Qui a écrit Madame Bovary ?

La réponse

C’est Gustave Flaubert qui a écrit Madame Bovary, son premier roman publié.

Paru en 1857 après cinq ans de travail acharné, le roman lui vaut un procès retentissant pour outrage aux bonnes mœurs, dont il sort acquitté.

1857
Parution
5 ans
de rédaction
1821
Naissance à Rouen

Gustave Flaubert a écrit Madame Bovary, son premier roman publié, paru en 1857. Il y travaille cinq ans, de 1851 à 1856, jusqu’à l’épuisement, traquant le mot juste phrase après phrase. Le livre lui vaut un procès pour outrage aux bonnes mœurs, dont il sort acquitté.

Romancier normand né à Rouen en 1821, Flaubert n’est pas un auteur prolifique. Madame Bovary est son premier roman mené à terme, après des années d’essais inaboutis. Le manuscrit absorbe presque toute la décennie 1850.

La confusion la plus répandue concerne une phrase : « Madame Bovary, c’est moi. » Flaubert ne l’a jamais écrite. Cette formule, devenue inséparable du roman dans les manuels, repose sur un témoignage de seconde main, jamais vérifié.

Le naturalisme de Zola doit beaucoup à la révolution stylistique amorcée ici, dans ce roman de mœurs provinciales.

Ce fait et des centaines d’autres à retenir durablement sur l’app Kultra.

Gustave Flaubert, l’auteur de Madame Bovary

Gustave Flaubert Fiche d’identité
12 déc. 1821
Né à Rouen
1880
Mort à Croisset
3
Romans achevés

Fils d’un chirurgien dirigeant l’Hôtel-Dieu de Rouen. Cette origine bourgeoise et provinciale nourrit directement le décor normand de Madame Bovary.

Un romancier normand au travail acharné

L’écrivain

Flaubert écrit lentement. Il déclame ses phrases à voix haute, soucieux de leur rythme et de leur musicalité. Maupassant, son disciple, décrira ce labeur comme celui d’un colosse patient bâtissant une pyramide bille par bille. Cette méthode explique la rareté de son œuvre : quelques romans seulement en une vie d’écrivain.

Portrait photographique de Gustave Flaubert par Nadar, auteur du roman Madame Bovary
Gustave Flaubert par Nadar. Wikimedia Commons

Madame Bovary, son premier roman publié

Avant Madame Bovary, Flaubert avait écrit La Tentation de saint Antoine, jugée illisible par ses amis Louis Bouilhet et Maxime Du Camp. Ce sont eux qui l’orientent vers un fait divers ordinaire plutôt que vers le lyrisme mystique.

Le roman paraît d’abord en feuilleton dans la Revue de Paris, à partir du 1er octobre 1856. La publication en volume suit en 1857. Madame Bovary devient ainsi le véritable acte de naissance littéraire de Flaubert, à trente-cinq ans.

Madame Bovary : date de parution et publication

De la revue à la librairie

Oct. 1856
Feuilleton dans la Revue de Paris
29 janv. 1857
Procès en correctionnelle
7 févr. 1857
Acquittement
Avril 1857
Édition en deux volumes

Première année de vente : 6 750 exemplaires épuisés en deux mois, puis 29 150 vendus en cinq ans. Le scandale du procès agit comme une publicité.

Une prépublication en feuilleton dès 1856

Le texte paraît par livraisons dans la Revue de Paris, du 1er octobre au 15 décembre 1856. La revue, déjà sous surveillance, exige des coupes. La scène du fiacre, jugée trop suggestive, est censurée. Flaubert proteste publiquement contre ces mutilations dans le numéro du 15 décembre 1856.

L’édition en librairie de 1857

L’édition originale

Page de titre de l'édition originale de Madame Bovary publiée chez Michel Lévy frères en 1857
Page de titre de l’édition originale, Michel Lévy frères, 1857. Wikimedia Commons

L’édition originale en deux volumes paraît chez Michel Lévy frères en avril 1857, après l’acquittement. Le sous-titre exact est Mœurs de province. Flaubert dédie le livre à son avocat, Jules Senard, en reconnaissance de sa plaidoirie.

