensée

Übermensch

Le surhomme

L’être qui se dépasse, crée ses propres valeurs et dit oui à la vie. Un pont tendu entre la bête et le surhumain.

Ewige Wiederkunft

L’éternel retour

Accepterais-tu de revivre ta vie identique, à l’infini ? Un test posé à la volonté, souffrances comprises.

Wille zur Macht

Volonté de puissance

La force d’affirmation et de création, une fois Dieu déclaré mort et les valeurs à réinventer soi-même.

Ces trois idées ne s’exposent jamais comme un système : elles surgissent en paraboles, portées par la voix de Zarathoustra descendu de sa montagne.

Le surhomme (Übermensch)

Zarathoustra descend de sa montagne pour enseigner le surhomme : l’être qui se dépasse, crée ses propres valeurs et dit oui à la vie. La formule célèbre du prologue résume tout : l’homme est un pont, une corde tendue entre la bête et le surhumain, au-dessus d’un abîme. Le surhomme n’est ni un dictateur ni un modèle biologique, mais un idéal de dépassement.

L’éternel retour

C’est la pensée la plus difficile du livre, celle que Zarathoustra hésite longtemps à formuler. Elle pose une question morale : accepterais-tu de revivre ta vie identique, à l’infini ? Aimer la vie, chez Nietzsche, c’est vouloir son retour éternel, souffrances comprises. L’idée sert de test à la volonté.

La mort de Dieu et la volonté de puissance

Le livre prolonge la formule lancée dans « Le Gai Savoir » : Dieu est mort. Sans fondement divin, l’homme doit créer lui-même ses valeurs. La volonté de puissance, troisième grande idée, désigne cette force d’affirmation et de création plutôt qu’un simple désir de domination.

Une œuvre publiée en quatre parties

Chronologie de parution

Mai 1883

1re partie, chez Schmeitzner à Chemnitz

Sept. 1883

2e partie, même éditeur

Avr. 1884

3e partie, même éditeur

Avr. 1885

4e partie, 40 exemplaires privés

Les quatre parties ne sont réunies qu’en 1892, dans la première édition complète, après l’effondrement mental de Nietzsche.

Page de titre d'une édition ancienne d'Ainsi parlait Zarathoustra en trois parties
Page de titre historique de l’œuvre. Wikimedia Commons

La page de titre

« Un livre pour tous et pour personne » : le sous-titre figure sur chaque page de titre. Les premières éditions ne portaient aucune date et distinguaient les parties par un simple chiffre en couverture. La bibliophilie de l’œuvre reflète sa diffusion chaotique, morceau par morceau.

La chronologie de publication

La première partie paraît en mai 1883 chez Ernst Schmeitzner, à Chemnitz. La deuxième suit en septembre 1883, la troisième en avril 1884, chez le même éditeur. Les trois premières parties forment un ensemble cohérent, publié au fil de l’inspiration de Nietzsche.

La quatrième partie, presque secrète

La quatrième partie a un statut particulier. Nietzsche la fait imprimer à ses frais chez C. G. Naumann, à Leipzig, en avril 1885, à quarante exemplaires seulement. Le manuscrit portait la mention « pour mes amis seulement et non pour le public ». Il la jugeait trop personnelle et recommandait à ses rares destinataires une discrétion absolue.

Cette diffusion confidentielle explique pourquoi certaines éditions anciennes ne comptaient que trois parties. La première édition complète des quatre parties réunies ne paraît qu’en 1892, après l’effondrement mental de Nietzsche.

Pourquoi cette œuvre reste un piège de culture générale

La réponse intuitive fausse

Attribuer le livre à Zarathoustra lui-même, ou confondre le personnage avec le Zoroastre historique fondateur du zoroastrisme.

La bonne réponse

Friedrich Nietzsche. Zarathoustra n’est qu’un masque littéraire, un porte-voix inventé pour porter une philosophie qui n’est pas celle du prophète perse.

Portrait du compositeur Richard Strauss en 1922, auteur du poème symphonique inspiré de Nietzsche
Richard Strauss en 1922. Ferdinand Schmutzer, Wikimedia Commons

L’écho musical

Voici Richard Strauss en 1922. Vingt-six ans plus tôt, il créait à Francfort son poème symphonique de trente-trois minutes, dont seules les premières mesures ont traversé le siècle. Karajan et le Philharmonique de Vienne les enregistreront pour la bande-son du film de Kubrick.

