En quelle année le traité de Rome est-il signé ?

Histoire · Réponse

Le traité de Rome est signé le 25 mars 1957, à Rome, par six États européens. Il institue la Communauté économique européenne et constitue, avec le traité Euratom signé le même jour, l’acte fondateur de la construction qui mènera à l’Union européenne.

6
États fondateurs signataires
2
Traités signés le même jour
1ᵉʳ janv. 1958
Entrée en vigueur

L’échec de la Communauté européenne de défense en 1954, rejetée par le Parlement français, avait gelé toute ambition politique commune. Deux ans plus tard, six pays choisissent le terrain économique, jugé moins clivant, pour relancer le projet. Le rapport Spaak d’avril 1956 sert de matrice aux négociations menées au château de Val Duchesse pendant neuf mois.

La confusion la plus fréquente porte sur le nom lui-même. On parle couramment du « traité de Rome » au singulier, alors que deux textes distincts sont paraphés le 25 mars 1957 : le traité CEE et le traité Euratom. La suite détaille la date exacte, les signataires, le contenu et l’héritage de ces deux textes.

L’essentiel à savoir

Traité instituant la CEE

Fiche d’identité de l’acte fondateur signé au Capitole

Date de signature

25 mars 1957, salle des Horaces et des Curiaces

Lieu

Palazzo dei Conservatori, colline du Capitole, Rome

Signataires

Belgique, France, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, RFA

Entrée en vigueur

1ᵉʳ janvier 1958, après ratification des six parlements

248

articles composent le texte du traité CEE, établissant marché commun, union douanière et libre circulation.

Le 25 mars 1957, dans la salle des Horaces et des Curiaces du Palazzo dei Conservatori, six ministres des Affaires étrangères apposent leur signature sur deux textes qui réorientent durablement le continent. Le premier institue la Communauté économique européenne, le second crée Euratom, dédié à l’énergie nucléaire civile.

Cérémonie de signature du traité de Rome au Capitole le 25 mars 1957, six délégations européennes réunies
Signature au Capitole, 25 mars 1957. © Wikimedia Commons

La Belgique, la France, l’Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas et la République fédérale d’Allemagne s’engagent dans un projet d’intégration douanière, agricole et commerciale. Ces six pays formaient déjà la Communauté européenne du charbon et de l’acier depuis 1951, socle institutionnel sur lequel la nouvelle communauté vient se greffer.

« Déterminés à établir les fondements d’une union sans cesse plus étroite entre les peuples européens. »

Préambule du Traité instituant la Communauté économique européenne, 25 mars 1957

Le contexte explique la prudence des négociateurs. Paul-Henri Spaak, ministre belge des Affaires étrangères, oriente la construction européenne vers l’économie après l’échec de la défense commune. Son rapport d’avril 1956 fixe la méthode et les objectifs qui structureront le texte final.

La chronologie qui mène à Rome

De la CECA à la signature, six ans de marche

1951

Traité de Paris, création de la CECA entre les Six.

1954

Rejet de la CED par le Parlement français, coup d’arrêt politique.

Juin 1955

Conférence de Messine, relance du projet sur le terrain économique.

Avril 1956

Rapport Spaak, matrice des futures négociations.

25 mars 1957

Signature des deux traités à Rome, au Capitole.

9 juillet 1957

Ratification par l’Assemblée nationale française, 342 voix contre 239.

1ᵉʳ janvier 1958

Entrée en vigueur, la CEE commence ses activités.

9 mois

de négociation au château de Val Duchesse, près de Bruxelles, entre le rapport Spaak et la signature romaine.

Le lieu des négociations

Le rapport Spaak d’avril 1956 sert de matrice aux négociations menées au château de Val Duchesse, une ancienne prieurée près de Bruxelles. Pendant neuf mois, les délégations y façonnent le contenu juridique du futur marché commun, loin des projecteurs.

Le 9 juillet 1957, l’Assemblée nationale française ratifie le texte par 342 voix contre 239, sous l’impulsion de Maurice Faure, secrétaire d’État aux Affaires étrangères. Christian Pineau et Faure signent pour la France, Konrad Adenauer et Walter Hallstein pour l’Allemagne, Antonio Segni et Gaetano Martino pour l’Italie.

Château de Val Duchesse à Auderghem près de Bruxelles, lieu des négociations préparatoires au traité de Rome
Château de Val Duchesse, Auderghem. © Wikimedia Commons

Pour la Belgique signent Spaak et Jean-Charles Snoy et d’Oppuers, pour le Luxembourg Joseph Bech et Lambert Schaus, pour les Pays-Bas Joseph Luns et Johannes Linthorst Homan. Le Royaume-Uni, présent au départ, avait quitté les discussions dès la fin 1955, jugeant les engagements trop contraignants pour sa souveraineté.