D’après la Bibliothèque nationale de France (Les Essentiels de la littérature, Madame Bovary), le premier tirage de 6 750 exemplaires s’épuise en deux mois, et 29 150 exemplaires sont vendus en cinq ans. Le scandale du procès agit comme une publicité.

Pourquoi Madame Bovary a-t-il fait scandale ?

Deux auteurs, un seul procureur, 1857
Ernest Pinard requiert contre les deux. Verdicts opposés.
Gustave Flaubert
Madame Bovary
Acquitté, 7 février

Le suicide d’Emma plaidé comme punition morale. Blâme pour réalisme vulgaire.

Charles Baudelaire
Les Fleurs du mal
Condamné, août

Six pièces supprimées, 300 francs d’amende. Même chef d’accusation que Flaubert.

L’année 1857 marque un tournant de la liberté littéraire en France : deux verdicts inverses face au même magistrat.

Le procès pour outrage aux bonnes mœurs

Portrait photographique de Charles Baudelaire par Nadar, condamné en 1857 pour Les Fleurs du mal
Charles Baudelaire par Nadar. Wikimedia Commons

Le même tribunal

Fin 1856, le parquet poursuit Flaubert, le gérant de la revue Léon Laurent-Pichat et l’imprimeur. Le chef d’accusation : « outrage à la morale publique et religieuse et aux bonnes mœurs ». Le procureur impérial Ernest Pinard reproche au roman sa couleur lascive et son immoralité.

L’audience se tient le 29 janvier 1857 devant la sixième chambre correctionnelle de la Seine. Pinard requiert pendant une heure et demie. L’avocat Jules Senard plaide quatre heures, démontrant que le suicide d’Emma constitue une punition morale.

L’acquittement et le blâme

Le jugement tombe le 7 février 1857, huit jours après l’audience. Flaubert est acquitté, mais le tribunal l’assortit d’un blâme pour réalisme vulgaire et souvent choquant. Cette demi-victoire le laisse amer : il aurait voulu devoir son succès à l’art, non au scandale.

D’après France Mémoire, le service de l’Institut de France (Le procès de Madame Bovary, 29 janvier-7 février 1857), une peine sévère aurait été envisagée, avant que des considérations politiques n’orientent le verdict vers l’acquittement. Le roman fut malgré tout inscrit à l’Index par décret du 20 juin 1864.

Le parallèle avec Baudelaire

Le même procureur Pinard poursuit Charles Baudelaire quelques mois plus tard pour Les Fleurs du mal. Issue inverse : Baudelaire est condamné en août 1857. L’année 1857 marque ainsi un tournant dans l’histoire de la liberté littéraire en France, avec deux verdicts opposés face au même magistrat.

De quoi parle Madame Bovary ?

La trajectoire d’Emma

L’illusion
Élevée au couvent, nourrie de romans, Emma rêve d’une vie de passion.
L’adultère
Deux amants, Rodolphe puis Léon, et des dettes auprès de Lheureux.
La chute
Acculée, ruinée, elle se suicide à l’arsenic. Charles meurt de chagrin.

Le roman se clôt sur le pharmacien Homais recevant la Légion d’honneur : la médiocrité triomphe.

L’histoire d’Emma Bovary

Emma et Rodolphe

Emma Rouault, fille de paysans normands élevée au couvent, épouse Charles Bovary, un officier de santé médiocre et dévoué. Nourrie de lectures romantiques, elle étouffe dans la monotonie de la vie provinciale. Elle prend deux amants, Rodolphe puis Léon, et s’endette auprès de l’usurier Lheureux.

Illustration d'Emma Bovary et de son amant Rodolphe par Alfred de Richemont
Emma et Rodolphe, illustration d’Alfred de Richemont. Wikimedia Commons

Acculée par les dettes et l’effondrement de ses illusions, Emma se suicide à l’arsenic. Charles, ruiné et brisé, meurt de chagrin après avoir découvert les lettres de ses amants. Le roman se clôt sur le pharmacien Homais recevant la Légion d’honneur : la médiocrité triomphe.