La confusion auteur / personnage

Le piège classique consiste à attribuer le livre à Zarathoustra lui-même, ou à confondre le personnage avec Zoroastre historique. La bonne réponse en quiz reste Nietzsche : Zarathoustra n’est qu’un masque littéraire, un porte-voix inventé pour porter une philosophie qui n’est pas celle du prophète perse.

L’écho dans la musique et le cinéma

Le titre a irrigué la pop culture. Le poème symphonique de Richard Strauss, « Also sprach Zarathustra » (1896), ouvre par une fanfare devenue mondialement célèbre grâce au film « 2001, l’Odyssée de l’espace » de Stanley Kubrick (1968). Beaucoup connaissent ces premières notes sans savoir qu’elles renvoient au livre de Nietzsche.

Astuce de mémorisation

Pour retenir l’auteur, associez les initiales : « Nietzsche a Nommé son prophète ». Le N de Nietzsche appelle le N d’une œuvre où il se cache derrière un masque. Et pour la date, retenez « 83 à 85 » comme un court intervalle de trois ans : de la première partie à la dernière, tirée à quarante exemplaires.

Retenir Nietzsche pour de bon

Un auteur, quatre parties, trois idées maîtresses. Assez pour ne plus jamais tomber dans le piège. 15 min/jour suffisent pour ancrer durablement l’essentiel de la culture générale.

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Questions fréquentes sur « Ainsi parlait Zarathoustra »

Qui est vraiment Zarathoustra dans le livre ?

Zarathoustra est un personnage fictif que Nietzsche modèle sur Zoroastre, prophète perse fondateur du zoroastrisme. Dans le livre, il descend de sa montagne après dix ans de solitude pour enseigner aux hommes. Il sert de porte-parole à Nietzsche, mais ne défend pas les idées du Zoroastre historique. C’est même l’inverse, ce qui fait tout le sel du choix.

Combien de parties compte l’ouvrage ?

L’œuvre compte quatre parties, publiées entre 1883 et 1885. Les trois premières ont paru successivement chez le même éditeur. La quatrième, tirée à quarante exemplaires seulement et diffusée en privé, n’a rejoint les autres qu’en 1892 dans la première édition complète. Certaines vieilles éditions ne présentaient donc que trois parties.

Pourquoi le livre est-il écrit comme un poème ?

Nietzsche voulait rompre avec le traité philosophique classique. Il opte pour un style biblique, fait de paraboles, de chants et de métaphores. Cette forme lyrique porte des idées d’une grande rigueur, mais sous un habillage narratif. Le procédé rend le texte mémorable et déroutant, souvent cité par fragments plutôt que lu en entier.

Que veut dire « un livre pour tous et pour personne » ?

Ce sous-titre exprime un paradoxe voulu. Le livre s’adresse à l’humanité entière par son ambition universelle, mais Nietzsche estimait qu’aucun de ses contemporains ne le comprendrait vraiment. Il visait donc tout le monde en principe, personne en pratique. La formule annonce d’emblée la solitude de l’auteur face à son œuvre.

Quel est le lien avec « 2001, l’Odyssée de l’espace » ?

Le film de Kubrick n’adapte pas le livre. Il emprunte l’ouverture du poème symphonique de Richard Strauss, lui-même inspiré par Nietzsche et composé en 1896. La fanfare initiale accompagne les scènes les plus célèbres du film. Ce lien indirect explique pourquoi tant de gens connaissent le titre sans avoir lu une seule ligne du texte.

Nietzsche croyait-il au surhomme comme race supérieure ?

Non. Le surhomme nietzschéen désigne un idéal de dépassement individuel et de création de valeurs, pas une catégorie biologique ni raciale. Cette lecture déformée vient surtout des récupérations postérieures, notamment de sa sœur Elisabeth. Chez Nietzsche, l’Übermensch est celui qui maîtrise ses instincts et affirme la vie, loin de toute doctrine de domination d’un peuple.

Où se situe ce livre dans l’œuvre de Nietzsche ?

Nietzsche le voyait comme le cœur de sa philosophie. Il présentait « Le Gai Savoir » comme son prélude et « Par-delà le bien et le mal » comme son commentaire. « Ainsi parlait Zarathoustra » concentre en récit ce que les autres livres développent en analyse. C’est le pivot autour duquel s’organise toute la pensée de sa maturité.

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