CEE et Euratom, deux traités, deux logiques

Deux textes, un même jour, deux ambitions

Traité CEE

Le marché commun

Libre circulation des marchandises, capitaux, services et travailleurs.

Suppression progressive des droits de douane internes.

Tarif extérieur commun face aux pays tiers.

Politique agricole commune lancée en 1962.

Traité Euratom

L’énergie nucléaire civile

Mutualisation des ressources et de la recherche atomique.

Initiative portée par Jean Monnet et Louis Armand.

Réponse à la crise énergétique d’après-guerre.

Toujours en vigueur aujourd’hui sous le même nom.

Diviser le projet en deux traités a permis à chaque gouvernement de mettre en avant ce qui lui tenait le plus à cœur, l’union douanière pour les uns, le nucléaire pour la France, et de neutraliser les hostilités domestiques.

Paul-Henri Spaak, ministre belge des Affaires étrangères et architecte des négociations du traité de Rome
Paul-Henri Spaak, artisan du compromis. © Wikimedia Commons

Un compromis politique

Cette séparation traduit un équilibre délicat. La France soutenait Euratom mais redoutait la concurrence allemande sur le marché commun. Les pays du Benelux et la RFA voulaient avant tout l’union douanière.

Strictement parlant, on parle donc des traités de Rome au pluriel. Le traité CEE et le traité Euratom créent deux communautés juridiquement séparées, mais partageant dès l’origine l’Assemblée parlementaire et la Cour de justice avec la CECA.

L’anecdote des pages blanches

1957

Un traité fondateur signé sur des pages en grande partie vierges

L’angle absent des résumés grand public concerne le document lui-même. Des retards d’impression ont fait que le texte paraphé le 25 mars 1957 par les chefs d’État et ministres européens était, en grande partie, composé de pages blanches entre la couverture et la page des signatures.

Le contenu juridique a été ajouté ultérieurement. Cette défaillance technique n’a aucune incidence sur la validité du traité, paraphé sur cette base par confiance entre les délégations.

Révélé par une enquête de la BBC diffusée sur le programme Today en mars 2007, à l’occasion du cinquantième anniversaire de la signature.

Autre détail symbolique souvent omis, le 25 mars 1957 correspondait aussi au jour de l’Annonciation dans le calendrier catholique. Le choix de la salle des Horaces et des Curiaces, où selon la légende romaine trois frères s’étaient battus à mort contre trois autres pour décider du sort de Rome, ajoute une dimension politique.

Signer un pacte de réconciliation européenne dans une salle dédiée à un combat fratricide antique n’avait rien d’anodin pour des diplomates cultivés. Douze ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, le lieu portait un message de dépassement des rivalités nationales.

Astuce de mémorisation

Visualiser le palindrome 19-57 : à droite sept étoiles européennes en arc, à gauche dix-neuf colonnes du Capitole romain. Le 25 mars, c’est trois mois pile après Noël, exactement neuf mois avant la naissance officielle de la CEE le 1ᵉʳ janvier 1958.

La résonance dans la culture populaire

Le 25 mars, date devenue symbole identitaire

Chaque grand anniversaire a donné lieu à une commémoration officielle, du cinquantenaire berlinois au soixantenaire romain.

1957 Signature 1987 30 ans, pièces 2007 Déclaration Berlin 2017 60 ans, Rome

2007, Berlin

Cinquantenaire et Déclaration de Berlin, préparant le traité de Lisbonne.

2017, Rome

Soixantenaire dans la salle des Horaces, vingt-sept dirigeants et le Pape François, sans le Royaume-Uni à quatre jours du Brexit.

Des pièces commémoratives en euro ont été frappées par plusieurs États en 1987 et 2007. La date du 25 mars s’est ainsi installée comme borne fondatrice du récit européen, régulièrement mobilisée dans les discours institutionnels et les manuels scolaires.

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Fait notable

La première réunion du Conseil de la CEE se tient le 25 janvier 1958 sous la présidence du Belge Victor Larock. L’Assemblée parlementaire, ancêtre du Parlement européen, siège pour la première fois le 19 mars 1958. Les institutions prévues par le texte deviennent alors opérationnelles.

Qu’est devenu le traité de Rome depuis 1957 ?