Une source réelle, l’affaire Delamare

Flaubert s’inspire d’un fait divers normand : le destin de Delphine Delamare, épouse infidèle d’un officier de santé, morte à Ry vers 1848 en laissant des dettes. Ce socle documentaire ancre le roman dans le réel, loin de toute invention pure.

Pourquoi Madame Bovary est un roman réaliste majeur

Trois ruptures qui fondent le roman moderne

Ce qui choqua Pinard est exactement ce qui fit date.

L’impersonnalité
L’auteur n’apparaît jamais, ne juge jamais ses personnages.
Le style indirect libre
La pensée du personnage fond dans le récit, sans guillemets.
Le mot juste
Chaque terme pesé, déclamé à voix haute jusqu’à l’épuisement.
Le bovarysme
Un concept né du roman : se concevoir autre que l’on est.
Ces choix font de Madame Bovary, pour la critique, le premier roman vraiment moderne de la littérature française.

L’impersonnalité narrative

Flaubert impose une règle radicale : le romancier ne doit jamais apparaître dans son œuvre. Aucun personnage ne porte la voix de l’auteur, aucun jugement explicite ne guide le lecteur. Cette neutralité, qui choqua Pinard, fonde le roman moderne.

Le style indirect libre et le mot juste

Le roman généralise le style indirect libre, qui fond la pensée du personnage dans le récit sans guillemets ni « il pensait que ». Flaubert y ajoute son obsession du mot juste, pesant chaque terme. Cette technique influence durablement les naturalistes comme Émile Zola, auteur de Germinal.

La naissance du bovarysme

Le personnage d’Emma donne naissance à un concept. Le philosophe Jules de Gaultier définit en 1902 le bovarysme comme le pouvoir de se concevoir autre que l’on est. Le mot désigne l’insatisfaction chronique née du décalage entre les rêves et le réel.

Les autres œuvres de Gustave Flaubert

Une œuvre rare et travaillée Trois grands romans en une vie
1857Madame BovaryPremier roman publié
1862SalammbôCarthage antique
1869L’Éducation sentimentaleTenu pour son chef-d’œuvre
1877Trois ContesRecueil tardif
1880Bouvard et PécuchetInachevé à sa mort

Salammbô et L’Éducation sentimentale

Illustration de la mort d'Emma Bovary, scène finale du roman de Flaubert, par Alfred de Richemont
La mort d’Emma Bovary, illustration d’Alfred de Richemont. Wikimedia Commons

Après Bovary

Après Madame Bovary, Flaubert publie Salammbô en 1862, une fresque historique située dans la Carthage antique. Puis L’Éducation sentimentale en 1869, roman d’apprentissage sur fond de révolution de 1848, souvent tenu pour son chef-d’œuvre par les spécialistes.

Un auteur rare mais central

Flaubert laisse une œuvre brève : trois grands romans achevés, quelques contes, dont Trois Contes en 1877. Bouvard et Pécuchet reste inachevé à sa mort, en 1880. Cette rareté tranche avec la prolixité d’un Alexandre Dumas, auteur des Trois Mousquetaires, et tient à son exigence stylistique extrême.

Astuce de mémorisation

Pour ne plus jamais hésiter

Bovary et Flaubert partagent le son « b » : reliez-les comme deux maillons. Pour l’année, une chaîne simple : un seul grand roman jugé, une seule année de scandale, 1857. Et puisque Baudelaire passe au même procès la même année, 1857 verrouille les deux d’un coup.

Un fait notable sur Madame Bovary

L’ampleur du travail

50

L’analyse génétique du manuscrit a relevé jusqu’à cinquante brouillons rédigés pour aboutir à un seul folio définitif. Le dossier conservé à la Bibliothèque de Rouen compte 1 793 feuillets de brouillons, soit 3 370 pages raturées. Ce chiffre illustre concrètement la lenteur méthodique qui définit son écriture.