Ce que le traité a produit, en chiffres

×6
Commerce intra-CEE entre 1958 et 1970
+70%
Progression du PNB moyen des Six
27
États membres aujourd’hui liés au texte
1986Acte unique
1992Maastricht
2007Lisbonne, TFUE

Modifié et renommé au fil des révisions, le traité CEE est devenu le Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. Il reste l’un des deux piliers juridiques de l’UE actuelle.

Près de soixante-dix ans après le Capitole, le texte signé sur des pages en partie vierges demeure la base juridique de l’Union. De l’union douanière des Six au marché unique de vingt-sept États, la trajectoire ouverte le 25 mars 1957 n’a jamais été interrompue, seulement amendée et élargie.

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Questions fréquentes sur le traité de Rome

Quels pays ont signé le traité de Rome ?

Six États fondateurs, la République fédérale d’Allemagne, la Belgique, la France, l’Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas. Ces six pays formaient déjà la Communauté européenne du charbon et de l’acier depuis 1951. Le Royaume-Uni avait quitté les négociations dès la fin 1955, jugeant les engagements trop contraignants pour sa souveraineté.

Qui a signé le traité de Rome pour la France ?

Christian Pineau, ministre des Affaires étrangères du gouvernement Guy Mollet, et Maurice Faure, secrétaire d’État aux Affaires étrangères. Faure a ensuite défendu le texte devant l’Assemblée nationale en juillet 1957, obtenant son adoption avec le soutien des socialistes, du MRP, de l’UDSR et d’une partie des radicaux et de la droite modérée.

Pourquoi le traité a-t-il été signé à Rome ?

Le choix italien tient à la symbolique historique et à la diplomatie. L’Italie d’Antonio Segni accueillait la cérémonie au Palazzo dei Conservatori, sur la colline du Capitole, lieu emblématique de l’autorité civique romaine antique. La salle des Horaces et des Curiaces, dédiée à un combat légendaire entre frères ennemis, soulignait par contraste la portée de réconciliation du texte.

Quelle différence entre traité de Rome et traité CEE ?

Aucune, ce sont deux noms du même document. L’expression « traité de Rome » désigne couramment le Traité instituant la Communauté économique européenne, signé le 25 mars 1957. Strictement parlant, on parle des « traités de Rome » au pluriel, car le traité Euratom a été signé le même jour, dans la même salle, par les mêmes personnes.

Quand le traité de Rome est-il entré en vigueur ?

Le 1ᵉʳ janvier 1958, après ratification par les six parlements nationaux. La CEE et Euratom commencent alors leurs activités officielles. La première réunion du Conseil de la CEE se tient le 25 janvier 1958 sous la présidence du Belge Victor Larock. L’Assemblée parlementaire siège pour la première fois le 19 mars 1958.

Quel est le contenu principal du traité ?

Le texte prévoit en 248 articles l’établissement progressif d’un marché commun, l’abolition des droits de douane intra-communautaires, un tarif douanier extérieur commun, la libre circulation des biens, capitaux, services et travailleurs, une politique agricole commune, une politique commerciale commune et la création de quatre institutions, Commission, Conseil, Assemblée parlementaire et Cour de justice.

Le traité de Rome est-il toujours en vigueur ?

Oui, sous une forme considérablement amendée. Modifié par l’Acte unique européen en 1986, le traité de Maastricht en 1992, ceux d’Amsterdam, de Nice puis de Lisbonne en 2007, il est désormais connu sous le nom de Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. Il reste l’un des deux piliers juridiques de l’UE actuelle.

Quel a été l’impact économique immédiat ?

Spectaculaire. Pendant la période de transition 1958-1970, le commerce intra-communautaire a été multiplié par six et les échanges de la CEE avec les pays tiers par trois. Le PNB moyen des six pays a progressé d’environ 70%. Cette croissance commune a renforcé la légitimité du projet et préparé les élargissements successifs à partir de 1973.

Pourquoi parler des traités de Rome au pluriel ?

Parce que deux textes distincts ont été signés simultanément le 25 mars 1957, le Traité instituant la Communauté économique européenne et le Traité instituant la Communauté européenne de l’énergie atomique, Euratom. Ils créent deux communautés juridiquement séparées, partageant cependant l’Assemblée parlementaire et la Cour de justice avec la CECA depuis 1965.

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Sources

Rédaction et vérification

Fiche rédigée par Alan Chevereau, consultant SEO. Dates, signataires et chiffres recoupés auprès du Parlement européen, d’EUR-Lex, de l’Assemblée nationale et du CVCE. Contenu revu et actualisé en août 2026.