Questions fréquentes sur Madame Bovary

En quelle année Madame Bovary a-t-il été publié ?

Madame Bovary paraît en feuilleton dans la Revue de Paris à partir d’octobre 1856, puis en deux volumes chez Michel Lévy frères en avril 1857. La date retenue comme année de parution officielle est 1857, celle de l’édition en librairie et du procès qui assura sa célébrité.

Flaubert a-t-il vraiment dit « Madame Bovary, c’est moi » ?

Rien ne le prouve. Cette phrase célèbre n’a été écrite nulle part par Flaubert. Elle repose sur un témoignage oral de seconde main, rapporté après sa mort. La Bibliothèque nationale de France la classe parmi les légendes persistantes. Le sens reste vrai : Flaubert a projeté ses propres aspirations romantiques dans Emma.

Combien de temps Flaubert a-t-il mis à écrire le roman ?

Flaubert commence Madame Bovary en 1851 et achève la rédaction en 1856, soit environ cinq ans de travail. Sa méthode, fondée sur la recherche du mot juste et la déclamation à voix haute, explique cette durée exceptionnelle pour un roman de cinq cents pages.

Pourquoi Madame Bovary a-t-il été jugé en procès ?

Le roman fut poursuivi pour « outrage à la morale publique et religieuse et aux bonnes mœurs ». Le procureur Ernest Pinard lui reprochait ses scènes lascives, le mélange du sacré et du profane, et l’absence de condamnation explicite de l’adultère. Flaubert fut acquitté le 7 février 1857, mais reçut un blâme.

Quel est le vrai sujet de Madame Bovary ?

Au-delà de l’histoire d’une femme adultère, le roman peint la médiocrité de la vie provinciale et le décalage entre les rêves romantiques d’Emma et la banalité de son existence. Flaubert sous-titre l’œuvre « Mœurs de province », signalant que le vrai sujet est une société, pas seulement un destin individuel.

Madame Bovary est-il le premier roman de Flaubert ?

C’est son premier roman publié et mené à terme. Flaubert avait écrit auparavant des textes de jeunesse et une première version de La Tentation de saint Antoine, restée inédite de son vivant. Madame Bovary marque donc son entrée réelle en littérature, à trente-cinq ans.

Qui est Emma Bovary dans le roman ?

Emma est l’héroïne éponyme, fille de paysans normands élevée au couvent. Mariée à Charles Bovary, officier de santé, elle cherche dans l’adultère et le luxe la passion lue dans les romans. Son insatisfaction chronique a donné le terme « bovarysme », désormais entré dans le langage courant.

Quelle différence entre Flaubert et Baudelaire en 1857 ?

Les deux auteurs furent jugés la même année devant le même procureur, Ernest Pinard, pour outrage aux mœurs. Flaubert fut acquitté pour Madame Bovary en février ; Baudelaire fut condamné pour Les Fleurs du mal en août. Cette année 1857 résume à elle seule la censure littéraire du Second Empire.

Pour aller plus loin sur Flaubert et le roman du XIXe siècle

L’essentiel à retenir

Madame Bovary occupe une place charnière : dernier souffle du romantisme, premier roman vraiment moderne. Comprendre Flaubert, c’est saisir le basculement entre l’imagination lyrique et le regard impitoyable du réalisme.

1857
L’année qui change
le roman français

Madame Bovary occupe une place charnière dans la littérature française : dernier souffle du romantisme, premier roman vraiment moderne. Comprendre Flaubert, c’est saisir le basculement entre l’imagination lyrique et le regard impitoyable du réalisme, celui-là même qui irrigue ensuite tout le roman naturaliste.

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Sources

À propos de l’auteur

Fiche rédigée et vérifiée par Alan Chevereau, consultant SEO, à partir de sources institutionnelles et académiques : Bibliothèque nationale de France, Centre Flaubert de l’Université de Rouen et France Mémoire. Chaque date et chaque chiffre ont été recoupés sur des sources primaires plutôt que sur la seule notice encyclopédique.